Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

J'en ai
vraiment
rat le cul...
Ah
bon ?
De plus en plus, l'on noie doucement la morale. Ainsi, la vie s'enfuit en atteignant le néant des sens
Jean-Sol Partre ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

22 Mars 2008 ::

« La guerre des six jours »

:: Histoire contemporaine, 1967

Ce billet fait partie d'un sujet composé de six parties :

1. La guerre d'indépendance d'Israël
2. La crise du Canal de Suez
3. La guerre des six jours
4. La guerre du Kippour
5. Paix en Galilée
6. L'intifada & les accords d'Oslo



L'après crise du canal de Suez

Malgré la défaite militaire qu'a subi l'Egypte contre Israël en 1956, Gamal Abdel Nasser apparaît comme le vainqueur diplomatique : en faisant entrer l'URSS, la Chine, et tout le bloc de l'est dans la compétition, il a forcé la main aux Etats-Unis, et surtout à la France et au Royaume-Uni. Israël s'est retiré du Sinaï qu'elle avait totalement conquis, et une force d'interposition de Casques Bleus stationne depuis à la frontière israëlo-égyptienne, maintenant une paix précaire mais tangible. En territoire israëlien, les incursions armées des fedayin palestiniens, réfugiés en Egypte, ont cessé. Nasser multiplie cependant les déclarations hostiles et poursuit son rêve du panarabisme, malgré de grandes tensions entre les différents états arabes impliqués : si la Syrie s'entend bien avec l'Egypte et tout le bloc communiste de l'est, il n'en va pas de même avec la Jordanie, dont le roi Hussein maintient de bonnes relations avec les Etats-Unis et l'Occident en général.

Si la frontière avec l'Egypte est calme, grâce aux Casques Bleus, la frontière syrienne est en revanche l'objet de troubles incessants : cette frontière est marquée par la présence du plateau du Golan, situé en contre-haut des fertiles vallées israëliennes de Galilée. Encombrante pomme de discorde, cet endroit est le point de départ d'attaques de l'artillerie syrienne, notamment contre des kibboutzim[1], qui de leur côté font parfois quelques incursions en territoire syrien. Au centre de la querelle, l'eau occupe une place prépondérante : dès 1953, Israël avait entamé de grands travaux et notamment la construction d'un aqueduc national, destiné à transporter les eaux du nord du territoire vers les contrées arides du Néguev au sud. Cette eau est également revendiquée par le Liban, la Syrie et la Jordanie, qui, malgré leurs protestations et l'intervention des Etats-Unis pour un plan de partage — le plan Johnston —, n'obtiennent rien de la part d'Israël.


En 1964, la Syrie et le Liban tentent un coup de force et construisent de lourdes installations pour dévier les cours d'eau qui alimentent le Jourdain en amont, et priver Israël de la précieuse ressource. L'état hébreu réagit implacablement, et bombarde toutes les installations libanaises et syriennes. Dès lors, les tensions aux frontières deviennent pires que jamais... En 1966, Syrie et Egypte s'entendent sur un traité de coopération militaire ; le 7 avril 1967, un incident manque de tourner à la guerre totale, et des appareils de l'aviation israéliennes survolent même la capitale syrienne, Damas, après avoir détruit une demi-douzaine de MiG-21 syriens[2].

Un mois après cet incident, Nasser fait des déclarations tonitruantes : il réclame le départ des Casques Bleus et affirme qu'il va remilitariser le Sinaï. Les Casques Bleurs quittent effectivement le territoire égyptien, et les israëliens refusent que l'ONU les redéploie dans leur territoire. Nasser masse des troupes le long de la frontière et exorte les arabes à se battre et à détruire Israël. D'autres pays tels que l'Algérie ou le Soudan mobilisent leurs troupes et envoient des armes et de l'équipement à l'Egypte. Le 23 mai, l'Egypte bloque le détroit de Tiran, qui relie le golfe d'Aqaba à la mer rouge, et qui constitue le seul accès d'Israël vers les océans, depuis le port d'Eilat. C'est la provocation de trop, et, après des tentatives diplomatiques infructueuses auprès des Etats-Unis[3], l'état hébreu passe à l'action.

La supériorité militaire d'Israël

Nasser, malgré le bellicisme qu'il affiche, n'a pas réellement les moyens de ses ambitions, et Israël le sait. Aussi, lorsque Tsahal engage les hostilités, c'est dans l'optique de mener une guerre « préventive » : loin d'être l'attaqué, Israël est, au regard de l'Histoire, l'attaquant. Le 5 juin au petit matin, la flotte aérienne de Tsahal décolle, et bombarde l'aviation arabe stationnée en Egypte toute la journée : un déluge de feu réduit quasiment à néant les 350 appareils des armées arabes, cloués au sol et très mal protégés. Dès le lendemain, l'armée israélienne franchit la frontière et repousse sans aucune difficulté les troupes égyptiennes, privées de soutien aérien : c'est un sauve-qui-peut général, et en trois jours, Israël a conquis le bande de Gaza, toute la péninsule du Sinaï, et atteint le canal de Suez. Dans le désert, les soldats égyptiens en déroute errent sans but et sans eau, c'est un désastre. Le 8 juin, Nasser capitule, impuissant : il propose même sa démission, mais le peuple égyptien l'acclame et lui demande de rester au pouvoir[4].

Dans le même temps, Hussein de Jordanie a engagé son pays dans la guerre, presque contraint, étant donné la masse immense et belliqueuse des réfugiés palestiniens expulsés en 1948, et vivant en Cisjordanie notamment. Après une très brève période de bombardement sur Israël et l'occupation de Jérusalem-Ouest, l'aviation jordanienne se fait clouer au sol par l'aviation israélienne. Des parachutistes achèvent le travail après de rudes combats dans Jérusalem, et le 7 juin au soir, la Jordanie est défaite.

L'Egypte et la Jordanie hors de combat, Israël porte ses efforts vers la Syrie, qui a, avec l'aide des russes, aménagé une ligne de fortification inexpugnable, bardée de mines, de chars et d'artillerie. Le 9 juin, des bombardements israéliens très intenses pilonnent le plateau du Golan : artillerie, napalm, roquettes, pendant 12 heures, le secteur reçoit plus de bombes que toute l'Egypte n'en a subi dans les jours précédents. Puis, des bulldozers dégagent les champs de mine et les troupes de Tsahal avancent : une rude résistance fait face dans un premier temps, mais les syriens sont finalement débordés et prennent la fuite. L'URSS menace Israël avec vigueur devant cette attaque[5], et le lendemain, 10 juin, un cessez-le-feu est signé. Des centaines de pièces d'artilleries et de chars syriens abandonnés dans la précipitation de la fuite sont ramenés en Israël.

De lourdes conséquences

La guerre a débuté le 5 juin, et s'est terminée le 10. Les arabes sont encore une fois humiliés : Israël a écrasé ses adversaires, en conquérant au passage le Sinaï, la bande de Gaza, Jérusalem, la Cisjordanie et le Golan, triplant ainsi la superficie de son territoire. De nouveau, des centaines de milliers de réfugiés palestiniens sont jetés sur les routes de l'exode vers la Jordanie, la Syrie et le Liban, et les palestiniens de Cisjordanie doivent subir l'occupation israélienne. Le Conseil de Sécurité des Nations Unies vote une de ses plus célèbres résolutions, la résolution 242, qui exige notamment d'Israël le départ des territoires occupés. Mais la résolution reste lettre morte :

  • Le Sinaï ne sera rendu à l'Egypte qu'en 1979.

  • La bande de Gaza, malgré un désengagement israélien volontaire depuis 2005 (retrait progressif des polices et armées juives, démentèlement des colonies), est le théâtre de troubles et de drames incessants.

  • La Cisjordanie est toujours occupée par Israël, et est un très vif élément de discorde entre israéliens et palestiniens, malgré quelques faibles avancées diplomatiques.

  • Le Golan est lui aussi toujours occupé par Israël. De fait, toute entente entre la Syrie et Israël semble aujourd'hui impossible.

Enfin, à la fin de cette guerre, Jérusalem — la ville sainte des trois grandes religions monothéistes — voit malgré tout une coexistence relativement pacifique entre juifs, arabes et chrétiens. Chacun jouit d'une liberté de culte et d'un oecuménisme qu'on n'avait pas vu depuis longtemps. Mais, sournoisement, avec l'échec du panarabisme rêvé par Nasser, c'est l'islamisme radical qui émerge parmi les plus virulents défenseurs de la cause palestinienne : aujourd'hui encore, ces plaies sont béantes.


_________________________________
1. Un kibboutz est une communauté collectiviste juive, la plupart du temps basée autour d'activités agricoles. Les kibboutzim se sont beaucoup implantés dans le nord-est d'Israël, développant une agriculture bien aidée par l'irrigation du Jourdain et du lac Tibériade. Les juifs vivant dans les kibboutzim étaient pendant longtemps les fers de lance d'un sionisme convaincu.

2. Le MiG-21 est un avion de chasse supersonique de conception soviétique, particulièrement populaire et répandu.

3. Etats-Unis qui, à ce moment, étaient embourbés au Viêtnam.

4. Nasser était très populaire : il fut en quelque sorte le premier égyptien à diriger l'Egypte depuis les pharaons, était paysan d'origine, et malgré son bellicisme catastrophique, il fut le premier à se pencher sur le sort du peuple en promouvant de grandes avancées sociales.

5. Des officiers soviétiques coopérant avec la Syrie furent faits prisonniers lors de cette attaque.

finipe, 13h59 :: :: :: [3 pensées profondes]

:: COMMENTAIRES

 finipe , le 22/03/2008 à 14h00

Pour une série de reportages d'époque de la télévision suisse, cf. adresse suivante : [http]

Ces reportages durent tous entre 20 et 30 minutes, et sont vraiment bons : les journalistes font réellement un bon boulot, posent des questions pertinentes, prennent le temps de parler avec les gens, et font un constant effort d'impartialité. Vraiment, ça change des reportages éclairs qu'on voit aujourd'hui, pendant lesquels on n'a pas le temps de comprendre quoique ce soit entre deux images sensationnelles, avec en fond des commentaires cabots et surjoués.

 draleuq , le 27/03/2008 à 09h18

Ah bon, tu t'arrêtes là ?
Et la guerre du Yom Kippour alors ?

 finipe , le 27/03/2008 à 14h18

Ouais je sais pas je me tâte. Faudrait que je fasse la guerre du Yom Kippour, les accords de Camp David, la guerre du Liban, la première Intifada... Mordiou !

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