Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Je ronge mon
frein, ça fait
mal
C'est pas faux
Ces temps-ci, la Femme embrasse joyeusement la morale. C'est pourquoi la mort s'évade en courant vers le futur des sens
Nabot Léon ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

21 Février 2011 ::

« C'est grave docteur ? - 4ème partie »

:: Baratin

Ce billet fait partie d'une série qui en comporte quatre :

1. C'est grave docteur ? - 1ère partie
2. C'est grave docteur ? - 2ème partie
3. C'est grave docteur ? - 3ème partie
4. C'est grave docteur ? - 4ème partie


Mon pauv’bébé chéri roudoudou d’amour

Evidemment, j’ai fait transmettre la nouvelle à Samira par ma mère le temps d’avoir le téléphone dans ma chambre. Dès que c’est possible, je l’ai au bout du fil :
- Oh mon chéri, ça va ?
- Oui oui, c’est pas grave, c’est qu’une appendicite.
- Et dire que t’es à l’hôpital et que je ne suis même pas là pour m’occuper de toi !
- C’est pas grave. Je ne vais pas y rester des semaines. Et puis j’ai de la visite. Ne t’inquiète pas pour moi.
- Oui mais quand même, chuis trop dégoûtée de pas être là !
- Mais c’est pas de ta faute, tu bosses à 600 km d’ici, tu ne peux pas annuler tous tes rendez-vous et te casser, quand même ! Arrête de te flageller je te dis. Tu viens samedi soir comme prévu, c’est mon père qui ira te chercher à la gare, je serai rentré chez moi et ce sera beaucoup mieux pour tout le monde.
- Oui mais quand même, chuis dégoûtée, c’est même pas moi qui ai diagnostiqué ton appendicite (sic)
- (…)

Un bon conseil : s’il vous arrive de sortir avec un médecin, ne faites pas diagnostiquer votre cancer par un autre que lui/elle, il/elle pourrait être extrêmement vexé(e) !

Préposé aux stagiaires

Comme je le disais beaucoup plus haut, être un peu trop sympathique et convivial avec les infirmières peut parfois jouer de vilains tours. Ainsi, cet après-midi là, je vis débarquer la jeune blondinette de service :
- Bonjour, ça va aujourd’hui ?
- Oh ben oui, si j’excepte la partie de rugby de ce matin avec les ASH, c’est nickel !
- Dites-moi, vous savez que je suis stagiaire, n’est ce pas ? Je suis encore à l’école d’infirmières.
- Oui, c’est ce que j’ai cru comprendre. Faut bien commencer un jour, hein…
- Oui. Justement… J’ai un soin à faire, c’est mon évaluation de fin de stage. En présence de mes deux formateurs. Donc il faut que je demande aux gens s’ils sont d’accord. Alors je vous demande à vous en premier, parce que vous voyez, le vieux d’à coté, euh, moyen (petit rire), et les autres, bof. Enfin voilà, quoi. Vous voulez bien ?
- Mais bien sûr, bien volontiers ! J’ai pleine confiance en vous ! (glups)

Vient l’heure du « soin de fin de stage ». Les deux formateurs sont là, ils ont l’air assez cool. Je trouve étrange que dans un corps de métier formé à 90% de femmes, il y ait 100% d’hommes sur deux formateurs. Mais soit.

J’ai droit à un beau plateau argenté avec tout plein de ciseaux, pinces, compresses, bain de bétadine. Je songe à quelques scènes de l’inquisition, que je chasse vite de mes pensées.

Elle approche ses pinces, le stress est tangible. Avec les deux ostrogoths debout à côté, muets comme des carpes et prenant des notes derrière leur petite planche, il pourrait difficilement en être autrement. La main tremble, oscillations saccadées d’au moins un cm à droite et à gauche. Oh oh ! On se détend, ça va bien se passer !

Finalement, après un ou deux coups de flippe, je m’en sors relativement bien… Mais ce n’était que le début.

V’là le plombier

- Bon, maintenant je vais retirer votre drain. A mon signal, vous allez souffler en continu sans vous arrêter. Il se peut que ce soit un peu douloureux.

Il est un fait que lorsqu’on a un tuyau dans le bide, on n’a en fait aucune idée de sa longueur, en tous cas pour sa partie immergée. Pour ma part, sans trop y penser, je pensais qu’il y en avait euh… 3 cm ? Allez, 5, grand max.

Bon, elle me dit de souffler, donc je vais docilement souffler :
- Allez, vous êtes prêt ? 1,2,3, soufflez !
- Fffffffffffffffffff (couic) argggggh gnuuuuuuuuuuuuh
MAIS C’EST L’HORREUR VOTRE TRUC !
- C’est de votre faute, vous avez arrêté de souffler !
- Souffler, souffler, j’aimerais bien vous y voir !

Ah ! Comment décrire, comment qualifier, comment expliquer cette sensation ? La longueur de tuyau qu’il y avait là dedans, je ne saurais le dire, mais on était loin, bien loin des 5 cm. Plus que la douleur, certes désagréable, c’est l’impression proprioceptive (j’oserai même le néologisme introceptive) qui émane de tout cela.
Je vois aux yeux de merlan frit de certains qu’ils ne voient pas du tout de quoi je veux parler.
Bon, essayons dans un langage plus courant.
Disons que ça fait un peu comme si on vous sodomisait à l’envers, mais avec une anguille de 2 m. de long.
Ou mieux, c’est un peu comme si on vous aspirait le trou de balle par un orifice pratiqué dans le nombril. Ou comme si on vous remontait l’anus à travers 7 m. d’intestin avec un hameçon barbelé.
C’est plus clair, maintenant ?

Il est vraiment trop moignon !

Tout a une fin, même les soins d’évaluation de fin de stage. Ils s’en vont donc. Mais fausse alerte, ils reviennent. L’un des formateurs montre ma perfusion à la stagiaire :
- Tu vois là, la ligne rouge qui remonte jusqu’à l’avant-bras ?
- Argh ouais, j’avais pas vu !
- Ben oui, c’est un premier signe de lymphangite. Il faut toujours vérifier la perf’ avant de partir, et si tu vois ça, il faut la retirer.
La pauvre était toute rouge. J’eus pitié d’elle.
- Une lymphangite ? dis-je, goguenard. Mais ça préfigure la gangrène, ça, dites-moi.
- Tout à fait, me répond le formateur aguerri (ce qui est particulièrement utile pour un formateur infirmier, huhuhu), d’ailleurs nous pensons vous amputer aujourd’hui même.
- Bah, je ne suis pas rancunier. Vous viendrez me serrer le moignon avant que je sorte ?
- Je n’y manquerai pas ![1]

Ultime torture

Toutes les bonnes choses ont une fin, comme je disais, donc je finis par sortir. Je dirai même qu’ils m’ont foutu à la porte alors que je pouvais à peine arquer. Ça devait pousser au portillon.

Incapable de m’auto gérer dans un premier temps, je fus recueilli par mes géniteurs, loués soient-ils.

Cloué sur un pieu tout l’après-midi, je ne tardais pas à m’ennuyer. Aussi papa vint à mon secours :
- J’ai acheté toute la série des Charlie Chaplin en vidéo. J’ai regardé « le dictateur » hier, c’est excellent. Tu veux que je te le mette ?
- Oui, pourquoi pas ! (quel inconscient !)
Tout a bien été pendant quelques dizaines de secondes (le générique du début en fait). Et puis au premier gag…
- Ah ah ah ah aaaaaaaaaaaaïe
Ne pas rire, surtout ne pas rire
- Gngngngngngngngn aaaaaaaaaaïe
Ne pas se retenir de rire, surtout ne pas se retenir.
- Au secouuuuuuuuurs ! Eteignez-moi çaaaaaaaaïe
Ne pas crier, surtout ne pas crier.
Alors que faire ? Fermer les yeux… Heureusement, c’est un film muet.
Merci papa !

Epilationlogue

Le lendemain, je me fais ramener chez moi. Au moment où la crise d’appendicite m’avait pris brusquement, 6 jours plus tôt, elle ne m’avait pas prévenu. Elle ne m’avait pas envoyé de mail ou de sms : « tu ferais pas mal de faire le ménage à fond mon bonhomme, parce que je vais t’envoyer à l’hosto pour une semaine et quand tu reviendras, tu ressembleras à une descente de lit. »

Aussi, comme il se doit, suite à cette impolitesse notoire, je retrouvai un appartement pas propre et pas bien rangé, pour faire dans l’euphémisme.

Ma mère, qui me ramenait, eut pitié de moi :
- Je ne peux pas te laisser comme ça. Je vais faire le ménage pendant que tu te reposes.
Un peu gêné mais infiniment reconnaissant, j’acceptai. D’autant que Samira devait arriver le soir, et que Samira aimait les apparts propres et bien rangés, pour faire encore une fois dans l’euphémisme.

Elle arriva donc. Je me posais déjà moultes questions depuis un bout de temps sur le devenir de cette relation. La psychorigidité en particulier me posait de graves problèmes.
Mais là je me disais : « allez, carpe diem ! Sans prétendre pour autant à se faire bichonner comme un prince, avec toutes les excuses mielleuses et les salamalek (c’est le cas de le dire) que j’ai entendus pendant une semaine au téléphone, on peut quand même supposer qu’elle va être plutôt bien disposée »

Elle arrive donc, et moi toujours inapte à décoller du pieu.
- Bonjour, mon chéri, ça va un peu mieux ?
- Eh bien en fait…
- …oh mais dis donc (regard circulaire), c’est rudement propre et bien rangé ici. C’est quand même pas toi qui as fait ça ?
- Non, j’aurais eu du mal. C’est ma mère.
- QUOI ! TU AS LAISSE TA MERE FAIRE LE MENAGE A TA PLACE !!! MAIS T’AS PAS HONTE ?!!
Bon, on a dit : ne pas gueuler.
Mais on va faire une exception là, tant pis si je m’éventre.
- DEGAAAAAAAAAAAGE !!! [2]

Fin (des haricots)


Copyrat draleuq 2007
_________________________________
1. Je n’avais plus de fièvre à ce moment là. L’authenticité de cette conversation est donc confirmée :)

2. Malheureusement, l’authenticité de cette conversation n’est pas plus contestable que la précédente.

draleuq, 17h29 :: :: :: [3 poignants panégyriques]

:: COMMENTAIRES

 finipe , le 22/02/2011 à 01h33

Aaaah le cynisme et la dérision, rien de tel dans les moments pénibles ! Tu as eu de la chance de tomber sur un médecin qui avait du répondant et qui a joué le jeu, ça fait des bons (ou pas trop mauvais) souvenirs.

Et puis il faut toujours voir le verre à moitié plein que le verre à moitié vide : cette histoire t'a permis de dégager Samira :)

 Brath-z , le 22/02/2011 à 08h17

Si ce genre de mésaventure devait t'arriver à nouveau : surtout tu n'accepte pas que l'étudiante infirmière se serve de toi comme cobaye. Ma mère est instructrice d'infirmières, du coup je suis bien renseigné là-dessus. Ça fait trois ou quatre ans qu'elle et ses collègues (plus d'hommes en effet que chez les infirmiers(ières)) tombent sur des cas... du genre à se tromper d'insuline pour un diabétique, je ne sais pas si tu vois le genre.

Le pire : ceux-là vont avoir (ou ont déjà eu) leur diplôme, parce que depuis 2000, la pratique compte 50%, et peut donc être compensée par la théorie. Au moins, en alignant la formation sur l'université (la réforme qui vient malgré la protestation du corps), ça remettra la pratique au cœur de la formation.

 draleuq , le 24/02/2011 à 23h27

Eh ben, c'est pas très rassurant pour ceux qui vont se faire hospitaliser dans les jours/semaines/mois/années à venir, dis-moi...
Cela dit, si l'on suit ton raisonnement et que l'on refuse de "servir de cobaye" pour des stagiaires, les dites stagiaires ne risquent pas d'apprendre leur boulot.
Comme dit l'autre, faut bien commencer un jour !

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