Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Faut pas se
mettre la rate
au court-bouillon
On s'en
fout
Malheureusement, la Femme embrasse joyeusement le règne animal. C'est ainsi que la piété filiale s'amenuise en atteignant le secret du rationalisme
Lao Meuh ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

21 Janvier 2012 ::

« Je rêve »

:: Baratin

J’ai vu des serpents grouiller sous mon oreiller. Ils étaient de tous diamètres, de toutes longueurs. Ils glissaient et s’entrelaçaient, comme un gigantesque paquet de nœuds impossible à démêler. Je ne voyais que leurs corps, leur peau luisante agitée de soubresauts musculaires qui se répandaient le long de leurs anneaux qui avançaient par reptations. Par contre, je ne voyais pas leurs têtes. C’était il y a très longtemps, il me semble.

Je suis tombé du haut d’un vertigineux précipice. Au moins cinq ou dix fois. Je ne me souviens plus si c’était toujours le même, mais ce qui est sûr c’est que de là-haut, on ne voyait pas le fond. Il y avait un fond pourtant, que je voyais distinctement s’approcher à toute vitesse alors que mon palpitant battait la chamade. J’ignore comment j’ai pu survivre tant de fois à une telle chute.

Une fois, je suis devenu bossu. Je suis sérieux : je ne l’étais pas avant, mais je le suis devenu, en quelques instants. J’ai d’abord senti ma colonne vertébrale se tordre, se recroqueviller vers l’avant, puis j’ai senti une excroissance osseuse me pousser au milieu du dos, suivie solidairement par les muscles et tous les tissus qui l’environnaient, qui m’arrachèrent des hurlements de douleur en se distordant mais en refusant catégoriquement de se rompre.

J’ai vu le pelage beige de mon chien se transformer en une mousse qui s’apparentait fortement à celle que produirait un bain moussant, et j’ai vu ce pauvre chien disparaître dans le tourbillon d’un lavabo qui se vidait. Ce dont je me souviens surtout, c’est des pleurs de l’animal pendant qu’il se dissolvait en tournoyant dans l’eau savonneuse. Des pleurs atroces, d’agonie, à mi-chemin entre la peur et la souffrance.

J’ai tué une petite fille avec un couteau de cuisine. C’était dans la cuisine de mes parents, comme elle était quand j’étais gosse, avec le vieux carrelage marron et la vieille tapisserie orange. Pour l’occasion, la chambre toute neuve qui, en principe, l’avait remplacé, avait disparu. Même la vieille table en formica blanc était revenue se mettre dans son antique position. Je ne connaissais pas cette petite fille, mais toute ma famille, parents, grands-parents, frère, sœur même je crois, présente autour de cette pièce, m’encourageait de son regard implacable, sans rien dire, à me saisir de ce couteau de cuisine et à frapper. Alors je l’ai fait. Elle s’y attendait et n’a pas protesté. Elle n’a même pas crié.
A l’époque, quelqu’un de vachement futé m’avait dit que j’avais fait ça pour montrer à ma famille que je n’étais plus un gamin. Que j’avais, en quelque sorte, tué l’enfant qui était en moi. Restait à savoir pourquoi c’était une petite fille plutôt qu’un petit garçon. Serais-je un transsexuel latent ?

Et puis, dernièrement, Richard Gere m’a filé un ticket à gratter déjà gratté : deux cents treize mille euros, qu’il y avait de marqué dessus. Il est comme ça, Richard Gere, son plaisir c’est de gratter des tickets, ça le détend, mais il a déjà tellement de pognon que quand il gagne quelque chose, même si c’est une fortune, il le donne à un de ses amis. J’avais oublié, d’ailleurs, que je comptais parmi les meilleurs amis de Richard Gere, il a fallu que son garde du corps m’apporte ce ticket pour que je m’en souvienne, ingrat que je suis. Ben oui, Richard est un ami très occupé, il ne pouvait pas me l’apporter en personne, mais c’est déjà bien de m’avoir envoyé quelqu’un. Par contre, j’étais un peu embarrassé car ce brave black en costard a dû trimballer son holster jusqu’aux douches publiques pour me débusquer. Et quand il a tapé à la porte, je me suis rendu compte que la douche n’avait pas de porte de l’autre côté et que j’étais à poil à la vue de toute la place, qui, heureusement, était vide.

J’ai vu et fait tant de choses encore, beaucoup d’ailleurs dont ma mère m’interdirait de parler ici. Heureusement, j’ai oublié la plupart d’entre elles.

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draleuq, 11h08 :: :: :: [0 intervention abstruse]

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