Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Bigre, je me
ronge
les sangs !
Dans ton cul
Etrangement, l'on répand silencieusement l'art. Ainsi, le temps s'enrichit, immobile depuis le bonheur du post-modernisme
Sacrote ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

17 Décembre 2007 ::

« L'assassinat du Duc de Guise »

:: Histoire moderne, 1588

La journée des barricades

L'année 1588. 16 ans après le massacre de la Saint-Barthélemy, l'opposition entre catholiques et protestants en France est toujours aussi vive : le roi Henri III, dernier des fils encore vivant de Catherine de Médicis et lui-même sans descendance, a désigné comme successeur son beau-frère et cousin Henri de Navarre, un protestant. La Sainte Ligue, parti ultra-catholique soutenu par le Pape et le roi Philippe II d'Espagne, n'a de cesse de manifester son opposition à cette succession. Son chef en particulier, Henri Ier de Guise, surnommé le Balafré, voue une haine inextinguible aux protestants depuis l'assassinat de son père par l'un d'entre eux en 1563. Lors de la Saint-Barthélémy, il avait d'ailleurs activement participé aux massacres. Depuis 3 ans, cet homme, solide et rude gaillard de plus de deux mètres, livre plusieurs batailles à travers le pays contre les armées protestantes.


Henri III, roi de France, et Henri, duc de Guise

A Paris, malgré l'interdiction qui lui a été faite de rentrer, les bourgeois soutenant la Sainte Ligue appellent le duc de Guise à revenir dans la capitale pour faire pression sur le roi. Philippe II d'Espagne soutient activement cette initiative : il s'apprête en effet à envahir l'Angleterre, un autre bastion du protestantisme, avec son Invincible Armada, une flotte gigantesque de 130 vaisseaux et 30.000 hommes !

Dans les rues de Paris, des rumeurs inquiétantes circulent : on parle d'une Saint-Barthélémy à l'envers, on dit qu'Henri III a prévu de faire assassiner les agitateurs ultra-catholiques, on constate que plusieurs milliers de gardes suisses ont été appelés au Louvre et aux abords de l'île de la Cité, malgré la loi qui veut qu'aucun soldat étranger ne séjourne dans la capitale...

Au petit matin du 12 mai, des centaines de personnes excédées, bourgeois, étudiants, parlementaires, se réunissent à divers endroits clefs de la ville, et érigent, pour la première fois dans l'histoire de Paris, des barricades. Après une journée d'émeutes qui se solde par la mort de quelques dizaines de soldats, massacrés par la foule en colère, le duc de Guise devient maître de Paris, et Henri III se voit contraint de chercher asile dans son château de Blois. La Ligue est bel et bien toute puissante.

L'Edit d'union, un camouflet de trop

Le 15 juillet, Henri III n'a d'autre choix que de signer l' « Edit d'Union », par lequel il épouse les objectifs de la Saint Ligue Catholique, et déclare ne jamais devoir signer quelque trêve ou paix que ce soit avec les « hérétiques ». Dans la foulée, il nomme le duc de Guise lieutenant général du royaume, ce qui, étant donné son influence déjà considérable, fait de lui un homme quasiment plus puissant que le roi lui-même. Qu'importe, Henri III ravale sa fierté et supporte l'insolence des ligueurs. Au mois d'août, sa position s'affermit cependant quelque peu avec la défaite cuisante de l'Invincible Armada espagnole, mise en déroute par l'Angleterre[1], mais la Ligue est toujours majoritaire et très influente.

Au début du mois d'octobre débutent des Etats Généraux, à Blois, convoqués par Henri III afin, entre autres, de débattre de l'application effective de l'Edit d'Union : les Guise (le duc lui-même et son frère Louis de Lorraine, cardinal de Guise) n'ont de cesse d'intriguer pour prendre le contrôle du Conseil du roi, et saper la succession prévue avec Henri de Navarre. Le 17 décembre, le cardinal de Guise prononce le mot de trop ; il porte un toast en direction de son frère et déclare : « Je bois à la santé du roi de France » !

Au matin du 23 décembre, Henri III en personne distribue des poignards à une douzaine de fidèles de la garde royale, puis convoque le duc de Guise dans sa propre chambre en prétextant quelques affaires à régler : de Guise pénètre dans la chambre du roi, et se fait immédiatement larder de coups de couteaux par les gardes qui surgissent de derrière les tentures. Le lendemain, le cardinal de Guise est arrêté et exécuté, tandis que le corps du duc est brûlé, et ses cendres jetées dans la Loire.


Henri III, contemplant le cadavre du duc de Guise, aurait déclaré :
« Mon Dieu qu'il est grand ! Il paraît même plus grand mort que vivant ! ».

La fin des Valois

Dans les mois suivants, devant l'insurrection ultra-catholique provoquée par l'assassinat du chef de la Sainte Ligue, Henri III établit une alliance objective avec Henri de Navarre pour ramener l'ordre dans le pays et battre les armées des ligueurs. A Paris, la cité est fanatiquement catholique et activement soutenue par Philippe II d'Espagne : un peu partout, des prêcheurs appellent au régicide. Et, le 1er août 1589, alors que les armées royales alliées aux armées protestantes vont pour assiéger la capitale acquise à la Ligue, le moine Jacques Clément, ligueur fanatique, poignarde à mort Henri III. « Méchant moine, tu m'as tué ! », s'exclame-t-il...

Le lendemain matin, après une lente et douloureuse agonie, Henri III meurt, et la dynastie des Valois s'éteint avec lui. Henri de Navarre devient Henri IV, premier des rois Bourbons : il devra littéralement conquérir son royaume, qui ne le reconnaît pas encore comme roi, jusqu'à sa conversion au catholicisme et la signature de l'Edit de Nantes, le 13 avril 1598.


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1. Dans les rangs de la flotte anglaise, on trouve notamment le très renommé Sir Francis Drake.

finipe, 00h49 :: :: :: [2 constatations éclairées]

:: COMMENTAIRES

 labelmer, le 17/12/2007 à 19h32

Très intéressant ! Merci Finipe de nous remettre notre histoire en tête .

 finipe , le 18/12/2007 à 01h19

Balivernes ! C'est uniquement pour ME remettre l'Histoire de France en tête. Ceci à seule fin de briller en société, bien sûr :)

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