4 Juillet 2006 ::
« Tu tagues ? Alors ta gueule ! »
:: Nombril
Depuis quelques mois se jouait à la porte de mon logis une guerre des plus sournoises : un tagueur répondant au délicat sobriquet de "Rekin" venait régulièrement apposer sa marque sur la porte menant vers les caves de mon immeuble. Quelques jours s'écoulaient alors après ce cyclique méfait, et la réplique était à la mesure de l'attaque : le syndic engageait une entreprise de nettoyage pour ôter l'indélicat barbouillage !
Mais ledit Rekin était pugnace : à chaque fois que sa tentative était contrecarrée par un balai brosse et de l'eau de javel, il récidivait nuitamment dans les plus brefs délais. Et ainsi procéda la bataille, durant plusieurs mois : le tagueur taguait, et le nettoyeur nettoyait.
Advint alors l'irréparable : le sieur Rekin en eut assez. Nul ne sut jamais ses raisons, les uns supposent qu'il n'était plus en fonds pour réinvestir en munitions de bombes de peinture ou de marqueurs, les autres arguent plutôt d'une certaine lassitude. Quoiqu'il en soit, l'individu décida de laisser une marque hautement indélébile, en gravant son nom dans la vitre de la porte d'entrée de l'immeuble.
Il la tenait sa victoire ! Plus moyen de se débarrasser de son épître de porte : eh, que diable, que pouvait faire le nettoyeur ? Il était impuissant. Un vitrier eût certes pu changer le support à grands frais pour les résidents, mais le tagueur se fût chargé d'y laisser sa marque derechef !
Oui, en vérité, le tagueur a vaincu le nettoyeur. D'ailleurs, depuis ce jour fatal, il n'a plus ressenti le besoin de peinturlurer la porte des caves : c'est donc qu'il a savouré pleinement le goût du succès, il a foulé de sa botte crasseuse l'ordre établi et la société en signant à tout jamais un immeuble innocent.
Et nous, les habitants, silencieux témoins de cette incursion des milieux interlopes dans nos piteuses vies de petits contribuables étriqués, nous devons maintenant supporter la vue odieuse de cet affreux pseudonyme à chaque fois que nous entrons ou sortons de chez nous, tel un constant rappel du pied de nez que nous fit ce skouale.
Mon cher Rekin, si tu me lis, j'espère qu'en vieillissant tu deviendras un peu moins stupide. En attendant, je forme le voeu que l'on t'ait pêché illégalement pour te mettre en miettes dans une boîte de thon bon marché.
finipe, 18h07 ::
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:: [3 élucubrations]
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