Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

J'en ai
vraiment
rat le cul...
Ah
bon ?
En vérité je vous le dis, la Femme embrasse doucement la morale, tant et si bien que l'amour s'évade, se précipitant vers le néant du rationalisme
Ploton ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

16 Mars 2010 ::

« Le cri de l'instit' le soir au coin du bois »

:: Professorat

Y'en a qui font des gosses parce qu'ils peuvent pas avoir de chien.

Coluche


Il y a 13 ans, j'ai découvert la misère rurale dans notre Belle France. Tous les jours, dans une école maternelle, on me payait pour écoper le Titanic avec une petite cuillère. A la même époque, sortait le film de Bertrand Tavernier "Ça commence aujourd'hui", et j'avais cru y voir le récit, mot pour mot, trait pour trait, de ce que je vivais.
Les termes sont durs, cruels parfois, cyniques sans aucun doute. Ils traduisent l'ampleur de mon impuissance à sortir ces pauvres gosses de la panade où ils étaient nés et où ils continuaient à grandir tant bien que mal.

Vous savez à qui vous me faites penser ?
Oui, je sais... à "l'instit" grmblllgrrr

Non, je ne suis pas Gérard Klein. Lui, c'est écrit dans son script qu'il doit supporter les cas sociaux en souriant. Moi, c'est juste écrit dans mon script que je ne dois pas leur mettre ma main dans la tronche. Le malheur, c'est que mon script est plus dur que le sien...

Pardonnez-moi, mesdames et messieurs, de commencer ce réquisitoire en parlant d'une série consternante pour public semi-lobotomisé en mal de cure mélodramatique, mais le simple fait d'imaginer ce j'en-foutre à se pavaner derrière la caméra à jouer le joli cœur motorisé plein de bons sentiments me flanque une crise d'urticaire digne d'un nettoyage intégral au tampon à récurer suivi d'une douche d'acide sulfurique.
"Qui boit de l'eau bleue aura un avenir radieux" (proverbe de cas social)

Comme j'aime les transitions bien faites, parlons hygiène justement : ce matin, un de ces chérubins bien intentionnés a profité de mon absence pour se pencher sur le bitume et laper l'eau toute bleuie de peinture qui s'écoulait dans la gouttière de béton à l'extérieur de la classe.
Jugeant, à tort ou à raison, qu'il s'agissait là d'un comportement d'ignoble gougnafier dégueulasse, je lui bottai le train... Puis, à peine avais-je à nouveau le dos tourné qu'il accordait visiblement quelque crédit à mes réprimandes, décidant de remonter à la source du tuyau de plastique pour boire l'eau bleue à pleines goulées, ce qui est évidemment plus propre que de lécher le sol, même s'il y a une toile d'araignée au bout du tuyau.
Je lui demande la raison de cet acharnement insolent. " J'ai soif " me dit-il innocemment. Certes.
"Qui met son doigt dans le vomi aura des soucis" (superstition campagnarde)

L'autre jour également, une des plus jeunes étant indisposée, vomissait sans vergogne son gâteau au chocolat sur sa table, peignant impromptument sa feuille de couleur marron... Son camarade de droite, paradoxalement l'un des plus vieux, fut très intrigué par ce reflux digestif et se mit à faire des ronds dedans avec son doigt, affectant de plus de prendre un air dégoûté afin de sauver les apparences.
"Qui pisse dans son jardin recommencera dans la cour le lendemain" (dicton professoral)

Un autre, ignoble tête à claques blonde dont le strabisme convergent finit à la longue par me faire moi-même loucher, est à ce point un rêveur bucolique attaché à notre mère-nature qu'il va systématiquement, à chaque récréation, uriner dans l'herbe verdoyante de la cour, au sus et au vu des petits et des grands, bien que sachant parfaitement l'emplacement des lieux d'aisance. Mais à 4 ans, la queue de vache qui lui a poussé dans le creux de la main est déjà plus grande que lui, à tel point qu'il se prend les pieds dedans à chaque fois qu'il veut aller aux toilettes. Je ne pensais pas que ce fût possible. Et pourtant, je n'estoy pas au bout de mes surprises.
Gymnistérique

Emmener 24 larbins comme ceux-ci faire de la gymnastique au bout de la rue, voilà une expédition qui n'a pas à rougir devant la dernière croisade...
Rêveurs, ils se prennent les bouches d'incendie dans les dents (ironie du sort !).
Dissipés, ils se mettent parfois brusquement à partir en course poursuite effrénée au milieu de la rue.
Cultivés, ils ignorent jusqu'à l'existence des passages piétonniers.
Le meneur de troupe, en particulier, marchait comme un gastéropode polyarthritique, comme je lui fis remarquer en termes plus compréhensibles pour son esprit modeste. Il fit une telle accélération qu'il laissa tout le monde sur place.
Je lui hurlai qu'il n'avait qu'à courir, aussi, tant qu'il y était... Erreur fatale ! Il le fit aussitôt.
Usant non plus de ma verve fatiguée, mais de mes restes de compétences au 100 mètres chronométré, je le rattrapai vivement et lui adressai cette remarque pleine d'esprit, pensant avoir à faire à un être humain et non à un légionnaire : " Si je te dis de te jeter par la fenêtre, tu le fais ? "
Trop spirituelle, oui, la question l'était probablement, car il acquiesça aussitôt.
J'abandonnai.
(Dés)intégration sociale

Je voudrais maintenant aborder un sujet très grave. Comme vous ne l'avez probablement pas deviné, il s'agit de l'intégration sociale.
Un grand mot que voilà, plein d'altruisme et ô, combien prometteur en abnégation...
C'est au nom de cette intégration que dans ma classe (quand j'y songe, ce qualificatif sonne à mes oreilles comme une obscénité) il y a une jeune trisomique, autrement appelée mongolienne, autrement et familièrement appelée gogole, mais ça ne se dit pas.
La rééducatrice qui occupe un bureau afférent à la pièce qui me sert de " classe " (avec les guillemets, c'est un peu moins obscène) le dit elle-même, cela fait deux ans qu'elle ne progresse plus, et même, elle régresse.
Mais soit. En vérité je vous le dis, l'intégration sociale, moi je ne suis pas contre, bien au contraire.
Mais si l'on considère que cette jeune " élève " (les guillemets sont là encore de rigueur, car tout de même, soyons sérieux, un élève est sensé apprendre quelque chose) passe le plus clair de son temps à casser les vitres à incendie avec des cailloux, à mordre et pincer, voire bourrer de coups de pieds ses voisins (les mauvais jours), ou à rouler des galoches à ces mêmes voisins, qui, cons comme ils sont, ne refusent même pas (les bons jours, si je puis m'exprimer ainsi...) et ne communique que par barrissements, alternés de quelques râles vaguement onomatopéens, et bien même avec le plus grand optimisme - et même je dirais avec la candeur utopiste du personnage Voltairien - on se dit que l'intégration sociale a du plomb dans l'aile.

Et je ne suis pas le seul à le dire ! Notre rééducatrice chère à nos cœurs que je vous évoquais tout à l'heure passe le plus clair de son temps dans les autres écoles, celles des villages voisins... Dans lesquels il reste encore, paraît-il, des cas non irrécupérables. Mais cette information est à prendre au conditionnel, et exige de toute évidence une confirmation.
Si tu aimes tant que ça le canigou, euh... prends au moins une fourchette !

Mon buveur d'eau bleue avait très faim ce midi.
Sa mère l'a pris en train de manger dans la gamelle du chien après avoir engoinfré son steak haché.
Cette petite observation nous amène à un tas de questions hautement existentielles : par exemple, si vous surpreniez votre gamin en train de bouffer du ron-ron, iriez-vous le crier sur tous les toits ?
Et la pudeur, qu'en fait-on ? Et tous ces " dysfonctionnements comportementaux " (ça veut dire qu'il déconne complètement) sont-ils vraiment liés, comme maman le dit, à la séparation récente de ses parents ?
Ben oui ! De la cause à l'effet, il n'y avait qu'un pas, et il était facile !
Ben non ! Je suis pas d'accord ! Elles ont le dos large les séparations ! Mais foutez-leur la paix... Non mais, on peut même plus être une séparation tranquille, maintenant, y'a de l'abus !

Tout cela devrait-il m'ébouriffer ? Pensez-donc ! le dernier rempart avant la déprime, c'est d'être blasé. Alors soyons blasé cinq minutes : si on me demande mon avis sur la question, je répondrai simplement : "Denis a déjà un peu d'embonpoint, et voyez-vous, je pense que le Canigou c'est un peu trop protéique... A moins qu'il prenne aussi des haricots verts ?"
Les parents, circonstance... hips... atténuante

Comme j'aime toujours autant les transitions bien faites et que je les fais valoir, ceci nous amène au sujet suivant : les parents...
Aaah ! Riche sujet que voilà ! Est-il bien normal qu'une femme de 25 ans ayant déjà fait trois rejetons avec trois géniteurs différents (il vaut mieux parler ici de géniteurs que de pères, c'est ainsi plus représentatif de la nature primitive des relations entre mammifères autochtones : 1) ils jouent à touche-pipi 2) soudain, eurêka ! Ils comprennent que ça s'emboîte ! 3) jetons un voile pudique sur la scène qui s'en suit) vienne récupérer le cartable de son fils malade (il a vomi parait-il. Bien fait ! Il avait qu'à pas faire des ronds dans le vomi de sa voisine ! Faut pas rigoler avec ces choses-là, moi je suis superstitieux !) et que je sente à 3 mètres d'elle une haleine de vinasse à décoller la tapisserie, voir à casser les vitres. J'ai failli me trouver mal !

Et quand on voit les oeuvres décadentes qui ont constitué le fruit de cette funeste reproduction, cela ne fait qu'arracher aux collègues cet amer soupir : " celui-là, il a été bercé près du mur ! "... et moi, je serais tenté d'ajouter qu'il a eu un incendie de poussette qui a été éteint à coups de pelle !
Et c'est là qu'on se rit des pontes de la déontologie médiatique (qui n'ont bien sûr jamais les mains dans le cambouis) qui se scandalisent de la stérilisation de certaines personnes. Donnez-moi une seringue, nom de d..., et moi je stérilise tout ce bled de tarés !
Manon à la source

C'est cette réflexion qui me mine lorsque je jette un regard circulaire autour de moi, dans cette cour de récréation. Et c'est en jetant ce regard qu'il s'arrête sur une petite fille de 6 ans encore en petite section, affairée, assise sur une marche en pierres juste derrière moi.
"Et celle-ci, c'est comment son petit nom ?" demandai-je.
"Manon", me répondit-on.
"C'est joli, ça, Manon, dis-je, ça respire la Provence et les romans de Pagnol... Et c'est quoi son problème, à cette petite Manon ?"
"Bof, rien, un peu autiste. Mais les psychologues préfèrent dire qu'elle est juste renfermée sur elle-même ..."
"Ah ."
"Pourquoi tu me demandes ça ?"
"Oh, pour rien. Je me demandais juste pourquoi elle avait son slip sur les talons, sa jupe remontée sous les bras, et pourquoi elle s'était fourrée un doigt dans la partie la plus inavouable de son anatomie. Maintenant, je sais".

Ratrospective 1997

draleuq, 17h49 :: :: :: [2 déclarations d'amour]

:: COMMENTAIRES

 finipe , le 16/03/2010 à 23h48

On a beau les avoir déjà lues ces anecdotes, elles laissent toujours rêveur !

 lindsay, le 30/03/2010 à 22h53

Mes journées de CLIS me paraissent bien mornes tout à coup ! ....

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