Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Comme disait Joffre, je les grignote !
Dans ton cul
Etrangement, la Femme noie horizontalement le respect. Ainsi, la perfidie s'enrichit, immobile depuis le néant de l'indifférence
Lao Meuh ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

9 Février 2011 ::

« Les Phéniciens : splendeurs et infanticides »

:: Histoire - Inclassable

Splendeurs

Les Phéniciens étaient les habitants de l'Antique Phénicie (territoire actuel du Liban, à peu de choses près). Ce pays était organisé en "cités-état" dont les plus célèbres étaient Tyr, Sidon et Byblos. Tyr s'imposa cependant progressivement comme la capitale.
Peuple de commerçants et de navigateurs, ils se firent connaître à partir de 3000 avant J.C. en fondant des comptoirs commerciaux sur toutes les côtes méditérranéennes : à Chypre, en Sicile, en Sardaigne, en Libye, à Malte (dont le nom actuel vient du mot phénicien "malat" qui signifie "lieu sûr"... Les luzzus, bateaux du port maltais de Marsaxlokk, conservent dans leur apparence la tradition phénicienne).

Ces comptoirs avaient une vocation commerciale, et non coloniale. Il existe en fait un seul exemple de colonie phénicienne, c'est la célèbre Carthage, fondée en 814 avant Jésus-Christ.





Les yeux peints sur les "luzzus", bateaux de pêche traditionnels au port maltais de Marsaxlokk,
sont un héritage des phéniciens (photo draleuq)


Avec leurs "vaisseaux noirs" (ils avaient cette couleur car les bougres maîtrisaient déjà le calfatage des navires au bitume), les Phéniciens remontaient les fleuves comme ils traversaient les mers, s'orientant grâce à la Petite Ourse que les Grecs appelèrent d'ailleurs "la Phénicienne."

Ce furent les Grecs qui les appelèrent Phéniciens car c'est grâce à eux qu'ils connurent la pourpre ("phoinix" en Grec). Les historiens leur attribuent également rien moins que l'invention de l'alphabet, et certains autres l'invention du verre, bien qu'il est plus probable qu'ils ne furent que ceux qui le diffusèrent dans tout le bassin méditerranéen.

La Phénicie résista à de multiples attaques : les Peuples de la mer, les Athéniens, les Assyriens, les Babyloniens de Nabuchodonosor, les Perses de Darius III. Elle succomba finalement à l'invasion d'Alexandre le Grand, en 332 avant J.C.

Mais Carthage, indépendante de la mère patrie depuis très longtemps (en fait pratiquement depuis son origine), continua à prospérer, jusqu'aux trois guerres puniques contre Rome qui finirent par entraîner sa chute[1].
A noter que le terme "punique" vient du fait que les Romains appelaient les Carthaginois "punicii", dérivé du Grec "phoinix". Leurs origines phéniciennes étaient donc bien loin d'être ignorées.



Ruines de Carthage rattrapées par la végétation (photo draleuq)



Masques Phéniciens retrouvés à Carthage,
exposés au musée National tunisien du Bardo (photo draleuq)


Infanticides

Parmi les innombrables coutumes et rites que les Carthaginois avaient conservé de leurs ancêtres Phéniciens, il y avait le très décrié sacrifice d'enfants.

Ce sacrifice, appelé moloch, consistait à ce que chaque famille jette son premier né dans un brasier pour s'attirer les faveurs du Dieu Baal. Il est parfois dit à tort, que Moloch est le Dieu au nom duquel le sacrifice est fait, alors que c'est bien le nom du sacrifice lui-même.

Baal donna lieu à de nombreux dérivés, parmi lesquels Baal-Bek (ville phénicienne devenue ensuite Héliopolis sous les Romains, aujourd'hui située au Liban et classée patrimoine mondial de l'UNESCO, tout comme Tyr et Byblos) , Baal-Zebbub (qui a dérivé ensuite vers Belzébuth), et Baal-Hammon, qui était précisément adoré à Carthage comme Dieu des moissons et des récoltes, avec sa parèdre, une Déesse femme nommée Tanit, bien que Baal-Hammon fût lui-même hermaphrodite.

On voit bien que ce rite barbare a très tôt entraîné la diabolisation, c'est le cas de le dire, de la religion de Baal et de ses dérivés, par les juifs tout d'abord (Belzébuth, Baal et Moloch sont trois termes désignant des faux-dieux ou des démons dans la tradition hébraïque et dans la Torah), puis par les Romains qui s'en servirent notamment, entre autres prétextes, pour justifier la Troisième Guerre Punique, guerre d'agression destinée à raser Carthage.



"Le sacrifice d'Elie et le sacrifice des Prêtres de Baal"
(vitrail du début du XVIIème siècle, cloître de l'Eglise St Etienne du Mont à Paris - photo draleuq)


Ils prouvèrent pourtant, notamment par la suite avec les chrétiens, qu'ils n'avaient pas de leçons à donner en matière de barbarie.

La pratique de l'infanticide est cependant incontestable dans la grande cité de Carthage, car on en a retrouvé des traces archéologiques convaincantes.

Il semble cependant que les derniers temps, les couples Carthaginois préféraient substituer à leur propre enfant, pour le moloch, un jeune esclave qu'ils adoptaient pour l'occasion, avant de donner naissance à leur premier enfant. Un détournement du rite religieux dû sans aucun doute à la montée du sentiment d'amour parental.


A gauche : urnes ayant contenu les cendres d'enfants sacrifiés (ruines de Carthage - photo draleuq)
A droite : armure punique représentant le Dieu Baal'Hammon (Musée de Carthage)

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1. Voir ici les articles de finipe pour un topo complet sur les trois guerres puniques

draleuq, 11h14 :: :: :: [7 soupirs de satisfaction]