Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

On a souvent besoin d'un plus petit que soi
Ta
gueule
Somme toute, l'on décroche atrocement la démocratie. Par là même, la vie s'enfuit, immobile depuis l'extase de l'existence
Jean-Sol Partre ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

2 Août 2006 ::

« Le complot de Chalais »

:: Histoire moderne, 1626

1626 : complots et indocilité de la haute noblesse

L'année 1626 : le cardinal de Richelieu, ministre influent du roi Louis XIII, est un homme fort détesté de la haute noblesse. Ses mesures tendent toujours à centraliser le pouvoir autour du roi, et ne font que retirer du pouvoir et de l'indépendance à cette noblesse qui affectionne tant sa liberté. Il interdit les duels, il favorise la bourgeoisie locale ou la noblesse récente des commerçants, et bat en brèche toutes les faveurs des grands du royaume.


Le cardinal de Richelieu, Louis XIII, et Gaston, son frère cadet

Louis XIII souhaite quant à lui voir son frère cadet Gaston épouser l'un des plus beaux partis du royaume : Marie de Bourbon, princesse de Montpensier. En effet, Gaston est alors au centre de toutes les subversions concernant mariages et rapprochements avec des puissances étrangères : le roi n'a pas encore de descendance, et l'ordre de succession peut être bouleversé tant qu'il en est ainsi. C'est pourquoi il veut contrôler son frère cadet en lui imposant ce mariage.

Autour de Gaston se cristallisent alors toutes les haines et les intérêts les plus divers des grands du royaume pour former le "parti de l'aversion au mariage", qui veut empêcher cette union.

Le 4 mai 1626, le roi, inquiet des manoeuvres de ses opposants, fait enfermer l'ancien gouverneur de son frère, le maréchal d'Ornano, au château de Vincennes. Outre le maréchal d'Ornano, les comploteurs sont bien connus de la couronne : on y trouve notamment la duchesse de Chevreuse, favorite de la reine Anne d'Autriche, ainsi que les fils illégitimes d'Henri IV et Gabrielle d'Estrées, demi-frères du roi, Alexandre et César de Vendôme (respectivement grand prieur de l'ordre de Malte et gouverneur de Bretagne).

Ce qu'ignore le roi, c'est si cette conjuration a pour but d'éloigner Gaston pour le soustraire au mariage qu'on lui impose, ou s'il s'agit d'assassiner le roi ou de le destituer et l'enfermer dans un couvent afin de placer Gaston sur le trône. La gravité des faits et l'incertitude poussent Louis XIII à la sévérité.

Le projet d'assassinat

Un projet d'assassinat du cardinal est alors fomenté par le "parti de l'aversion". Le plan est le suivant : "Monsieur" (ainsi qu'on surnomme Gaston), s'inviterait à dîner chez le cardinal de Richelieu, en sa résidence de Fleury-en-Bière, non loin de Fontainebleau. Puis, une dispute éclaterait, et, dissimulé par le tumulte, le cardinal serait assassiné. Le bras armé désigné pour cette ingrate tâche est Henri de Talleyrand, comte de Chalais, follement épris de la duchesse de Chevreuse, et fidèle serviteur de Gaston.

Mais le comte de Chalais commet plusieurs imprudences en se confiant notamment à un proche, qui lui conseille vivement de se repentir et de parler au cardinal. Chalais se confesse, et il semblerait même que Richelieu s'en fasse une sorte d'espion lui permettant de contrôler les faits et gestes des partisans de l'aversion au mariage. Quelques temps plus tard, Alexandre et César de Vendôme sont arrêtés à Blois et jetés en prison, en raison des soupçons qui pèsent sur eux.

La cour part alors en voyage vers Nantes, l'ancienne cité des Ducs : des Etats doivent y avoir lieu, qui seront notamment nécessaires à la nomination d'un nouveau gouverneur, puisque César de Vendôme est en prison. Richelieu ne relâche pas sa surveillance, et il apparaît que le comte de Chalais complote toujours avec le parti de l'aversion.

Arrestation et exécution pour l'exemple

Le 8 juillet, Chalais est finalement arrêté à Nantes, suite à une dénonciation. Un procès assez brouillon est alors instruit : diverses preuves et témoignages sont présentés, Chalais est confronté à ces accusations et s'en explique avec une habileté toute relative. Plus les jours avancent, et plus les aveux de Chalais se font précis et compromettants : mais Richelieu semble n'en avoir cure, Chalais ne fait que confirmer ses soupçons. La volonté du pouvoir de faire du prisonnier un exemple paraît engagée, et finalement, le 19 août, la peine de mort par décapitation est prononcée contre Chalais pour "crime de lèse-majesté".

Ultime rebondissement, le bourreau titulaire de la ville de Nantes demeure introuvable : il a en effet été éloigné par des partisans de l'aversion au mariage. Les autorités grâcient alors un détenu condamné à mort en échange de son concours pour l'exécution de Chalais.

A 18 heures ce 19 août, Chalais monte sur l'échafaud, place du Bouffay, devant la foule. On lui coupe les cheveux et la moustache, il récite quelques prières avec calme, puis le bourreau improvisé fait son office. L'Histoire a retenu la fin particulièrement horrible du comte de Chalais, qui dut recevoir pas moins de 34 coups d'épée avant que sa tête ne fût séparée de son corps. Après le 4ème coup, il hurlait toujours "Jésus ! Marie !"...


L'exécution du comte de Chalais sur la place du Bouffay
à Nantes, le 19 août 1626

Destins des autres conjurés

Le maréchal d'Ornano mourut l'année même de maladie en prison. Alexandre de Vendôme y mourut quant à lui en 1629. Son frère César resta emprisonné jusqu'en 1630, puis fut exilé de France pour de longues années. La duchesse de Chevreuse fut quant à elle un personnage fascinant du XVIIème siècle, en prenant notamment part à un nombre incalculable de manigances et de complots. Enfin, Richelieu et Louis XIII réussirent leur pari : Gaston épousa la duchesse de Montpensier, devint ainsi duc d'Orléans, et permit au roi d'asseoir son autorité vacillante en faisant pour un temps rentrer dans le rang les grands seigneurs indociles.


NB : pour retrouver la saveur de cette fabuleuse époque, lisez Alexandre Dumas, et ses non moins fabuleux "Trois mousquetaires" ! Rendez-vous également à cette adresse

finipe, 14h58 :: :: :: [10 éclaircissements pompeux]