Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Le boulot,
ça me
réussit pas
Ça c'est
balot...
Paradoxalement, l'on embrasse inévitablement l'intelligence. Par là même, l'amour s'oublie en courant vers la fin des sens
Saint Tobustin ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

1er Mars 2007 ::

« Véhémence, quand tu nous tiens »

:: Nombril

Il y a peu de temps, je reçus dans ma boîte email le petit sésame m'informant que de nouveaux commentaires avaient été laissés sur ce blog. Je ressentis donc, comme à mon habitude, la petite pointe de contentement que — j'en suis sûr — chaque personne tenant un blog à jour ressent lorsqu'elle reçoit cet avertissement. J'allai donc joyeusement lire lesdits commentaires, et tombai sitôt des nues ! Afin que, chers lecteurs (encore merci à vous deux), vous vous fassiez une idée précise de la chose, je cite donc :

Lien : « Ces foutus chocolats de Noël... »

J'adore le chocolat, et c'est plutot les cadeaux de noel qui m'insupportent, en plus le gouda ne fait pas partie des "400 fromages francais" puisqu'en fait, comme chaqun sais il vient de hollande... critique inutile, misenthropie gratuite, bref du m'as-tu vu nombriliste sous couvert d'anticonformisme... (pour rester dans l'esprit "regarde comme j'ai du vocabulaireu)

-~-~-

Lien : « Saloperie de chat quantique »

Pourquoi je ne l'est pas lu ???

Bein en fait c'est le deuxieme article que je tente de lire et des les premieres phrases me vient une reflexion... decidement, non je n'aime pas trop les gens qui exposent leur savoir comme on lache une quiche en ayant au prealable prevenu tout le monde..., le vocabulaire peu courant n'est pas forcement tout le temp le plus aproprié, certe vous me direz la langue francaise est une noble langue qui comporte de nombreuses variante vocabulariques, ne faisons pas du novlang etc et gnagnagna, mais quelque fois il faut juste le bon mot plutot que le beau mot... dailleur dans le cas present, sans avoir lu l'article, je peu deja dire qu'on ne peu pas parler de misenthropie quand on ressent quelque anomisté envers les chats...
ensuite la misenthropie exclu par definition la recherche d'estime et l'exibitionisme intelectuel (qui sont a mon avis les deux motivations principale quand on crée un blog)
je suis desolé mais etant moi meme misenthrope, je ne t'aime pas et ne lirai jamais ta reponse... va chier.

Ma première réaction fut bien entendu viscérale, et il me vint l'envie de tout bonnement supprimer ces tombereaux d'insanités sans autre forme de procès. Après quelques secondes, la raison me revint et je recommençai à penser : j'envisageai donc tout naturellement de répondre à l'indélicat commentateur par un autre commentaire, sur un ton moqueur, cynique, ironique et roublard. Et puis enfin je passai le troisième stade, en me convainquant que pareille réponse ne me grandirait certainement pas, ni moi ni lui.

Qu'est-ce qui peut donc bien motiver un être humain sain de corps et d'esprit à libérer une telle hargne vers quelqu'un qu'il ne connaît pas du tout ? Si l'on tente d'analyser le message véhiculé par ce personnage répondant au pseudonyme de "Redizdead" (un fan de « la cité de la peur » sans doute, cela nous fait au moins un point commun), il semble donc (après déchiffrage laborieux) que son principal grief à mon endroit soit le suivant : je suis un ignoble frimeur nombriliste qui étale gratuitement mes mots compliqués et ma misérable culture personnelle afin d'épater la galerie, tout en me faisant passer pour un mec décalé et au-dessus de la masse grouillante de l'internaute lambda.

Eh bien cela est assez proche de la vérité : si je passe plusieurs heures par semaine à rédiger des billets de toute sorte, c'est en partie pour récolter une certaine gloire, qu'elle soit ou non méritée, et toute modeste soit-elle. Mais le nombrilisme n'est pas la clef de toute production publique, car ce serait bien vite oublier l'élément affectif qui caractérise une création :

  • L'auteur peut prendre du plaisir à créer (j'aime écrire pour moi-même, pour le simple fait d'aligner des mots et construire des phrases)

  • L'auteur peut prendre du plaisir à partager sa création avec d'autres (j'aime confronter mes textes à des lecteurs autres que moi)

  • Le lecteur peut prendre du plaisir à lire (j'aime que mes lecteurs aiment mes textes et partagent mon goût des mots rares)

  • Ensuite, seulement, l'auteur peut frimer, si sa création a suscité un certain intérêt, auprès d'un auditoire que l'auteur lui-même juge valable (je tire une fierté légitime à constater qu'un texte que j'ai écrit a suscité de l'intérêt chez des personnes que j'estime. Je suis en revanche déçu qu'un texte que j'ai écrit puisse susciter de l'hostilité, voire de la bêtise, en particulier si ce n'était pas du tout le propos de ce texte)

Le deuxième point reproché par le hargneux "Redizdead", c'est la profusion de mots "compliqués" que j'utilise volontiers dans mes textes : langage soutenu, lexique pédant, rare, inusité, ancien, hermétique, ésotérique, abstrus voire abscons. Là encore, ce procédé d'écriture ne serait donc pour moi qu'un exutoire de coq de basse cour en mal de reconnaissance, un moyen de poitriner devant la misérable poignée de mes lecteurs réguliers.

Est-il donc impossible de concevoir que quelqu'un puisse avoir l'amour des mots rares et des tournures alambiquées ? Peut-on imaginer un roman de Proust sans phrases d'un kilomètre de long, ou un roman de Huysmans sans mots étranges, précieux et inconnus ? Doit-on taxer Alexandre Dumas d'ignoble frimeur pour avoir trop utilisé le subjonctif plus-que-parfait dans ses oeuvres ?

Le pire dans tout ça, c'est que je sais pertinemment que quelque patience dont je fasse preuve, quelque tolérance dont je puisse m'armer, aucun dialogue ne peut aboutir face à une telle véhémence. Cette véhémence, je n'arrive pas à comprendre vraiment ce qui peut la motiver : selon Schopenhauer, ce sont la jalousie et la médiocrité naturelles de l'espèce humaine. Mais je présume que citer Schopenhauer est d'une prétention sans borne : il semblerait que savoir des choses et aimer en apprendre de nouvelles soient des tares en ce bas monde.

Je ne peux donc que constater encore une fois que la vanité innée de chacun, particulièrement irritable et irritante en ce qui concerne le domaine intellectuel, fait que nous ne cherchons pas à connaître la vérité des choses, mais juste à prouver notre supériorité aux autres.

N'est-ce pas d'ailleurs ce que je suis en train d'essayer de faire en écrivant ces quelques lignes ?

finipe, 01h01 :: :: :: [11 éclaircissements pompeux]