Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

J'en ai
vraiment
rat le cul...
Pauvre
tocard...
Ces temps-ci, l'ignorance écrase doucement l'intelligence. Ce faisant, la vie s'oublie en évitant l'extase du post-modernisme
Cornille ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

8 Janvier 2009 ::

« La révolte de la Harelle »

:: Histoire médiévale, 1382

Sombre XIVème siècle...

Le 19 mars 1315, Louis X le hutin signe la Charte aux Normands sous la pression des puissants barons normands ; l'acte reconnait notamment une spécificité juridique, fiscale et même militaire à la Normandie, et fait de ce duché un endroit particulier, où les intérêts locaux priment souvent sur les intérêts du royaume. Au rang de ces exceptions fiscales, on trouve par exemple l'exemption d'un grand nombre d'aides — des impôts indirects — sur la nourriture et le vin notamment. Plusieurs fois confirmée par les souverains successifs, cette charte ne fait d'ailleurs pas de la Normandie un endroit spécialement hostile à la monarchie française, mais plutôt à l'expression de son pouvoir centralisateur.

Mais le sort de l'Europe au XIVème siècle est funeste. Les famines, qui avaient disparu depuis bien longtemps, frappent à nouveau dans les années 1314 à 1316 ; les relations entre la France et l'Angleterre s'enveniment, jusqu'au point de non retour, et le 7 octobre 1337, Edouard III d'Angleterre déclare la guerre à Philippe VI de Valois, roi de France. La Guerre de cent ans débute bien mal pour la France, qui subit de lourdes défaites successives (bataille de l'Ecluse — 1340, bataille de Crécy — 1346, bataille de Poitiers[1] — 1356). La noblesse française subit une importante perte de crédit au sein de la population, les campagnes sont dévastées par les passages successifs des armées et des routiers laissés à l'abandon et sans solde, et les impôts toujours plus importants que fait lever Philippe VI de Valois pour soutenir l'effort de guerre créent un vent de révolte.

Pour parachever les difficultés que connaissent les populations, la Peste Noire ou Grande Peste, frappe durement la France à partir de 1348 et pendant deux ans, non sans récidiver dans les décennies qui suivent. Cette terrible pandémie de peste bubonique emporte un tiers de la population européenne, et l'on estime que c'est plus de 50 millions de morts qu'il faut compter à travers le monde !

En 1358, la moitié nord de la France est secouée par la Grande Jacquerie, une révolte paysanne de grande ampleur contre la noblesse : la révolte se termine dans un bain de sang. La même année, Paris connaît aussi ses troubles, menés par le puissant prévôt des marchands Etienne Marcel, dont la sédition et les efforts mettent au plus mal l'autorité royale de Charles V, régent du royaume et fils de Jean II, retenu captif en Angleterre ; Etienne Marcel est finalement massacré le 31 juillet par ceux qui le suivaient auparavant, estimant que le prévôt des marchands était allé trop loin...


Massacre des Jacques à Meaux, juillet 1358
(enluminure des Chroniques de Froissart)

En 1360, le traité de Brétigny met fin pour un temps aux désastreuses batailles rangées qui avaient tant coûté à la France : l'Angleterre s'adjuge près du tiers du royaume en prenant possession de la partie sud-ouest du pays (des Pyrénées jusqu'à la Loire). Charles V le Sage prend la tête du royaume en 1364, et mène une politique habile de reconquête des territoires : il met au pas puis éloigne les grandes compagnies de routiers qui ravagent le pays, et parvient à restaurer une économie prospère, tout en faisant émerger lentement un sentiment d'appartenance nationale aux français. En outre, par une savante et intense activité diplomatique, il isole le royaume anglais de ses alliés.

Charles V meurt le 16 septembre 1380, laissant le royaume à son fils Charles VI, âgé de seulement 12 ans, et auprès de qui ses oncles assurent une régence envahissante et inique.

Révoltes en 1382

Le 15 janvier 1382, une ordonnance royale rétablit de nombreuses aides en Normandie, et ce malgré la Charte aux Normands. Le 24 février, apprenant la nouvelle, le peuple de Rouen se répand dans la rue pour une clameur de haro[2], protestation légale en Normandie, censée représenter une plainte et demander l'intervention d'un juge sous forme d'assignation verbale. Tout commence dans une ambiance bon enfant : des ouvriers descendent dans les rues, et élisent un roi comme au carnaval ; le roi en question, un certain Jean le Gras, est promené sur un char et distribue les exemptions d'impôts comme le pape distribuerait les bénédictions...

Hélas, cette gentille mascarade ne dure pas longtemps : les prisons sont ouvertes, et le chaos gagne rapidement la ville. Les pillages se multiplient, on enfonce les portes des bourgeois, des nobles et notables, on vandalise sans retenue. La mairie est pillée, la cathédrale également ; on s'en prend aux juifs, aux officiers du roi, et c'est finalement trois jours d'émeutes que récoltent les rouennais. Voyant ce résultat, les bourgeois tentent de mobiliser la milice, et envoient des représentants auprès du roi pour lui expliquer la situation et lui faire part de leurs doléances, en espérant la clémence de Charles VI et sa confirmation de la Charte aux Normands. Mais le roi n'est pas à la fête : le 1er mars, une révolte a également éclaté dans Paris, la Révolte des Maillotins, qui ont pillé la capitale et assassiné des collecteurs d'impôts à coups de maillets de fer.

C'est ainsi que, peu de temps après, le roi fait arrêter et exécuter les plus virulents des émeutiers rouennais. Le 29 mars, il fait une entrée triomphale dans la ville normande, mais, loin de venir en sauveur, il punit sévèrement le peuple pour avoir osé bafouer l'autorité royale : un grand nombre de privilèges de la cité sont supprimés, la ville est condamnée à payer une très lourde amende, et de nouveaux impôts sont levés. En outre, des bâtiments sont rasés et l'organisation politique de la cité est revue plus à l'avantage du roi. Rouen est écrasée par cette sévérité, même si le roi accorde un pardon partiel quelque semaine plus tard : et tandis que la tentation d'une nouvelle révolte se fait jour au début du mois d'août, les bourgeois de Rouen étouffent la contestation dans l'oeuf, de peur de subir à nouveau l'ire royale.


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1. Bataille où le roi Jean II le bon fut fait prisonnier.

2. De là provient le nom de « Révolte de la Harelle ».

finipe, 18h15 :: :: :: [0 déclaration d'amour]

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