Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Faut pas se
mettre la rate
au court-bouillon
Ça c'est
balot...
Somme toute, la Femme répudie parfaitement l'art, tant et si bien que la justice s'échappe en évitant le bonheur du rationalisme
Ricane ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

4 Novembre 2007 ::

« Engelbert Dollfuss, dictateur anti nazi - 3ème partie »

:: Histoire contemporaine, 1934

Ce billet fait partie d'un sujet composé de quatre parties :

1. Engelbert Dollfuss, dictateur anti nazi - 1ère partie
2. Engelbert Dollfuss, dictateur anti nazi - 2ème partie
3. Engelbert Dollfuss, dictateur anti nazi - 3ème partie
4. Engelbert Dollfuss, dictateur anti nazi - 4ème partie



L'impatience des nazis autrichiens

Après les massacres de février, l'opposition socialiste n'existe plus, mais Dollfuss sent confusément qu'on l'a poussé à aller trop loin : il tente de trouver des compromis avec les syndicats, mais c'est trop tard. Partout en Europe, on considère Dollfuss comme un dictateur sanguinaire, et le chancelier se retrouve ainsi totalement isolé, autant sur le plan intérieur qu'extérieur. Le 1er mai 1934, Dollfuss promulgue cependant la nouvelle constitution qu'il appelait de ses voeux, formant un nouvel Etat corporatif. A la fin d'un discours fleuve, il déclare : « Restons unis dans l'amour de notre petit, mais beau pays ! ».

Cependant, Hitler tente de convaincre Mussolini que Dollfuss est un homme dangereux. Le Führer se rend en visite diplomatique à Venise pour rencontrer le Duce, mais Mussolini ne veut rien entendre : il demeure un ami de Dollfuss, et n'aime pas Hitler, notamment en raison des exactions commises par les commandos nazis en Allemagne[1]. Pendant ce temps, les nazis autrichiens n'en peuvent plus d'attendre : ils ne rêvent que de l'union de l'Allemagne et de l'Autriche, et Hitler ne fait rien. La vérité, c'est qu'Hitler n'est pas encore en état de réaliser cet Anschluss dont il rêve tant : son armée n'est pas en état, le service militaire n'est pas rétabli, Mussolini ne le soutient pas. Si, pour les diplomates, cette situation est claire, elle l'est moins pour les militants nazis autrichiens.

Devant la menace des nazis, Dollfuss prend une décision curieuse : il retire à Emil Fey ses prérogatives, et les confie à un certain baron Karwinski, qui n'a aucune étiquette politique. Ainsi, si la situation tournait mal, Dollfuss pourrait peut-être faire appel aux socialistes, qui refuseraient toute aide à Emil Fey, le boucher du Karl-Marxhof... La Heimwehr, la police et l'armée n'entendent pas cette subtilité, et cette décision suscite l'incompréhension : les nazis en profitent pour passer à l'action.

La conjuration

Le 16 juillet, une réunion secrète se tient chez le docteur Habicht, à Munich. Leur plan est audacieux : 150 hommes, tous nazis autrichiens, devront revêtir un uniforme de l'armée fédérale, envahir la chancellerie lors d'un conseil des ministres, puis s'emparer de Dollfuss. Aussitôt, le docteur Rintenlen — un ancien de la Heimwehr, évincé par Starhemberg — devra former un nouveau gouvernement favorable aux nazis. Dans le même temps, la radio sera occupée, et le président Miklaus séquestré. L'action est planifiée pour le 24 au matin.

Des rumeurs de ce coup d'Etat parviennent cependant aux oreilles de Dollfuss, mais il refuse d'y croire : il part en Italie rejoindre sa famille, tous invités par son ami Mussolini. Le 24 au matin, premier grain de sable : le conseil des ministres est reporté au lendemain. Le plan est donc également décalé d'un jour, mais ce répit donne des scrupules à l'un des conjurés, un certain Johann Dobler : il avertit les autorités de l'imminence d'un coup d'Etat. Emil Fey, prévenu en premier lieu, devrait réagir immédiatement, alerter la police et l'armée, mais il n'en fait rien : une heure avant le coup d'Etat, il mobilise des miliciens de la Heimwehr et attend l'heure fatidique, persuadé de pouvoir réprimer seul le putsch et en tirer toute la gloire !

Le 25 juillet à 11 heures, le conseil des ministres se réunit comme prévu. Quelques centaines de mètres plus loin, dans un gymnase, les conjurés passent leurs faux uniformes et se préparent. A peine quelques minutes plus tard, Fey entre dans la salle du conseil, et informe Dollfuss de l'imminence d'un coup d'Etat : le conseil est suspendu, et, à 12h30, un coup de téléphone d'un policier paniqué prévient Dollfuss que des camions viennent de quitter le gymnase. Le ministre de l'intérieur, le baron Karwinski, donne l'ordre de boucler le quartier, d'envoyer des hommes armés, mais il est trop tard. Quelques minutes plus tard, les conjurés sortent des camions, maîtrisent les quelques gardes d'honneur et pénètrent dans le palais les armes à la main. Dollfuss, Karwinski et Fey doivent fuir...

Poursuite dans le palais

Les trois hommes cherchent tout d'abord à rejoindre le troisième étage, où Karwinski s'est souvenu qu'il existait une tapisserie derrière laquelle on pouvait se dissimuler. Après une course dans le palais, Dollfuss est interpelé par un vieux portier du nom d'Hedvicek, qui affirme connaître une issue plus sûre. Après une longue hésitation, le chancelier décide de le suivre, tandis que Fey et Karwinski lui emboîtent le pas, contraints. Les fuyards aboutissent ainsi devant une lourde porte, celle qui donne sur le salon du président de la république : Dollfuss, hors d'haleine, s'évertue à essayer de l'ouvrir, mais elle est malheureusement fermée à clef.

Il est 13h30. Derrière le chancelier, on entend les bruits des bottes des nazis qui arrivent en courant. Dollfuss secoue la poignée de la porte avec désespoir, mais rien n'y fait : les rebelles entrent dans la pièce, l'air victorieux. Fey et Karwinski se rendent, tandis qu'un sous officier nazi, Otto Planetta, s'avance et lève son arme vers le chancelier : il lui tire deux fois dans le dos.

Dollfuss s'écroule, sa tête frappe violemment le sol, et ses plaies — au cou et sous l'aisselle — commencent à saigner abondamment. Il gémit : « Au secours... Au secours... ». Autour de lui, les nazis forment un cercle, mais personne n'intervient...

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1. C'est au cours de ce voyage qu'Hitler commet la maladresse de parler à Mussolini de la "supériorité de la race nordique", ce à quoi Mussolini répond que si tel était vraiment le cas, les Lapons devraient dominer le monde depuis longtemps...

finipe, 18h00 :: :: :: [2 commentaires désobligeants]

:: COMMENTAIRES

 draleuq , le 05/11/2007 à 17h00

Bon alors, c'est quand qu'il CREVE, merde ?
Ça prend forme, mais il aura fallu le temps...
Pour un peu tu réussirais presque à nous faire prendre pitié de lui.

 finipe , le 05/11/2007 à 17h34

J'avoue qu'après pas mal de doc lue à son propos, et compte tenu des circonstances historiques, j'ai du mal à ne pas être clément avec Dollfuss. Mais bon, il a quand même bien fait son pourri avec ses opposants socialistes, même s'il a sans doute été un peu dépassé par les événements et la cruauté du major Fey. C'est vraiment comme ça que je l'ai ressenti en tout cas.

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