Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

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La Piscine ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

25 Janvier 2008 ::

« La conspiration de Cinq-Mars - 1ère partie »

:: Histoire moderne, 1642

Ce billet fait partie d'un sujet composé de deux parties :

1. La conspiration de Cinq-Mars - 1ère partie
2. La conspiration de Cinq-Mars - 2ème partie



Encore la guerre, encore des complots...

Après la journée des Dupes et l'exil de Marie de Médicis, le cardinal de Richelieu met à exécution son plan d'action : afin de consolider les frontières du pays et de lutter contre les Habsbourgs d'Autriche et surtout d'Espagne, il soutient activement les royaumes protestants (un traité d'alliance est notamment signé avec la Suède), et déclare officiellement la guerre à l'Espagne, le 19 mai 1635. Mais la situation continentale de la France oblige à la mise sur pied de quatre armées, sur quatre fronts différents : contre les Pays-Bas espagnols, sur le Rhin avec les suédois, en Italie, et dans les Pyrénées. Si les premières batailles sont plutôt heureuses dans les Pays-Bas espagnols, la situation est nettement plus contrastée en Italie et sur le front du Rhin, où les troupes du Saint Empire luttent avec opiniâtreté. Et si la France obtient de magnifiques victoires dans le milanais, des troupes de la flotte espagnole progressent dangereusement en Provence...

L'année 1636 est des plus délicates : les troupes impériales et espagnoles réussissent à franchir la Somme, et l'on craint déjà que Paris soit prise ; des gens se jettent sur les routes pour fuir le nord, et l'on murmure que la Cour pourrait se retirer à Blois, à l'abri derrière la Loire. Les nombreux ennemis de Richelieu n'ont de cesse de vilipender sa politique ruineuse et catastrophique. Le cardinal ne se démonte pas : il défile dans les rues de Paris sans escorte, et exhorte le peuple à ne pas perdre courage... Richelieu condamne ensuite à mort les gouverneurs des villes du nord qui font preuve de lâcheté face à l'ennemi, puis envoie Gaston d'Orléans, frère du roi, et Louis de Bourbon, comte de Soissons et cousin du roi, pour barrer la route aux espagnols en Picardie.

Mais les deux cousins s'accomodent mal de cette mission, et se confient une haine partagée du cardinal. Poussés par deux courtisans, les comtes de Montrésor et de Saint-Ibal, ils se résolvent à assassiner Richelieu à la sortie d'un Conseil, à Amiens. Le jours venu, alors que la cardinal sort du Conseil, Gaston d'Orléans manque une fois de plus de courage, et s'enfuit en courant... Saint-Ibal et Montrésor n'osent pas frapper, Richelieu échappe à la mort. Après cela, il prend la direction des opérations avec le roi en personne, et réussit à repousser les espagnols et sauver la Picardie. Gaston d'Orléans et le comte de Soissons, de peur que Richelieu n'apprenne le complot, s'enfuient : le frère du roi se réfugie à Blois, et le comte de Soissons trouve protection auprès de Frédéric de La Tour d'Auvergne, prince de Sedan[1], duc de Bouillon, et fervent ennemi du cardinal.


A gauche, Frédéric de La Tour d'Auvergne, duc de Bouillon
A droite, Louis de Bourbon, comte de Soissons

Gaston d'Orléans, fidèle à son habituelle couardise, trahit allègrement ses amis en échange du royal et fraternel pardon (8 février 1637). Pendant ce temps, le comte de Soissons prend contact avec Marie de Médicis, exilée, et qui complote autant qu'elle le peut. L'année 1637 est le théâtre de luttes importantes dans le sud de la France, où les espagnols se montrent des plus dangereux. Après plus de six mois de luttes acharnées, la France repousse ses ennemis ; Charles de Schomberg, duc d'Halluin, est nommé maréchal de France en récompense de son héroïque défense au siège de Leucate (actuelle Aude). Les victoires françaises et l'effort de guerre obligent toutefois la France à lever de très lourds impôts, et plusieurs révoltes paysannes sont matées par la violence (révolte des Croquants, dans le sud-ouest notamment).

Le 5 septembre 1638, un événement majeur a lieu : après 22 ans d'infertilité, Anne d'Autriche met au monde Louis-Dieudonné, futur Louis XIV. Cette naissance bouleverse totalement la situation du royaume : la France a un dauphin, et Gaston d'Orléans n'est plus l'héritier présomptif du trône. Deux jours plus tard, Henri II de Bourbon, prince de Condé[2], subit une lourde défaite lors du siège de Fontarabie, au pays Basque. Le 18 décembre, le père Joseph[3] meurt, et c'est le cardinal de Mazarin qui devient son plus proche conseiller ; le même jour, après un siège éprouvant, la ville de Brisach, place forte et clef stratégique de l'Alsace, et prise par l'armée française.

La mélancolie du roi

L'année 1639 se signale par un baisse de l'activité militaire un peu partout. Mais en France, le peuple recommence à s'agiter sous le poids des impôts : en Normandie, les va-nu-pieds se soulèvent, et sont écrasés à Avranches. Les survivants sont matés à grands renforts de roues, de potences, d'exils et de galères... Le Parlement de Rouen est interdit pour avoir été trop laxiste avec les séditieux. Pendant ce temps, le roi Louis XIII, de nature sombre, s'enfonce inexorablement dans la mélancolie. Richelieu fait tout ce qu'il peut pour le divertir et l'égayer, et c'est à ce titre qu'il introduit auprès du roi Henri d'Effiat, marquis de Cinq-Mars[4]. Ce jeune homme de 19 ans est tout le contraire du roi : gai, jovial, emporté et passionné, vif, il a été protégé toute son enfance par le cardinal de Richelieu, qui fut un ami de son défunt père. Bientôt, il obtient le titre de Grand Ecuyer de France, une haute faveur qui lui fait devoir de rester auprès du roi et de le distraire de son ennui.


Henri d'Effiat, marquis de Cinq-Mars

Mais les honneurs montent rapidement la tête du jeune marquis de Cinq-Mars. Il commence par se plaindre de la hardiesse de sa tâche, puis aspire à encore plus de distinctions : désireux de devenir duc et pair de France, il convoite un mariage avec Marie de Gonzague, princesse de Mantoue, qui avait été un temps convoitée par Gaston d'Orléans en personne. Richelieu lui remet sévèrement les pied sur Terre : « Je ne crois pas que la princesse Marie eût tellement oublié sa naissance qu'elle voulût s'abaisser jusqu'à un si petit compagnon », dit-il au marquis, mortifié de honte. Richelieu rappelle durement au jeune effronté que s'il l'a élevé si haut et si vite, il peut l'abaisser sitôt de la même façon : dès lors, Cinq-Mars voue une haine farouche au Cardinal, et se rapproche des deux cousins et infatigables comploteurs, Gaston d'Orléans et le comte de Soissons.

Le 9 août 1640, la France prend Arras[5], une place forte considérée comme la porte d'entrée des Pays-Bas espagnols, après un siège épuisant. Le 21 septembre, autre événement d'importance : Anne d'Autriche met au monde un second fils, Philippe. A partir de la fin de l'année 1640, les événements extérieurs sont favorables aux desseins français. En Angleterre, le roi Charles Ier Stuart commence à éprouver de sérieuses difficultés politiques[6], tandis que le Portugal se soulève contre le joug espagnol qui le maintenait depuis plus d'un demi siècle. En Roussillon, en Catalogne, en Cerdagne, l'Espagne doit faire face à des révoltes, appuyées par la politique de Richelieu.

Le 6 juillet 1641 a lieu la bataille de la Marfée : le duc de Châtillon est à la tête d'une armée qui doit prendre Sedan, où se réfugie toujours le comte de Soissons. Châtillon échoue lamentablement et l'armée subit une défaite, mais le comte de Soissons meurt pendant la bataille[7]. Après cette bataille, le duc de Bouillon — délaissé par l'Empire et l'Espagne — se voit contraint de signer un pacte avec Louis XIII, qui lui confie le commandement de l'armée d'Italie.

Après la mort du comte de Soissons, Cinq-Mars commence par craindre que ses amitiés avec le traître ne soient découvertes par Richelieu, mais il n'en est rien : il entreprend donc de discréditer autant qu'il le peut le Cardinal auprès de Louis XIII. Il lui conseille même de se passer des services du fidèle ministre, mais le roi demeure sourd à ces propos. Richelieu est exaspéré, et, après un Conseil d'Etat auquel Cinq-Mars a assisté, le Cardinal lui fait de très vifs reproches sur son ingratitude : « Il n'appartient pas à une tète aussi légère que la vôtre de se mêler des affaires d'Etat. Il ne faudrait qu'un homme tel que vous pour décréditer le gouvernement auprès des puissances étrangères : je vous défends de vous trouver désormais à aucun Conseil ! ».

Cette fois-ci, c'en est trop : Cinq-Mars est décidé à user de moyens plus radicaux envers le Cardinal de Richelieu, autrefois son bienfaiteur, et aujourd'hui l'objet de sa haine la plus féroce.


_________________________________
1. Sedan était alors une principauté non rattachée à la France

2. Père du Grand Condé, qui remporta la mémorable bataille de Rocroi, en 1643.

3. Joseph François Leclerc du Tremblay, dit le Père Joseph, ami et principal conseiller du cardinal de Richelieu. On le surnommait l'éminence grise, en raison de la couleur de sa robe.

4. Prononcer "Cin-Mar"

5. C'est ce siège qui sert de cadre à l'action de l'acte IV de Cyrano de Bergerac, d'Edmond Rostand, au cours duquel Christian le bellâtre est tué.

6. Tellement sérieuses que le 30 janvier 1649, après plusieurs années de guerre civile, il sera décapité.

7. Il a semble-t-il été purement et simplement assassiné, par un cavalier qui lui tira un coup de pistolet en plein visage alors qu'il passait à côté de lui à brides abattues.

finipe, 01h25 :: :: :: [5 haineuses invectives]

:: COMMENTAIRES

 Isabelle de Rochefort , le 10/11/2008 à 11h13

Auriez-vous la gentillesse de m'indiquer d'où provient le portrait de Louis de Bourbon, comte de Soisssons?
Merci pour votre site qui est très interressant.

Cordialement,

Isabelle de Rochefort

 finipe , le 10/11/2008 à 14h31

Bonjour Isabelle.

Je n'ai hélas pas réussi à remettre la main sur l'endroit où j'ai trouvé ce portrait : je me souviens avoir eu beaucoup de mal à le trouver, et il semble qu'il ait depuis disparu d'Internet corps et bien. J'ai la fâcheuse habitude de ne pas noter toutes mes sources, et je ne peux donc pas vous répondre dans l'immédiat.

J'ai toutefois votre email, et je vous écrirai si je retrouve d'où vient ce tableau.

 montjoye.net , le 30/08/2009 à 13h37

j'ai fait un petit article de ma visite sur le château de Cinq Mars. J'ai mis en lien votre page sur la conspiration du Marquis qui est assez intéressante.

 finipe , le 30/08/2009 à 23h24

Merci pour cette sympathique publicité ! J'invite d'ailleurs les trefaucubenautes à visiter votre site, que je ne connaissais pas, et qui est bien agréable.

--> [http]

 montjoye.net , le 02/09/2009 à 14h16

Merci ;)

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