Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Le boulot,
ça me
réussit pas
Ça c'est
balot...
Somme toute, Dieu écrase amoureusement son destin, de sorte que la mort s'amenuise, se précipitant vers le silence du post-modernisme
Thal l'errant ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

29 Novembre 2010 ::

« Florilège de vomito »

:: Professorat

Tous ceux qui ont la joie d’être parents savent bien que c’est pas facile tous les jours. Et parmi les choses dont tous les parents se passeraient bien (à l’exception sans doute de quelques rares pervers), il y a d’essuyer le caca, le pipi et le vomi… Car comme chacun sait, beaucoup d’enfants ont une fâcheuse tendance à ne pas savoir anticiper ce genre de choses, et lorsqu’ils se décident enfin à comprendre qu’ils doivent se rendre aux toilettes fissa, il est déjà beaucoup trop tard.
Evidemment, plus on avance dans l’âge, plus ces faits deviennent rares, aussi en étant enseignant en CM2 ai-je moins de « chances » (j’ai toujours des scrupules à employer ce mot dans ces cas-là) d’affronter une telle mésaventure que si j’étais en petite section de maternelle. Toutefois, il demeure malgré tout des cas isolés, soit parce qu’ils sont « fragiles du ventre » (euphémisme consacré par les parents dans ces cas-là), soit parce qu’ils sont un peu neuneux, soit parce qu’ils sont carrément très timides !
Le personnage de « Vomito » dans les BD de Titeuf symbolise à merveille ce type de gamin, aussi sera-t-il la mascotte de ce billet, consacré à narrer les « petites histoires de vomi » qui ont jalonné ma carrière jusqu’à présent, bien que certaines n’ont pas été vécues par moi-même, mais par de proches collègues qui me les ont racontées en rigolant (on en rigole toujours… mais APRES)
Si vous êtes sages, je ferai ptet « tome 2 – florilège de pipis » et « tome 3 – florilège de cacas ». Non, non, ne me remerciez pas…



Des ronds dans le vomi

C’est le matin, et l’heure de l’atelier graphisme dans cette classe de moyenne et grande section maternelle. Comme d’habitude, Jessica n’écrit rien sur sa feuille. Comme d’habitude, quand je lui parle, elle me fixe du regard bleu de ceux qui ont de l’eau de mer dans la tête, en ayant l’air de me prendre pour E.T. Aussi, je pense qu’il n’y a aucune raison de s’inquiéter.
Je m’en vais donc vers une autre table, quand, quelques instants plus tard, des exclamations retentissent :
- Jessica a vomi ! Jessica a vomi !
Je vais voir. Effectivement, Jessica avait pris du chocolat au p’tit déj. Désormais, ce dernier est répandu sur toute la table, dégoûline sur elle (elle n’a même pas bougé de sa chaise) et baigne sa feuille de graphisme et celles de ses malheureux voisins.
Pendant que je m’organise (nous sommes en pleine campagne et je n’ai qu’une heure d’ATSEM par jour, elle n’est donc évidemment pas là à ce moment, sinon ce serait trop simple), plusieurs curieux s’approchent de la table pour voir ce spectacle édifiant, comme s’ils n’avaient jamais vu de gerbe de leur vie. L’un d’entre eux, que je savais depuis longtemps promis à une longue carrière de scientifique et à un destin digne d’Einstein, commence à faire des ronds dedans avec son doigt tout en disant : « Aaaaaaaaaah ! C’est dégoûtant ! »
Peut-être le fait que le chocolat semblait encore tout frais sorti de la casserole (quoi que peut-être un peu caillé) a fait que ce brave Jonathan n’a pas été rebuté par l’odeur ou par l’aspect. Mais il n’aurait pas dû alors prendre cet air écoeuré. On ne saura jamais ce qui est passé par le cerveau malade de Jonathan.
En tous cas, quelques jours plus tard, sa mère vient en début d’après-midi, blindée comme à son habitude, pour récupérer le cartable de son Einstein de fils : « Jonathan ne pourra pas venir cet aprem, il a vomi ».
Bah voilà, pensai-je. Fallait pas faire des ronds dans le vomi de Jessica, ça porte malheur.


La rentrée de Clément

Clément vient de rentrer en CM1. Ce matin, la maîtresse distribue tout : les cahiers tout neufs et tout blancs immaculés, les stylos, gomme, règle, colle, classeurs, intercalaires… Bref, tout. Clément n’est pas bête, il est juste un peu lent d’esprit. C’est le genre de gamin qui n’a pas encore ouvert son cahier quand la moitié de la classe a déjà terminé son exercice. Clément n’est pas sourd, il est juste un peu rêveur. C’est le genre de gamin à qui il faut répéter 7 fois la consigne avant d’espérer qu’il commence à comprendre ce qu’on lui veut.
Clément ne se sent pas très bien, aujourd’hui. Il était peut-être un peu stressé par cette nouvelle rentrée, cette nouvelle classe, cette nouvelle maîtresse qui va sans doute lui en demander encore plus que la précédente. Ou peut-être tout simplement que quelque chose n’est pas passé au petit déjeuner.
Clément a la nausée et n’entend plus du tout la maîtresse égrener les consignes sur ce qu’il faut faire sur la première page des cahiers, sur les intercalaires… Tout est entassé sur la table, vierge, immaculé, pas commencé. Les nausées et les vertiges, avec la lenteur d’esprit en plus, c’est trop pour Clément. Il dégueule tout son p’tit déj, et même peut-être bien des restes d’hier soir. Il n’a même pas le réflexe d’esquiver sa table fraîchement cirée et tous les cahiers blancs et vierges qu’il y a dessus. Pas un seul cm² n’est épargné, tout est retapissé. Tout est bon à foutre à la poubelle. Avec un couvercle dessus, siouplé.


Monsieur, est-ce que je peux aller vomir dans les toilettes ?

Mélinda a été malade l’autre matin, elle m’a dit qu’elle avait envie de vomir alors je lui ai dit d’aller aux toilettes. Elle y est allée en courant. En revenant, ça n’avait pas l’air d’aller alors j’ai appelé ses parents. Sa mère est venue la chercher.
Le lendemain matin, elle était de retour.
Moins d’une heure plus tard, elle me dit qu’elle a à nouveau envie de vomir.
Je lui demande alors comment ça s’était passé à la maison la veille, le soir, et le matin. Elle me répond : « ben j’ai encore vomi deux fois hier après-midi, hier soir seulement une fois, et ce matin seulement un tout petit peu… »
Je songe que soit Mélinda me raconte n’importe quoi, soit ses parents sont particulièrement irresponsables, ce qui peut arriver, mais en l’occurrence, j’avais déjà eu l’occasion de les rencontrer et cela me paraissait fort improbable.
Je décide donc d’en rester là et de ne plus m’occuper de ses jérémiades, du moins pour le moment. Cinq minutes plus tard, elle m’interrompt à nouveau :
- Monsieur, est-ce que je peux aller vomir dans les toilettes ?
- Ben oui, tu vas pas vomir sur ta table ! (désolé, j’ai rien trouvé d’autre à dire… Du coup, les autres étaient morts de rire)
En attendant, Mélinda se précipite dehors avec la main devant la bouche. Je décide alors d’en avoir le cœur net et je lui file le train jusqu’à la porte des chiottes, en quête du bruit révélateur… Je songe alors qu’elle est bien triste et pauvre la vie d’un enseignant, obligé de guetter discrètement un bruit de dégueulis derrière une porte de chiottes.
- Qu’est-ce t’as fait à l’école aujourd’hui, mon chéri ?
- Oh rien, j’ai suivi une gamine de dix ans jusqu’à la porte des chiottes et j’ai écouté si elle dégueulait ou non. Cool, hein ?
Mélinda tire la chasse d’eau et sort toute guillerette, elle est comme surprise de me voir. Soit c’est une mutante qui vomit en silence, soit elle se fout de ma gueule.
- Tu as vomi ?
- Oui…
- C’est bizarre, je n’ai entendu aucun bruit…
Trop gentil comme d’habitude, j’en suis resté là. Depuis ce temps-là, Mélinda tient une forme olympique et n’est plus jamais malade. Tain, j’ai raté ma vocation, j’aurais dû faire de la médecine parallèle. J’aurais été pété de thunes et j’aurais pas dû subir la réforme Darcos Vador.


Splatch !

Aujourd’hui, dans la classe de CE1, un élève ne se sent pas bien. Il a bien demandé à aller aux toilettes, ce qui lui a aussitôt été accordé, mais il n’a même pas eu le temps d’atteindre la porte de la classe et a renversé par terre. Bref, le coup classique.
Jusqu’à présent, à part quelques éclaboussures, il n’y a pas eu trop de dégâts.
Au même moment, la petite Clara accomplit avec devoir son « service de distribution de cahiers du jour », à la demande de la maîtresse. Consciencieusement, elle regarde la petite étiquette sur le protège-cahier rose et va donner le cahier du dessus de la pile à son propriétaire, parcourant ainsi la classe en tous sens. Clara a les bras assez encombrés, car 25 cahiers, même petits, dans les bras d’une gosse de 7 ans, ça pèse son poids. La tâche est d’autant plus difficile que les cahiers sont encore ouverts à la page de l’exercice du jour que la maîtresse vient de corriger, et empilés ainsi. Il faut donc refermer chaque cahier avant de le rendre à son heureux possesseur.
Tout à coup, la maîtresse interrompt le travail de Clara en ces termes :
- Clara ! Mais fais attention, tu marches dans le vomi !
Clara n’avait pas remarqué, tellement elle était captivée par sa tâche. Maintenant, instinctivement, elle regarde à ses pieds pour vérifier la véracité des dires de la maîtresse. En voyant ça, elle pousse un petit cri de surprise comparable à celui d’une poule effarouchée, tout en lâchant toute la pile de cahiers. Splatch !


Le cartable surprise

Norbert est ce qu’on appelle avec pudeur un « pauvre gamin ». Né dans une famille quart-mondiste de la campagne environnante, il prend tous les jours le bus pour se rendre « au bourg » et tenter vainement d’apprendre quelque chose dans la classe de CE2.
Norbert n’a personne à la maison pour lui faire apprendre ses leçons, et aucun endroit pour tenter de le faire lui-même, ce qui serait une gageure. Alors Norbert n’essaie plus d’apprendre quoi que ce soit depuis bien longtemps, collectionnant ainsi les notes proches de zéro.
Mais ce jour-là, alors que le bus le conduit en enfer pour une nouvelle journée, Norbert a un sursaut d’orgueil, ou un sursaut de sens du devoir, ou un sursaut de courage, ou un sursaut d’on ne sait quoi, mais en tous cas un sursaut : comme il a un contrôle qui l’attend en classe, il décide d’ouvrir son cartable sur ses genoux, de sortir son cahier et de réviser, là, dans le bus ! Après tout, ça peut pas être pis que chez lui, pis y’a pas de sot endroit pour revoir, pis il en voit bien d’autres le faire régulièrement… Alors, pourquoi pas lui ?
Norbert tente de revoir, de déchiffrer les mots, péniblement, de comprendre ce qu’il a écrit. Le bus tourne et vire, cahote parfois sur les routes de campagne. Norbert a la tête qui tourne. Ooooh pitain, vlà le petit déj’ qui repart en sens inverse !
Heureusement, Norbert a réussi à faire ça proprement et presque discrètement. Dans le vacarme du moteur diesel, seul son voisin a remarqué quelque chose. Et le chauffeur ne risque pas de le gronder, car comme il avait ouvert son cartable sur ses genoux, Norbert a tout gerbé dedans. Après, il ne lui restait plus qu’à refermer le cartable et hop, ni vu, ni connu, j’t’embrouille !
Un quart d’heure plus tard, Norbert entre dans la classe comme tous ses camarades. En passant près du bureau de l’instit’, il pose son cartable dessus, sans même avoir pris la peine de l’ouvrir depuis le bus :
- Tiens maître, j’ai tout dégobillé !

Copyrat draleuq 2008

draleuq, 18h23 :: :: :: [2 lettres de suicide]

:: COMMENTAIRES

 finipe , le 29/11/2010 à 22h25

Merde, ce blog était sérieux avant :)

 draleuq , le 30/11/2010 à 10h53

L'autre eh, je lui explique les joies de la parentalité, et il est même pas content ! ;)

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