Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Je suis
fait comme
un rat !
Et ta soeur ?
Ces temps-ci, la Femme répand irrémédiablement l'intelligence. Ce faisant, la sagesse s'oublie en atteignant l'extase de l'existence
Nabot Léon ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

22 Août 2011 ::

« France profonde - 4 : tais-toi et Creuse ! »

:: Baratin



Il faudrait construire les villes à la campagne, l'air y est plus sain.

(Généralement attribué à Alphonse Allais, mais en réalité de
Jean Louis Auguste Commerson in "Pensées d'un emballeur", 1851.)


Les mois de novembre et décembre juillet et août sont passés si vite, et voilà déjà la rentrée, son lot de nouvelles têtes, d’anciennes têtes qu’on est content de revoir, d’anciennes têtes qu’on aurait préféré ne pas revoir, et même d’ancienne tête qu’on est content de ne pas revoir !

Lorsque je jette un regard rétrospectif sur ces deux derniers mois, je suis partagé entre l’impression d’avoir fait plein de choses et l’impression de ne rien avoir fait du tout… Mais cette dernière est, à n’en pas douter, totalement abusive, et il suffit pour s’en convaincre d’énumérer quelques unes de mes activités hautement productives :

- En faisant des allers retours pieds nus dans le jardin pour ranger dans la cabane du fond les morceaux de planche que je venais de casser à coups de hache, j’ai marché sur un bout de bois dont ressortaient une vis et un clou d’un centimètre de long (rouillés bien entendu, sinon c’est pas drôle), et je me suis tout enfoncé dans le talon, avant d’extraire ça d’un coup sec, comme dans les films. J’ai marché sur la pointe du pied pendant quelques jours, mais je m’en suis très bien tiré. Et puis, ça nous a permis de nous souvenir qu’il était l’heure d’aller au cinéma, sans quoi nous aurions raté la séance.

- En ramassant des pleines brassées de bambous, je m’en suis foutu un dans l’œil.

On me dit que je suis un bricoleur du dimanche, mais c’est même pas vrai, c’était en semaine. Et puis j’ai peint les fers forgés du puits alors que j’étais debout en équilibre au dessus du trou, et je ne suis même pas tombé dedans. C’est le sécateur, que j’ai fait tomber dedans. Et c’était pas un dimanche non plus. Vous croyez que ça porte bonheur ?

Mais ce n’est pas tout : à la mi-août, j’ai voulu reprendre un peu le sport, jugeant mes vacances un peu trop sédentaires, et je suis allé à la piste d’athlétisme. Pendant les trois jours qui ont suivi, je marchais comme un robot et je devais descendre les escaliers en marche arrière.

On me dit que c’est parce que j’ai repris trop fort et que je suis vraiment un sportif du dimanche, mais c’est même pas vrai, ça devait être un jeudi, la veille du jour où un membre de la maisonnée s'est fait une fracture en plein week-end de 15 août, et qu’on a dû le ramener la nuit à la maison après qu’ils l’aient shooté à la morphine parce qu’ils n’avaient même pas un lit de libre pour lui. Et quand ils l’ont opéré le lendemain, ils se sont rendus compte que c’était en fait une double fracture. Parce que c’est bien connu : deux, c’est mieux qu’une.

Enfin, je ne me plains pas. A côté de ça, il y en a certaines qui font passer leur beau-frère sous les roues d’un tracteur agricole dans des rochers en bord de mer.

Je suis parti, aussi.

Pas en Lozère comme je l’avais annoncé l’an dernier après mon retour de Corrèze-Cantal, mais en Creuse. Ça faisait quand même 250 km de moins, ce qui est appréciable quand on ne dispose que de cinq jours et que le pétrole flambe.
Ce ne sont pas les touristes qui m’ont poussé au départ cette fois, non. A une température constante de 13 degrés le matin et 20 degrés l’après-midi pendant presque tout l’été, ils ont préféré aller lézarder plus au sud. J’avoue être moi-même tiraillé entre l’envie de soleil et l’envie d’être peinard, l’un allant difficilement avec l’autre.

Cela dit, le manque de soleil, pour pénible qu’il soit, est loin d’être le seul responsable dans la désaffection du tourisme. Le pouvoir d’achat, dont le gouvernement –et l’INSEE, son suppôt- a longtemps dit qu’il ne baissait que dans nos fantasmes, s’effrite, et même s’effondre chez le grand prolétaire ou le petit fonctionnaire. Les riches ne sont pas moins nombreux, mais les pauvres le sont plus, et nous assistons, impuissants, à la disparition programmée de la « classe moyenne », qui, pour le moment, se contente de rester chez elle au lieu d’aller en vacances, parce que c’est ça ou bouffer des patates tout l’hiver.
Et comme chacun sait, l’hiver est déjà commencé…

Comme l’avenir ne paraît décidément pas rose, il faut essayer de se recentrer sur le présent. Comme je le pouvais encore, cette année, je suis parti, même pour cinq jours. Pourquoi en Creuse ? Pour la même raison que le Cantal l’an dernier, et on peut le résumer à cette petite conversation que j’ai eu avec quelqu’un ce week-end :

- T’es allé en Creuse ? Mais pourquoi en Creuse ? Y’a rien là-bas !
- Oui. Justement, c’est pour ça que j’y suis allé.

En disant « rien », bien entendu, j’ai employé le langage de l’homo sapiens familiaris. Car dans l’esprit de la plupart des gens, « rien » veut dire en vérité « personne », ou plutôt « peu de gens », et même parfois « pas de discothèques, d’hypermarchés et de magasins de piercing ».
Car en effet, dans ma terminologie à moi, je ne dirai pas qu’il n’y a « rien » en Creuse, en Corrèze, dans le Cantal, dans l’Aveyron ou dans la Lozère. S’il n’y avait vraiment « rien », je n’irais pas. Je souffre d’angoisse d’anéantissement comme tout un chacun ou presque, et le « rien » ne m’attire pas plus que la moyenne. Simplement, ce qui n’est « rien » pour beaucoup peut parfois être quelque chose de bien tangible pour certains.

Mes destinations s’établissent en fonction d’un critère, avant tout : la densité. Je me suis piqué à la curiosité de regarder la densité comparative des 100 départements français : premier Paris avec 20 605 hab/km². Les premiers départements de province sont le Rhône, 8ème avec 507 hab/km², et ch’Nord, 9ème avec 446 hab/km². Le mien est 22ème avec 175 hab/km². La Corrèze est 83ème avec 40 hab/km², l’Indre 85ème avec 34 hab/km², l’Aveyron 90ème avec 31 hab/km², le Cantal 95ème avec 26 hab/km², la Creuse 97ème avec 22 hab/km², la Lozère 99ème avec 15 hab/km². Enfin, c’est la Guyane qui ferme la marche avec 2 hab/km².

Plus intéressant encore, si je m’amuse à comparer ces données à celles de l’Atlas que j’avais quand j’étais enfant, que j’ai gardé précieusement, je constate que la densité de la Creuse est passée de 23 à 22, que celle de la Lozère est passée de 14 à 15, et que celle de mon département est passée de 137 à 175 !!!

Encore et toujours plus intéressant, la densité des pays européens « où il fait bon vivre », que l’on cite sans arrêt en exemple dans quasiment tous les domaines : la Suède (18 hab/km²) et la Finlande (14 hab/km², comme la Lozère). Et pourtant, s’il fait bon vivre dans ces pays, ce n’est pas par excès de soleil ou de chaleur !

Je ne prétends d’ailleurs rien inventer, le mythe de l’homme qui quitte « la civilisation » pour « retourner à la nature » et ses grands espaces existe depuis des lustres. Qui n’a pas entendu au moins une fois dans sa vie quelqu’un lui dire :
- Si ça continue, je vais élever des chèvres dans le Larzac !

Et vous savez où c’est le Larzac, hein, vous le savez ?

En Lozère, pardi !

Copyrat draleuq 2008

draleuq, 14h23 :: :: :: [0 intervention abstruse]

:: QUELQUE CHOSE À DIRE ?

Formulaire commentaire

Contact

  • Veuillez remplir tous les champs suivis d'un astérisque
  • N'oubliez pas l'antispam !