Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Pour votre santé, évitez de grignoter
Hips !
Burp...
Parfois, l'Humanité écrase joyeusement la religion. Ainsi, la vie se distingue en évitant la fin de l'existence
La Rochefaucud ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

24 Août 2011 ::

« France profonde - 5 : la minute poétique »

:: Baratin



La termitière future m'épouvante. Et je hais leur vertu de robots. Moi, j'étais fait pour être jardinier.

Antoine de Saint-Exupéry (lettre testament à Pierre Dalloz)


Je ne vais donc pas, cette fois, me moquer de la Creuse comme je me suis moqué par le passé de l’Indre, de la Corrèze ou du Cantal, même pas au deuxième ou au troisième degré. Ça deviendrait lassant. Je me contenterai de publier quelques photos et notes éparses de mon carnet de voyage, pas nécessairement liées entre elles.
La seule question à laquelle ce brillant exposé tentera de répondre sera : chiche ou pas chiche d'aller vivre là-bas ?[1]

?


J’aime cette espèce de retour à la nature, de temps à autre. Quelques jours suffisent, car après le mal de dos et les insomnies me rappellent que je n’ai plus 20 ans.
Mais ce calme, cette paix, ce retour à des moyens ancestraux et à un confort précaire me ressourcent et me permettent à la fois d’apprécier les choses simples, et, à mon retour à la « civilisation », d’apprécier également d’autant mieux le confort.



Un colossal tilleul de 350 ans d'âge. Pensez-vous voir un truc pareil un jour dans une ville ? En face de chez moi, il y a un platane de 100 ans : eh bien quand le projet de lotissement a été rendu public, ils devaient le dégager. Il a fallu qu'un collectif de riverains se mobilise pour lui sauver l'écorce.


Il n’y a pas forcément besoin pour cela de grimper très haut, ni même de se fatiguer beaucoup. Le simple fait de faire cuire sa tambouille dans un camping gaz, de se coucher avec le soleil, d’entendre le bruissement du vent dans les arbres, le hululement des chouettes, la course d’animaux anonymes dans les taillis, de se lever à la chaleur du soleil suffit amplement.
Ecouter cette valse nocturne, avec peut-être en toile de fond le bruit d’un ruisseau qui coule dans son lit de rocaille, c’est fantastique…



En cinq jours et sans m'éloigner des sentiers battus, j'ai vu plus d'animaux que je n'en vois en plusieurs années dans mes conditions de vie normale. Et ils n'ont guère plus peur de moi que je n'ai peur d'eux. Cette grenouille, posée sur un rocher près d'un pont romain, n'était pas assez habituée à mes congénères pour voir en moi un quelconque danger.


Ici sur les routes, il n’y a personne. En tout cas, par rapport à chez nous, pas grand monde. On peut faire des kilomètres en voiture sans voir de maison, les villages sont presque vides et les rares gens qu’on y voit sont plutôt affables et sympathiques.
Il n’y a vraiment que dans ces départements dits « semi désertifiés » que je trouve le dépaysement nécessaire.
Il n’y a peut-être pas énormément d’animation, mais je m’en fous. Je m’éloigne trop souvent de la nature, peut-être comme tous les hommes, et le fait de m’en rapprocher à nouveau quelques jours vaut toutes les cures de repos.


S’il n’est pas de communion entre les hommes et vous, essayez d’être près des choses : elles ne vous abandonneront pas. Il y a encore des nuits, il y a encore des vents qui agitent les arbres et courent sur les pays. Dans le monde des choses et dans celui des bêtes, tout est plein d’événements auxquels vous pouvez prendre part.

Rainer Maria Rilke ("Lettres à un jeune poète")



Même chose pour cet insecte. Avec mon petit appareil photo misérable, j'ai dû m'approcher à 10 cm de lui pour lui tirer le portrait, ce qui ne lui a fait ni chaud ni froid.


Quand je perche dans le marais, je ressens un peu ce que je ressens quand j’escalade un pierrier dans le Val Louron : je donne à la nature un peu de sueur et d’huile de coude, en signe de respect, presque en offrande. Quand un ragondin traverse la Grande Curée devant moi ou quand un héron bihoreau s’envole en me voyant arriver, je ressens un peu la même chose que quand la marmotte désignée pour le guet prévient ses congénères de mon arrivée par un sifflement caractéristique : ce n’est plus l’animal qui est l’intrus, c’est moi.


Quant à ce serpent, le prenant pour un bout de bois, j'ai bien failli lui marcher dessus, ce qui m'aurait causé quelques problèmes car d'après moi il s'agissait d'une vipère, même si je n'en suis pas certain.


Cette immensité rend modeste, mais paradoxalement elle grandit. Je tombe assez facilement en fascination esthétique, voire en pâmoison devant la nature et ce qu’elle peut réserver à nos yeux.
Une falaise, une grotte, des concrétions, des gorges, une cascade, un coucher de soleil, un arbre majestueux peut me suffire… Je peux aussi éprouver la même chose devant l’œuvre de l’homme, et si c’est l’œuvre de nos aïeux, l’impression n’en est qu’amplifiée : un aqueduc, une église romane, une tour de guet, une cathédrale, un barrage, un dolmen, un tumulus… Parfois, je peux tout aussi bien être horrifié par la monstruosité d’une de ces œuvres et consterné par les transformations subies par la nature en conséquence.
Mais parfois, je suis frappé de plein fouet par la beauté du mariage des deux : l’œuvre de l’homme, colossale, sculpturale, dantesque, qui se confond presque dans la nature, qui l’enrichit même, et qui finalement est reconquise par la nature. C’est sans doute pour cela que j’adore les ruines.



L'orage de montagne, ses éclairs qui zèbrent le ciel gris rouge, ses explosions de tonnerre, ses trombes d'eau et de grêlons qui claquent sur la tôle et saccagent les cultures, réduisant à néant votre champ de vision et vous obligeant à vous garer sur le bas côté et à attendre que ça se passe.


L’hypersensibilité n’est pas donnée à tout le monde. Elle n’est pas pour autant de la sensiblerie, chose… sensiblement différente. Etre submergé par l’émotion, c’est être au bord des larmes sans pour autant avoir à les retenir, c’est aussi devoir aller chercher de l’air tout au fond de ses poumons pour respirer, comme au bord des sanglots qui pourtant ne viendraient pas.


Conséquence directe de l'orage, quelques vaches et leurs veaux effrayés se sont échappés, détalant sans se presser sur l'asphalte qui dégage des fumerolles de condensation.


Je crois que je ne suis pas trop fait pour le monde des hommes. Je suis un peu trop bucolique, un peu trop fleur bleue, je n’arrive pas à m’adapter à la hargne des uns, aux déchirements des autres. Je suis fait pour l’amour plus que pour la haine, pour le pardon plus que pour la rancune, pour la tempérance plus que pour la surenchère, pour la concorde plus que pour le conflit, pour la confiance plus que pour la défiance, pour la gentillesse plus que pour la méchanceté.


Texte d'une vieille enseigne oubliée à Aubusson : "Cercueils en plomb et zinc, appareils sanitaires pour tout à l’égout, réservoirs de chasse, fourneaux et cuisinières, fournitures et installation de salles de bain." Symbole d'une époque révolue, où la même boîte pouvait fabriquer des cercueils et des salles de bains. Où la vie côtoyait la mort, sans doute plus sereinement qu'aujourd'hui.



C'est maintenant le moment de répondre à la question existentielle du jour : chiche ou pas chiche d'aller vivre là-bas ?
Je ne vous fais pas languir plus longtemps :

!


Comme disait Gainsbourg :
"Il faut croire que c'est la société
qui m'a définitivement abîmé
"

Copyrat draleuq 2008


_________________________________
1. Pour accompagner la lecture de ce texte, je vous suggère l'écoute des 4 saisons de Vivaldi, ou de la 6ème symphonie "pastorale" de Beethoven, voire, si vous êtes d'humeur particulièrement joyeuse, d'un bon concerto de Chopin bien larmoyant. Un lexomil ou un xanax sera également le bienvenu.

draleuq, 11h22 :: :: :: [7 critiques dithyrambiques]

:: COMMENTAIRES

 Brath-z , le 24/08/2011 à 13h36

Mon ex avait une maison en Creuse, c'était bien sympathique, ma foi.

Sinon, je ne sais pas où tu vis, mais dans ma Brie natale (Seine-et-Marne, 220 hab/km²), je croisait chaque jour un nombre considérable d'animaux, sans nécessairement aller dans les champs et la forêt alentours (oui, à 50km de Paris, ma ville natale est entourée de champs et adossée à une grande forêt) : entre les renards qui passent leurs nuits à se battre avec les chats errants, les innombrables furets qui se creusent des trous dans les murs décrépis, les batraciens en tous genres (un peu de crapauds, beaucoup de grenouilles et de tritons) que je capturais gosse (j'ai toujours aimé les grenouilles et les crapauds) et surtout ces saloperies de ragondins qui se multiplient chaque année, dévorent les cultures maraîchères, tuent les arbres des bords d'eau et effondrent les berges de la rivière, je suis servi. D'ailleurs, môme, mon grand-père améliorait ses fins de mois en vendant des ragondins aux fourreurs de la région.
En sortant un peu de la ville le soir, on rencontre fréquemment des sangliers (très agressifs, surtout les femelles, j'en sais quelque chose pour avoir été poursuivi il y a quelques années) et des chevreuils (qui savent nager, et plutôt bien puisqu'ils remontent fréquemment le courant... au point parfois de se retrouver en ville !). Quant aux hérissons, ils sont innombrables. D'ailleurs, beaucoup d'habitants déposent une soucoupe de lait et une assiette remplie d'escargots (vivants) devant leur maison le soir, afin de les nourrir. Du coup les grenouilles se sont éloignées (les hérissons sont comme les français : ils mangent - bruyamment - des escargots et des grenouilles, en plus ils sont difficiles, fréquemment de mauvais poil et je les soupçonne d'être pédants et orgueilleux) et je dois à présent remonter la rivière pendant dix minutes pour entendre leurs coassements. Et il ne faut pas oublier les rats (on a droit aux deux espèces, les noirs et les bruns), musaraignes, souris (un peu) et toutes ces sortes de choses.

Je me rappelle quand j'avais invité un ami italien (échange Erasmus) à passer quelques jours, il n'en revenait pas. Si près de "la métropole européenne", on est déjà à la campagne.
Un conseil : n'hésite pas, si tu en as le temps, de faire quelques ballades le soir, chez toi. Il est fort possible que ton coin soit plus "nature" que tu le soupçonnes.

 draleuq , le 25/08/2011 à 08h36

Ah les hérissons ! J'adoooooore les hérissons !
Oui bien sûr, il existe encore ici aussi des lieux préservés, mais souvent proches de "l'urbanité", qui est parfois visible, ce qui gâche la vue, même au loin... Et pour être seul dans ces endroits, il faut y aller entre 23 heures et 6 heures (et encore, quand il n'y a pas un autre type de faune entre 23 et 6 !). Car, bien entendu, d'autres homo sapiens aiment aussi sortir de leur immeuble de béton et voir des arbres. C'est la nature de l'homme, mais il l'a un peu oublié ces 50 dernières années.
Et de toutes les façons, les animaux que tu peux encore voir dans ces lieux sont craintifs, ou alors s'ils ne le sont pas, c'est qu'ils sont quasi domestiqués. Cette absence totale de crainte envers l'homme qui personnellement m'émerveille, il faut quand même aller loin pour la trouver.
Je ne suis pas étonné de ce que tu me dis à propos de la campagne aux portes de Paris, j'ai un ami qui habite dans le 95 à 20 bornes de Paris, et qui a la forêt du Vexin à 100 m. de chez lui.
Toi qui es de la Brie, ça te dit quelque chose : "Brie Comte Robeeert ! Ton univers impitoya-â-bleuh !" ?? Tu dois être trop jeune, je pense ! :)

 Johnny Cleg, le 25/08/2011 à 14h13

C'est quoi ce bordel sur ton blog ????? Depuis quand je n'ai plus le droit d'ajouter un
commentaire ?? Depuis que je me prends pour Johnny Cleg ? Je voulais dire que moi qui
suis vieille, je m'en souviens de "Brie Comte Robeeeeeert" (comme tu le chantes bien,
d'ailleurs !) et que moi aussi je suis passée à Chiché (qui, écrit comme ça, fout un peu
par terre ton intro et ta chute). Mais voilà, il faut absolument remplir le champ"site"
(cékoissa ???) et même en y tapant n'importe quoi, je n'ai pas la main pour écrire dans
"commentaire". Tant pis, de toute façon, je ne devais pas avoir de trucs si intelligents
à dire ...

 draleuq , le 25/08/2011 à 14h15

Mais si, mais si, Johnny, c'est très intéressant ce que tu as à dire, comme toujours !
A propos de "Chiché", s'ils respectaient sur les panneaux indicateurs les prescriptions de l'Académie Française, qui disent que contrairement à une idée répandue, il FAUT mettre les accents sur les majuscules d'imprimerie, parce que les accents influent en français directement sur le sens du mot et que ne pas les mettre peut constituer un obstacle à la compréhension, eh bien je n'aurais pas pu faire ça.
Ou alors, j'aurais retouché la photo, hu hu hu.

 Brath-z , le 25/08/2011 à 15h41

Plus exactement, il n'est pas français de mettre un accent sur une majuscule... mais il faut en mettre sur les lettres capitales. Évidemment la différence entre ces deux types de lettres ressort essentiellement de l'usage qu'on en fait. Par exemple, si j'écris : "AUJOURD'HUI, MATHIEU A MANGÉ SON GOÛTER SANS FAIRE DE DIFFICULTÉS. IL EST TRÈS BIEN ÉLEVÉ.", seuls le "A" de "AUJOURD'HUI", le "M" de "MATHIEU" et le "I" de "IL" sont des majuscules, le reste étant des capitales.
Je crois que certains logiciels permettent de les distinguer (et dans l'imprimerie, on différenciait une majuscule d'une capitale en mettant un demi-grain d'épaisseur profondeur supplémentaire aux majuscules), mais dans l'usage, on ne fait pas la différence. Ce qui fait qu'on remplace généralement les majuscules par des capitales, sur lesquelles on met des accents. Étonnant, non ? ;)

 draleuq , le 25/08/2011 à 17h14

Sérieusement, tu en vois beaucoup, toi, des types qui mettent des accents sur les capitales d'imprimerie ? Déjà, si c'était un peu moins chiant à trouver sur un clavier (et sur un clavier de portable, là ça confine carrément au casse-tête chinois), peut-être qu'un peu plus en mettraient, mais pas tant que ça. En fait, tout le monde est PERSUADé (eh eh) depuis sa plus tendre enfance qu'il ne faut pas mettre d'accent sur les capitales, moi le premier jusqu'à il n'y a pas si longtemps que ça. Une légende, apprise à l'école et par mes parents qui l'avaient sans doute hérité de l'école et de leurs parents !
D'autre part, il me semble que l'Académie (ça a beau être des croulants, ils font autorité :) préconise d'accentuer y compris les MAJUSCULES d'imprimerie, de sorte que dans la phrase : "Etait-ce de ma faute si... ?", le E de Etait devrait normalement recevoir un accent.

 Brath-z , le 25/08/2011 à 18h09

LE FILS LEGITIME D'UN INTERNE TUE

Le fils légitime d'un interne tue ?
Le fils légitime d'un interne tué ?
Le fils légitime d'un interné tue ?
Le fils légitime d'un interné tué ?
Le fils légitimé d'un interne tue ?
Le fils légitimé d'un interne tué ?
Le fils légitimé d'un interné tue ?
Le fils légitimé d'un interné tué ?

Ouf, ça peut être traître, les titres racoleurs, sans les accents sur les capitales.

D'ailleurs, on devrait toujours mettre un accent sur les capitales.

Marseille, putaing, con.

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