Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

On a souvent besoin d'un plus petit que soi
Non mais
quel con !
Tant bien que mal, l'esprit escalade parfaitement la démocratie. Par là même, la justice s'oublie, se précipitant vers l'enfer de l'existence
La Rochefaucud ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

27 Septembre 2009 ::

« Le cousin, erreur de l'Evolution »

:: Misanthropie

Aaaah, septembre... Le mois de la rentrée, le mois où les jours deviennent tangiblement et dramatiquement plus courts, le mois où il faut se réacclimater à une ambiance de travail, quand bien même l'on eût travaillé en juillet et en août, tant le pli de la rentrée des classes a été pris lors de l'enfance. Comme le mois de novembre, et sans doute comme chaque mois de l'année, le mois de septembre a une saveur bien spécifique, douce-amère à sa façon. Mais trêve de romantisme niais et éculé : le mois de septembre, c'est aussi et surtout le mois des cousins.

Non, il ne s'agit nullement d'un quelconque fils d'une soeur ou d'un frère d'un de vos parents, mais bien du cousin, l'animal, l'insecte, cette chose ressemblant à un gros moustique, dont le nom véritable est la Tipule. Cet insecte diptère (comprenez "avec deux ailes", mais nous verrons plus loin que ranger le cousin dans cet Ordre est assez impropre à mon sens), dont le spécimen le plus connu est la Tipule potagère (Tipula oleracea), est assurément une des créatures les plus stupides de la Création. Et croyez-moi, vivant dans une campagne entourée de cultures maraîchères, j'ai eu tout loisir d'en observer par centaines ; il faut en effet ici préciser que la larve de cet insecte — une sorte de ver ressemblant à un asticot — se nourrit de racines, et est à cet effet particulièrement prospère dans les cultures maraîchères.


A gauche, une larve de Tipula oleracea, et à droite, le cousin tel qu'il sévit généralement

Le cousin rentre souvent dans les habitations le soir venu, gêné qu'il est par les premiers frimas de l'automne naissant, et attiré par la lumière, comme tant d'autres de ses crétins de congénères ailés. Qui d'entre nous n'a jamais observé cette engeance en train de se débattre inutilement, le vol malhabile, se cognant sans cesse à quelque mur de plâtre ou lampe de chevet ? Car en premier lieu, voilà ce qui est notable chez cet animal : ce caractère pataud et dégingandé qui confine au grotesque tant il est aisé de l'attraper à mains nues. L'on peut le faire sans danger d'ailleurs, car cet imbécile ne pique pas, ne mord pas, n'a aucune arme défensive crédible, si ce n'est la faculté très contestable de perdre des pattes pour attirer l'attention d'un prédateur trop entreprenant. C'est ainsi qu'on retrouve aisément des pattes de cousin traînant dans le logis, parfois même des ailes, car ces derniers membres sont tout aussi fragiles (le vol n'est d'ailleurs pas très aisé pour cet abruti d'insecte, qui préfère marcher).

Il est d'ailleurs assez distrayant de l'attraper par une aile, pour le voir se débattre vainement, en faisant frétiller son autre aile à tout allure, comme si cela allait le sauver. Ha ! Ha ! Ha ! Quel con ce cousin !

En un mot comme en cent, la Tipule est donc une créature stupide, disgracieuse, nuisible et maladroite. Par conséquent, la question qui se pose est la suivante : mais comment diable a-t-il pu survivre et se faire une petite place dans l'Evolution des espèces ? Comment un animal aussi inepte a-t-il pu se reproduire avec suffisamment d'efficacité pour éviter que tous ses représentants se fassent bouffer, charcuter, démembrer, écraser, piétiner, rayez la mention inutile ? Quelle stratégie a-t-il bien pu développer pour passer au travers des mailles de la sélection naturelle ? Lui qui a assuré un nombre de victimes incalculable à la cohorte des gosses morveux, ces apprentis Torquemada désireux d'exercer leur art de la torture sur insecte, comment peut-il, chaque année, inlassablement, revenir s'écraser lamentablement contre nos murs, ou se griller vif jusqu'au plus profond de nos plus mornes lampes halogènes ?

Voilà un mystère qui m'échappe... Il est probablement si stupide que même la Nature l'a oublié.

finipe, 17h13 :: :: :: [14 poignants panégyriques]