Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Patience et longueur de temps
J'ai
faim
Malheureusement, l'Humanité escalade inévitablement la morale. C'est ainsi que la sagesse s'évade, immobile depuis l'au-delà de l'existence
Nabot Léon ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

20 Novembre 2011 ::

« Sinistrose - 6 : l'ombre du jour »

:: Baratin

Ce billet fait partie d'un bien sinistre sujet de novembre qu'il vaut mieux éviter de lire et qui en comporte 7 :

Sinistrose 1 - Sinistrose 2 - Sinistrose 3 - Sinistrose 4 - Sinistrose 5 - Sinistrose 6 - Sinistrose 7


I close both locks below the window
I close both blinds and turn away
Sometimes solutions aren't so simple
Sometimes good bye's the only way

And the sun will set for you
The sun will set for you
And the shadow of the day
Will embrace the world in grey
And the sun will set for you

Linkin Park (The Shadow of the Day)


3 heures 41.
Qu'est-ce qu'il fout là à écrire alors que le glas du réveil retentira à 7 h 15 pour l'emmener vers une longue journée de travail ?
Epineuse question qu'il ne se pose pas pour la première fois de son existence, loin s'en faut.

A chaque fois qu'il doit s'efforcer de rebâtir sa vie sur un champ de ruines fumantes, il donne le change, tant bien que mal, toute la journée, avec même parfois des moments de bravoure.

Et puis l'horloge avance, avance, la nuit tombe, et l'heure de se coucher et de dormir revient inexorablement. A nouveau, la hantise de l'horizontalité, l'angoisse de la gamberge nocturne.

Alors il recule, encore et encore, l'échéance tant redoutée.
Rangement, vaisselle, ordinateur, même sans internet, tout est bon pour traîner, traîner encore.

Il pense à des trucs auxquels il ne devrait pas penser, il lit des trucs qu'il ne devrait pas lire. Il se trouve faible. Il se hait pour ça, il se déchire, il s'écorche, il écoute du trash pour ne pas s'entendre hurler à l'intérieur.

Il se mine, il se détruit, sans alcool, sans shit, sans héroïne, sans médocs. Il s'abrutit à la fatigue, jusqu'à ce que ses yeux se ferment tous seuls, jusqu'à ce que son corps ne veuille plus rien savoir, et là seulement il cède aux assauts chronobiologiques.

Il ne se couche pas, il s'écroule.

Je est un autre


Arthur Rimbaud


Mais bien souvent, ça ne suffit pas encore, et dès qu'il éteint la lumière à tâtons, de grandes mains invisibles viennent le prendre et le déchirer dans tous les sens, de l'intérieur.
Il ne peut pas appeler au secours, personne ne l'entendrait.

Pour un peu, il faudrait lui brancher une petite veilleuse, comme les gosses. Il se souvient de celle de son petit frère, elle était verte et il y avait un nounours dessus.

Et puis, quand les mains en auront fini avec lui, elles le lâcheront d'un seul coup et, d'épuisement, il sombrera aussitôt dans le néant, pour quelques heures. Deux, trois peut-être.

Il sera crevé à la seconde même où il s'éveillera, il errera souvent tel un zombie, mais globalement il honorera sa journée en tenant sur les nerfs, en n'arrêtant pas de se répéter que ce soir, il ne faut pas qu'il recommence. Qu'il faut qu'il se couche à 21 heures pétantes.

Mais le moment venu, la hantise surgira encore, effaçant toute fatigue comme par magie et lui ouvrant les yeux tous grands.

Il en est fier, quelque part, de sa souffrance. Il n'aimerait pas être blasé, ni indifférent, même si ça semblerait être confortable au premier abord. Il préfère de loin douiller que s'en foutre.
S'en foutre, ce serait le plus grave renoncement de son existence. Il ne le supporterait pas. Accepter, oui. Du reste, il n'a pas le choix. Mais renoncer, jamais. Plutôt crever.

Copyrat draleuq 2007


Je dédie ce billet aux insomniaques occasionnels ou - plus grave pour eux - systématiques. Et en particulier à ab6 et brath-z, amis insomniaques de ma blogosphère passée et présente.

draleuq, 20h45 :: :: :: [0 injure]

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