Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Le boulot,
ça me
réussit pas
Dans tes
rêves
De plus en plus, l'Humanité dévore inévitablement le respect, de sorte que le temps se distingue en évitant le silence de l'existence
Thal l'errant ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

7 Janvier 2007 ::

« 6 bonnes raisons de fermer sa gueule au volant »

:: Misanthropie

Depuis quelques temps, nous avons vu fleurir sur les routes de France ces petites boîtes métalliques grises qui ornent les rampes de sécurité. Et, curieusement, la haine farouche du français pour le flicage s'en est trouvée accrue. Mais ne jugeons pas trop hâtivement, car comme tout bon mathématicien le sait, ou plus simplement toute personne dotée de sens logique, une corrélation ne signifie pas nécessairement qu'il y ait un lien de cause à effet.

Imaginons en effet, simple exemple théorique, qu'il soit prouvé statistiquement que les criminels sont à 95% des amateurs de bière. Il y a une corrélation forte, mais il n'est pas dit pour autant que ce soit leur passion pour la bière qui soit la cause des méfaits de ces gens. Cela peut avoir des raisons bien autres que celles-ci : peut-être les liens sociaux des milieux criminels ont-ils favorisé la consommation de bière, parallèlement à la pratique criminelle elle-même, mais sans rapport direct de cause à effet. Peut-être est-ce tout simplement un hasard, une aberration statistique.

En revanche, j'ai comme dans l'idée qu'il y a plus que simple corrélation entre la multiplication des radars automatiques sur nos routes et le mécontentement de l'automobiliste français. Si l'on y regarde de plus près, toutes ces jolies boîtes grises ont eu plusieurs effets au cours de ces derniers mois : baisse globale de la vitesse des automobilistes, baisse des accidents et de la mortalité au volant, mais également énervement global et viscéral du beaufus gueulardus, en raison de la hausse exponentielle des amendes et autres retraits de permis.

Moi-même, je le confesse bien humblement, je n'étais pas un conducteur irréprochable de ce point de vue : je roulais très régulièrement au-dessus des limitations imposées. 100 au lieu de 90, 130 au lieu de 110, etc. Et puis après avoir pris une bonne prune et un retrait de permis de 3 semaines, ceci allié à la multiplication des radars, je suis devenu un conducteur modèle sur ce point.

Examinons donc de plus près quelques arguments généralement utilisés pour contester ces radars :

1. « Moi je suis maître de mon véhicule, ce sont les autres qui ne savent pas conduire. »

Un grand classique. Les hommes en particulier souffrent de ce détestable mal des transports individuels, la "toute puissance" : je ne suis jamais en tort, les autres ne savent pas conduire, mais quel con celui-là, etc.

Bien que n'étant pas un fan des habitudes anglo saxonnes, il en est une que je révère. En effet, il existe une règle de priorité à droite en Angleterre (en l'occurrence une priorité à gauche), mais lorsque rien n'est indiqué à un croisement, alors c'est plus généralement la courtoisie qui prévaut. Autant dire qu'en tant qu'application française, cela demeure à tout jamais du domaine de l'utopie...


2. « De toute façon, ces cons de flics ils ont des quotas de PV à faire, alors on se fait toujours baiser. »

Bien sûr, c'est connu : ils t'attendent même au coin de la rue pour faire passer le feu au rouge exprès quand toi tu passes. Et puis, quand bien même ils auraient des quotas, si tu t'es fait gauler à 124 km/h au lieu de 110, qu'il y ait des quotas ou pas, tu es marron, et tu n'as aucune excuse.

3. « Eh voilà, c'est Big Brother ! Tu vas voir que bientôt ils vont nous coller des caméras dans les chiottes pour vérifier qu'on pisse pas à côté ! »

Mais bien sûr ! De toute façon, encore, encore, et encore une fois, qu'il y ait ou non des caméras dans ton froc pour vérifier si tu portes bien un slip, si tu t'es fait gauler en excès de vitesse, c'est que tu roulais trop vite au regard des limites fixées. Donc, tu as tort.

Et c'est parce que tu es vexé de t'être fait gauler que tu affirmes avec véhémence de pareilles débilités.


4. « Avec leurs conneries, je perds un temps fou maintenant quand je voyage, vu que je dois rouler moins vite ! »

Imaginons un trajet de 300 km, effectué principalement sur une nationale limitée à 110 km/h, ce qui est somme toute une distance déjà honorable. Tu roules toujours à 130 au lieu de 110. Admettons que sur les 300 km tu parviennes donc à tenir une moyenne globale de 115 km/h (il faut bien ralentir parfois, patienter derrière un camion qui double, freiner sur une rocade d'agglomération, etc.). Tu parcours tes 300 km en 2h37.

Maintenant, imaginons la même route, en respectant les limitations. Toujours dans les mêmes conditions, on peut imaginer que tu tiennes une moyenne globale de 95 km/h. Tu parcours tes 300 km en 3h06.

On pourrait donc imaginer que tu aies gagné 29 minutes de ton précieux temps sur un trajet de 300 km, ce qui a priori n'est pas vraiment concluant. Ajoutons à cela que rouler plus vite provoque une consommation accrue de carburant, et donc des arrêts plus fréquents à la pompe, et donc plus de temps perdu dans les stations services, ce qui réduit substantiellement le temps gagné en roulant plus vite. Et c'est sans compter l'impact de la pollution supplémentaire ainsi émise.


5. « De toute façon à 90 sur une départementale on se traîne, rouler à 110 c'est pas plus dangereux. »

Non c'est vrai, d'ailleurs rouler à 120, ça ne ferait que 10 km/h encore en plus... Alors plutôt que 110, pourquoi pas carrément 120 ? Ce ne serait pas plus dangereux après tout, non ?

Seulement voilà, il faut bien fixer une limite à un moment ou un autre. Ajoutons que même si l'on pense assurer à 110 sur une route à 90, on ne peut présumer du danger inattendu : un tracteur qui traverse, un accident dans un virage, une voiturette qui se traîne, un mec bourré en face qui roule au milieu de la route...


6. « Je me suis fait flasher à 114 pour 110 ! Pour 4 km/h, merde alors ! Ils pourraient laisser couler ! »

Eh oui, sans doute. Seulement, gros malin, si l'on avait fixé la limite à 115 km/h, tu te serais sans doute fait flasher à 119, et tu aurais gueulé, parce que (je cite) :
- « Pour 4 km/h, merde alors ! Ils pourraient laisser couler ! ».

Encore une fois, il faut bien à un moment ou un autre fixer une limite à ne pas dépasser. Tu as joué, tu as perdu, tu payes.





L'on pourrait sans doute trouver d'autres exemples, contre exemples, contre contre exemple, mais je suis pour ma part convaincu que quoiqu'on dise, quoiqu'on fasse, quelque patience que l'on montre, le prototype du beaufus gueulardus trouvera toujours à redire. Parce que comme il est français, il a forcément raison.

Un peu comme moi.

finipe, 13h38 :: :: :: [7 lettres de suicide]