Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Le boulot,
ça me
réussit pas
Ta
gueule
Tant bien que mal, l'esprit écrase joyeusement l'art, de sorte que le temps se distingue en évitant le néant de l'indifférence
Saint Tobustin ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

6 Août 2010 ::

« Et maintenant, même le maillot braille ! »

:: Paparatzi

Tu ne travailleras pas la journée du Sabbat, ce jour est consacré aux matches de football.

Ambrose Bierce


Une petite ratrospective exprimant mon amour profond pour le football. Evidemment, tout ceci semblera bien doux et inoffensif par rapport à ce qui a pu être ressenti en juillet de cette année, soit un an après la rédaction de ce petit pamphlet.

La fin du printemps, c’est aussi la saison de l’étalage de tous les excès de ce sport qu’est le football, si on peut encore appeler ça un sport.

D’abord, il y a la fin de la saison de Ligue 1, qui a déjà l’habitude de faire les premiers titres tous les ans, alors pour peu qu’il y ait un peu de suspense comme cette année, il n’en faut pas plus pour avoir l’impression que le JT se transforme en Téléfoot.

Et à l’autre bout de la chaîne alimentaire, nous avons les pauvres malheureux, les trois clubs condamnés à la honte suprême de la relégation en Ligue 2, car il en fallait trois de toutes façons. Et cette année, j’étais encore aux premières loges (géographiques en tous cas), avec la seconde descente du FC Nantes en trois ans. Les Canaris, pour leur plus grand malheur en l’occurrence, continuent à drainer des milliers de supporters, en dépit de leurs contre-performances sportives, et malheur à celui qui avait l’intention d’emprunter le périph’ au mauvais moment pour se rendre chez son frère (par exemple, au hasard), il est plus important de consulter le calendrier de la ligue 1 que de regarder la météo ou Bison Fûté.

Et évidemment, comme le supporter Nantais moyen est aussi con qu’ailleurs, les joueurs ont eu le droit d’être sifflés sur le terrain, hués à la sortie du stade. Quant au staff, il leur a fallu carrément être escortés par un service de sécurité musclé pour pouvoir en sortir. Ben oui, c’est bien connu, quand ça merde, c’est forcément de la faute de l’entraîneur, toujours le premier à être viré. On en a vu un parfait exemple lors de la déconvenue de l’équipe de France à l’Euro 2008, où Raymond Domenech est devenu l’homme le plus haï du pays. Pour finir, il n’a pas (encore) été jeté, mais le bon peuple a été brutalement frappé d’amnésie sur le fait que c’était le même coach qui avait mené l’équipe en finale de la Coupe du Monde 2006. Et puis, c’est bien connu, pour mener une des meilleures équipes nationales du monde, on prend forcément le premier blaireau incompétent venu, sans expérience ni références.

Les joueurs, eux, ils n’y sont pour rien quand ça ne marche pas… Même quand ils balancent un grand coup de boule au gars d’en face au moment clef du match, devant des milliards de téléspectateurs…

Le plus grave, c’est que l’écrasante majorité de la multitude de ces supporters qui seraient prêts à lyncher un joueur ou un entraîneur parce que « leur » équipe est reléguée ou éliminée n’a pas la moindre idée de ce qu’est le sport de compétition. Pour n’avoir fait du sport que le samedi dans leur fauteuil, ils ignorent totalement que dans sa carrière, un sportif a des moments de génie, mais aussi des moments où il réussit moins bien parce qu’il est moins en forme, ou tout simplement moins en confiance. Le joueur de foot, comme de n’importe quel autre sport, n’est pas une science exacte.
Et un truc aussi simple que ça, quelqu’un qui n’a pas fait de sport de compétition à un niveau correct, sans forcément être professionnel pour autant, n’arrive pas à l’envisager. Pour lui, il y a obligation de résultat, parce que sinon putain, qu’est ce qu’il va faire de ses samedis soirs s’il ne peut plus aller brailler au stade avec son écharpe bleue/jaune/rouge/verte… rayez la mention inutile. Pour lui, il y a obligation de résultat parce que l’exultation collective comble un peu sa pauvreté individuelle. Pour lui il y a obligation de résultat, parce que ces joueurs-là ils sont payés des fortunes, merde, donc ils n’ont pas le droit à l’erreur.

OK, voilà au moins un sujet sur lequel on est d’accord. Commençons par diviser les salaires des joueurs par dix et à reverser ça aux vieux et handicapés, ça rapportera plus que la « journée solidarité » qui pourtant est un franc succès, parait-il :)
Mais on apprend ces jours-ci le prix record du transfert de Cristiano Ronaldo de Manchester United au Real de Madrid : 93 millions d’euros, qui s’ajoutent à ce que le Real avait déjà déboursé il y a quelques semaines pour le Brésilien Kaka, à savoir 68 millions d’euros. A ce tarif, ça fait vraiment cher le kilo de merde. Surtout dans l’un des pays d’Europe les plus touchés par la crise économique.

Alors, nous disent les journalistes, le peuple français est fâché avec les bleus.
C’est certain. D’ailleurs, le signe le plus éminent de cette fâcherie n’est-il pas le fait que le match amical France – Nigéria a recueilli le meilleur audimat de la soirée ?
Mais je me méprends, il est probable que si les gens ont massivement regardé ce match, c’était par curiosité envers les maillots en braille des joueurs, pour fêter le bicentenaire du créateur de l’alphabet pour aveugles, Louis Braille.
On s’interroge tout de même sur cette initiative :
- Cela ne leur a-t-il pas porté malheur ? En effet, les bleus n’avaient pas les yeux en face des trous ce soir-là, n’ayant pas trouvé le chemin des buts.
- Si c’était pour la prise de conscience populaire du handicap des non-voyants, n’était-il pas préférable de les faire jouer avec un bandeau sur les yeux et une canne blanche ?
- Comment fera-t-on lorsque les sourds, jaloux, voudront aussi leur « geste symbolique » ? On coupera les commentaires à la télé ? Et quand ce seront les paralytiques ?
- Pour les principaux intéressés eux-mêmes, les non-voyants, cela n’a pas changé grand-chose, même en tripotant leur écran de télé.

Soit dit en passant, il semblerait que ce soir-là, des supporters stéphanois aient oublié qu’ils étaient venus voir un match de l’équipe nationale, et ils ont donc copieusement sifflé les joueurs de l’Olympique Lyonnais, le grand rival voisin de l’AS St Etienne.
La guerre des boutons version foot. Consternant.

En tous cas, ils ont encore perdu. Lamentable. Je me demande ce qu’ils attendent pour faire comme en Côte d’Ivoire il y a quelques années, où le président de la république, ulcéré de l’élimination prématurée de son équipe nationale de la coupe d’Afrique des Nations, avait ordonné que tous les joueurs soient internés dans un camp militaire de discipline.


Raymond Domenech avec un des maillots en braille. Remarquez que les inscriptions ne sont pas en relief. Les aveugles ne pouvaient donc même pas identifier les joueurs en les pelotant. Aucun intérêt, décidément.


Copyrat draleuq 2009

draleuq, 11h13 :: :: :: [0 jubilation]

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