Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Comme disait Joffre, je les grignote !
Ça c'est
balot...
Tant bien que mal, l'ignorance dévore parfaitement la morale. Par là même, la justice s'échappe en courant vers le bonheur de l'individualisme
Thal l'errant ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

1er Avril 2008 ::

« La guerre du Kippour »

:: Histoire contemporaine, 1973

Ce billet fait partie d'un sujet composé de six parties :

1. La guerre d'indépendance d'Israël
2. La crise du Canal de Suez
3. La guerre des six jours
4. La guerre du Kippour
5. Paix en Galilée
6. L'intifada & les accords d'Oslo



Tension & escalade, encore une fois...

Après la guerre des six jours et la victoire écrasante d'Israël sur l'Egypte notamment, la situation s'est en fait empirée. Les pays arabes ont été humiliés, et, au regard de l'ONU, Israël occupe en toute illégalité des territoires immenses : péninsule du Sinaï, plateau du Golan, bande de Gaza et Cisjordanie. Ces états arabes sont d'ailleurs sujets à d'importants troubles et remous politiques. En Jordanie, un certain Yasser Arafat, chef de l'OLP[1], tente un coup de force : partant du principe qu'en raison des exodes successifs de 1948 et 1967, la grande majorité de la population jordanienne est de fait palestinienne, Arafat appelle au renversement du roi Hussein de Jordanie. Ce dernier répond par la violence en envoyant l'armée dans les camps de réfugiés palestiniens en septembre 1970 : des milliers de personnes, combattants comme civils, sont massacrées. L'Histoire retient le nom de la tragédie : « Septembre noir »[2].

En Syrie, un coup d'état mené par Hafez El Assad[3] en 1970 a instauré un régime autoritaire et toujours très belliqueux : Israël occupe le Golan, et la Syrie ne peut que considérer cela comme intolérable.

En Egypte enfin, la guerre n'a pas vraiment cessé de 1968 à 1970. Israël a construit la « ligne Bar-Lev », une ligne fortifiée longeant la rive est du canal de Suez, visant à empêcher une attaque égyptienne. Nasser, quant à lui, est toujours allié avec les soviétiques, qui envoient de nombreux hommes ainsi qu'une impressionnante quantité de matériel, armements et engins. Mais en août 1970, l'URSS contraint Nasser à signer un cessez-le-feu, après avoir subi elle-même des pertes matérielles lourdes. Le 28 septembre 1970, Nasser meurt d'une crise cardiaque, consécutive à un excès de tabac et de travail : son successeur Anouar El Sadate, même s'il paraît plus enclin à la détente, ne mâche pas ses mots à propos d'Israël.

Les soviétiques soutiennent l'Egypte et la Syrie, et les Etats-Unis soutiennent Israël, mais ces premières années de la décennie 1970 sont marquées par une détente sensible entre les blocs de l'est et de l'ouest : le spectre de la guerre froide commence doucement à s'estomper. Aussi, chacune des deux superpuissances tente d'apaiser un peu les tensions entre les pays arabes et Israël. Anouar El Sadate joue la concurrence, se tourne vers les Etats-Unis pour forcer la main à l'URSS de Brejnev, qui tente à plusieurs reprises de convaincre Israël de revenir aux frontières d'avant 1967, mais sans succès.

Aussi, peu de temps avant que l'Egypte et la Syrie ne lancent une attaque simultanée, Golda Meir, premier ministre, et Moshe Dayan, ministre de la Défense, ne croient pas à cette hypothèse, leurs belliqueux voisins ne disposant plus du soutien de l'Union Soviétique : aucune attaque préventive n'est donc menée, au contraire des événements de 1967. Un peu partout dans le monde, des pays de la Ligue Arabe envoient du matériels, des soldats ou de l'argent pour soutenir l'effort de guerre égyptien et syrien (Algérie, Maroc, Soudan, Lybie, Pakistan, Ouganda, Tunisie, Arabie Saoudite, Koweit...).


Guerre sur le plateau du Golan

Du 6 au 8 octobre, l'armée syrienne attaque le plateau du Golan en force, avec une multitude de tanks, et sous la protection des armes antichar soviétiques dont ils disposent : dès le début de l'offensive, Tsahal oppose une résistance jusqu'au-boutiste, sachant pertinemment l'importance stratégique du Golan. Au prix de lourdes pertes, l'armée israélienne parvient à ralentir l'avancée syrienne, qui comptait sur une réaction moins prompte de l'ennemi[4]. Si la bataille terrestre tourne à la défaite pour Tsahal, il n'en va pas de même en mer, où la flotte israélienne remporte dès le premier jour une victoire éclatante sur la flotte syrienne à la bataille de Latakia.

A partir du 9 octobre, les Etats-Unis viennent en aide à Israël en apportant un soutien logistique et en armement. De leur côté, les russes ne sont pas en reste, et livrent des armes à la Syrie et l'Egypte... Mais le vent a déjà tourné en faveur d'Israël, qui a pu mobiliser ses troupes de réserve et s'organiser, une fois passé l'effet de surprise : l'armée syrienne est déjà repoussée à la frontière initiale le 10. Dans les jours suivants, l'armée israélienne poursuit sa contre-offensive et enfonce les lignes syriennes, jusqu'à se retrouver à quelques dizaines de kilomètres de Damas ! Aussitôt, les pays arabes se mobilisent (en particulier l'Irak et la Jordanie), et parviennent à contenir l'avancée israélienne.

Le 22, Tsahal a repris ses positions sur le plateau du Golan, et le 23, un cessez-le-feu est signé, négocié par les Etats-Unis et l'Union Soviétique, mettant fin aux plans syriens qui prévoyaient pourtant de continuer la guerre[5].

Guerre dans le Sinaï

Du 6 au 8 octobre, comme sur le Golan avec les syriens, la poussée de l'armée égyptienne est irrésistible : la ligne Bar-Lev ne tient pas le choc. Les égyptiens ont minutieusement préparé leur offensive, équipés eux aussi d'armes antichars. En outre, une erreur d'appréciation du commandement israélien aggrave la situation. Finalement, une accalmie intervient le 9, et Tsahal en profite pour remanier ses effectifs : c'est Ariel Sharon qui prend la tête des troupes. Dans le même temps, le ravitaillement américain apporte un appui plus que conséquent.

Le 14, Sadate ordonne la reprise des hostilités, mais l'armée égyptienne ne parvient plus à percer les défenses israéliennes, qui ne se contentent plus de répliquer, mais qui contre-attaquent. Tsahal riposte et avance, faisant reculer l'ennemi, et parvient même aux abords du canal de Suez, détruisant au passage les batteries de missiles égyptiennes. Grâce au soutien logistique des Etats-Unis, les forces israéliennes franchissent le canal, établissent un pont aérien, et avancent inexorablement. Lorsque le cessez-le-feu est signé le 23, les troupes israéliennes ne sont qu'à une centaine de kilomètres du Caire.

Epilogue & conséquences

Israël compte environ 3000 morts et 8000 blessés. La coalition arabe, quant à elle, compte plus de 8500 morts, et près de 20000 blessés. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, la guerre a été intense, totale, mécanisée à outrance, et des armes de haute technologie ont fait leur apparition. Si cette guerre a pour effet de mettre directement autour de la table de négociation les dirigeants arabes et israéliens, et non plus des intermédiaires, elle provoque bien des remous :

  • En réaction à l'intervention américaine, les pays arabes, grands producteurs de pétrole, décident d'un embargo à destination des Etats-Unis : ce premier choc pétrolier de 1973 secoue le monde entier.

  • En Israël, la population est extrêmement mécontente : persuadée, après 1967, de l'invincibilité de son armée, elle tient Golda Meir et Moshe Dayan pour responsables des difficultés rencontrées aux premiers jours du conflit. Finalement, après plusieurs mois de crise politique grave, Golda Meir démissionne le 11 avril 1974.

  • En 1974, les Nations Unies envoient des troupes pour assurer une démilitarisation de la frontière israélo-syrienne. Depuis 1967, la Syrie ne cesse de demander le retrait d'Israël du plateau du Golan, obstacle majeur à toute paix entre les deux nations.

  • En mai 1977, Menahem Begin, l'ancien activiste de l'Irgoun, devient premier ministre d'Israël. En novembre, Anouar El Sadate fait un geste inattendu en entamant un voyage officiel en Israël, reconnaissant de fait la légitimité de l'Etat hébreu, ce qui crée un scandale en Egypte. Finalement, après plusieurs mois de négociations infructueuses, sous l'impulsion et avec l'insistance du président américain Jimmy Carter, Anouar El Sadate et Menahem Begin signent les Accords de Camp David (17 septembre 1978), puis le Traité de paix israélo-égyptien (26 mars 1979) : une paix durable entre Egypte et Israël s'installe[6], et le Sinaï, occupé par Israël depuis 1967, est rendu à l'Egypte.


Anouar El Sadate, Jimmy Carter, et Menahem Begin, lors de la signature du traité de paix israélo-égyptien à Washington, le 26 mars 1979



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1. Organisation de Libération de la Palestine

2. Une organisation terroriste portant le même nom vit le jour peu après : ce furent ces hommes qui prirent en otages des athlètes israéliens aux jeux olympiques de Munich en 1972. La prise d'otage se termina dans un bain de sang, et le Mossad (services secrets israéliens) organisa ensuite une traque pour retrouver et éliminer les terroristes responsables de ce sanglant épisode (cf. le film de Spielberg, « Munich », très controversé par Israël semble-t-il).

3. Hafez El Assad est mort en 2000, et c'est aujourd'hui son fils, Bachar El Assad, qui gouverne la Syrie.

4. Il est parfois dit que Golda Meir et Moshe Dayan hésitèrent à faire usage de l'arme atomique, sentant un possible destruction de l'Etat d'Israël. Cette option aurait été finalement rejetée par Golda Meir. A ce jour, la possession de l'arme atomique par Israël n'est toujours pas officielle.

5. L'armée syrienne en avait toujours les moyens : les pertes matérielles (les chars en particulier) avaient été remplacées par l'URSS. La signature du cessez-le-feu isrélo-syrien ne tint qu'à la volonté d'Hafez El Hassad de ne pas condamner ses alliés égyptiens, en bien mauvaise posture dans le Sinaï.

6. Sadate et Begin reçurent à cette occasion le prix Nobel de la paix en 1978. L'Egypte fut immédiatement exclue de la Ligue Arabe, et le 6 octobre 1981, Anouar El Sadate fut assassiné par des membres de l'armée égyptienne, mécontents de cette paix dont ils ne voulaient pas.

finipe, 02h07 :: :: :: [0 cri de désespoir]

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