Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Ne pas juger
les gens sur la mine...
Ouais, c'est ça
Tant bien que mal, l'envie dévore inévitablement la morale. Ce faisant, l'Histoire se délite, se précipitant vers le bonheur de l'indifférence
Phosocle ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

18 Mars 2012 ::

« Exclusif ! Billet « spécial ch’tis » ! – 1ère partie »

:: Paparatzi

Ce billet fait partie d'un sujet qui en comporte deux :
1. Exclusif ! Billet « spécial ch’tis » ! – 1ère partie
2. Exclusif ! Billet « spécial ch’tis » ! – 2ème partie



Récemment, le film "Intouchables" a détrôné "Bienvenue chez les Chtis" comme premier au box office français depuis l'origine des temps. Bien sûr, cela s'est su et même bien su, mais il me semble tout de même, et ce n'est pas une mauvaise nouvelle, que ce film n'a pas envahi notre quotidien comme ce fut le cas de l'autre en 2008, ce qui m'avait à l'époque inspiré un long article, tellement long que je l'avais coupé en deux. La raison pour laquelle "les Intouchables" a moins atteint que son prédécesseur le statut de phénomène de société est peut-être à chercher dans le traitement médiatique, qui était peut-être préoccupé par autre chose de plus "important", comme la crise de la zone euro et la perte du triple A...

Il convient parfois d’utiliser quelque subterfuge pour augmenter son audimat de façon totalement artificielle, tel un animateur télé people et sans âme, avec une belle gueule et un cerveau tout juste bon à faire croire qu'il est vachement futé.

En ce moment, la chose n’est pas compliquée :
« Bienvenue chez les ch’tis » « Bienvenue chez les ch’tis » « Bienvenue chez les ch’tis » « Bienvenue chez les ch’tis » « Bienvenue chez les ch’tis » « Bienvenue chez les ch’tis » « Bienvenue chez les ch’tis » « Bienvenue chez les ch’tis » « Bienvenue chez les ch’tis »

Je ne suis pas tout à fait convaincu que le fait de le copier coller plusieurs fois va faire augmenter mes « hits » sur Google, mais après tout ça ne coûte rien d’essayer.

Nous voilà donc dans la fièvre ch’ti, la ch’ti mania, la ch’ti attitude, la vague ch’ti, la deferlante ch’ti, et autres innombrables superlatifs colorés et exotiques.
De temps en temps, un film défraie la chronique, comme ça. Il y a eu « Titanic », « sixième sens », « Astérix et Cléopâtre », « les choristes », « Podium », puis « Camping », et voilà que celui-ci bat tous les records, détrônant l’inénarrable « Grande vadrouille » au Box-Office.
Comment, vous ne le saviez pas ? Ah ben ça, chuis ravi de vous avoir appris quelque chose !

A chaque fois, il y a des signes qui ne trompent pas, je serais même tenté de dire des « symptômes ». A la télé comme à la radio, ils ne parlent que de ça. Quand, dans un moment de lutte contre ta misanthropie rampante, tu sors afin de te rendre en société, quelle qu’elle soit, plusieurs personnes te demandent si tu l’as vu. Si oui, ils te racontent leurs scènes préférées, non pas pour laisser entendre que tu n’as pas compris le film, que vas-tu penser là ! Juste pour les repartager avec toi, et se payer une bonne tranche de rire conviviale. Et si tu ne l’as pas vu, alors là tu te heurtes à un mur d’incompréhension. Ce qui est mon cas. Car je me plains souvent d’être un incompris, mais là, honnêtement, il faut avouer que je le cherche un peu. Oui, je le confesse, j’ai refusé catégoriquement d’aller voir le moindre des « chefs d’œuvre » ci-dessus au cinéma.
C’est pas ma faute, j’ai pas envie.
Il y a comme une sorte d’overdose médiatique, entre la télé et la radio qui te racontent le film dix fois, les conviviaux comparses qui en rajoutent une couche, une bonne dose d’anti-conformisme, un goût très limité pour les comédies prétendument hilarantes dont les calembours me laissent souvent de glace, et un goût tout aussi limité pour la promiscuité des files d’attente et des salles de cinéma archi-combles où la foule communie dans une grand messe d’esclaffements.

Je finis quand même tôt ou tard par les voir, bien des années après, quand ils passent à la télé. Sauf « Astérix et Cléopâtre », faut pas déconner non plus. Je peux ainsi m’en faire une idée et analyser, rétrospectivement, la frénésie populaire.
Hertzienne bien entendu, la télé, car Canal Foot et Arnaque Satellite sont des sports que je me refuse à pratiquer, j’ai bien mieux à faire de mon maigre pécule. Inutile de dire qu’il est hors de question que je dépense même 2,50 € pour les louer en DVD. Logique jusqu’au bout.

Dans la majorité des cas, je trouve alors ces films tout à fait regardables, bien qu’il n’est encore jamais arrivé que j’y voie un authentique chef d’œuvre. Pour « Bienvenue chez les ch’tis », cela s’est passé un peu différemment de d’habitude : je l’ai déjà vu à la télé. L’opportunité m’en a été fournie par une de mes connaissances qui l’avait téléchargé, illégalement bien entendu. Tsssssss, po bien.
Le téléchargement est un sport que je ne pratique pas non plus, pour plusieurs raisons. L’illégalité en est une, mais la raison première, c’est mon amour du cinéma, mon plaisir de la salle obscure et du grand écran, le fait que j’aie vu les salles de cinéma où j’allais quand j’étais gamin fermer les unes après les autres, et ma peur que le téléchargement fasse un jour péricliter l’un des derniers petits plaisirs à la portée de la plupart des porte-monnaie.
Il m’est déjà arrivé de refuser catégoriquement de voir une copie illégale d’un film que j’avais décidé d’aller voir au cinoche.
Mais là, j’ai cédé. Par curiosité, par « convivialité », parce que je ne risquais pas de ruiner Kad Merad ou Dany Boon, et parce que de toute façon je n’aurais pas versé un centime pour le voir, ni au cinoche, ni en DVD. Donc point de manque à gagner.

Alors, sentence ?
Je vous vois d’ici vous dire : « a-t-il ri, ce pisse-froid, ou est-il réellement un cas irrécupérable ? »
Eh bien…

Oui. J’ai ri.

Je ne me suis certes pas roulé par terre, pissé dessus, je ne suis pas entré dans une crise de fou rire incoercible à en avoir mal au ventre, comme cela m’est arrivé devant d’autres films, certes rares, ou lors d’autres activités, un peu plus fréquemment.
Mais j’ai ri, et même bien ri par moments, comme lors de la scène déjà « culte » de la tournée du facteur, qui effectivement vaut son pesant de cacahuètes.
J’ai d’autant ri de bon cœur qu’ayant moi-même séjourné six ans chez les ch’tis, beaucoup de choses m’ont semblé finalement assez familières.

Alors, est-ce que, à l’instar des autres « étrangers » qui vont vivre là haut, j’ai « brai » deux fois, une fois quand je suis arrivé, une fois quand je suis reparti ?
Au risque de décevoir les fans, ni l’un, ni l’autre. Ça a été une bonne chose que j’y aille. Mais six ans après, il était temps que j’en reparte.

Sont-ils si accueillants qu’on le dit, ces ch’tis ? Ont-ils vraiment dans le cœur le soleil qu’ils n’ont pas au dessus de la tête ?
A mon sens, et d’après l’expérience que j’en ai, ni plus, ni moins que d’autres provinciaux moyens. Durant le temps imparti, j’ai rencontré des tas de gens adorables, mais aussi un bon paquet de fieffés connards et d’abrutis notoires. Dany Boon ne s’y est d’ailleurs pas trompé dans son sketch qui parle de l’accueil chaleureux des ch’timis puisque la comparaison concerne les ch’tis et les… Parisiens.

Je vis désormais dans une région qui est terre d’asile pour les Parisiens lassés de leur mode de vie, et je peux témoigner qu’ils sont unanimes pour trouver les gens de l’ouest super accueillants et super chaleureux.
C’est donc bien moins une histoire de ch’tis ou de pas ch’tis qu’une histoire de provinciaux ou de franciliens.
Alors, les Parisiens sont-ils génétiquement hargneux et désagréables ?
Point du tout. C’est juste que l’homo sapiens n’est pas fait pour vivre dans une mégalopole. Ça le rend con.


La scène de la tournée du facteur


Copyrat draleuq 2008

draleuq, 01h22 :: :: :: [0 pleurnicherie]