Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Faut pas se
mettre la rate
au court-bouillon
Dans tes
rêves
Tant bien que mal, la Femme embrasse amoureusement la morale. Ainsi, la piété filiale se distingue en atteignant le secret de l'indifférence
Caporal de Bol ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

8 Février 2008 ::

« Jean l'aveugle & la bataille de Crécy »

:: Histoire médiévale, 1346

Conflit de succession en France

Depuis 1337, les royaumes de France et d'Angleterre sont engagés dans ce que nous appelons aujourd'hui la guerre de cent ans. Edouard III, roi d'Angleterre, est le fils d'Isabelle (surnommée la Louve de France), la dernière des quatre enfants de Philippe IV le Bel. En 1328, à la mort de son oncle Charles IV le Bel, le roi d'Angleterre Edouard III réclame donc le trône de France, en tant que neveu du roi décédé. Mais Philippe VI de Valois, cousin germain d'Isabelle, fait valoir la loi salique, selon laquelle le royaume ne peut se transmettre que par les héritiers mâles, ce qui n'est pas le cas d'Edouard III, puisqu'il est lié au trône de France par sa mère et non par son père.


La bataille de Crécy

En juillet 1346, l'armée anglaise d'Edouard III débarque dans le Cotentin. Après un périple à travers la Normandie et la Picardie, émaillé de quelques escarmouches, les anglais s'établissent le 25 août sur les hauteurs de Crécy-en-Ponthieu (actuel département de la Somme). L'ost français de Philippe VI est aux trousses d'Edouard III, dans un grand désordre, mais avec une large supériorité numérique. Après deux semaines de marche harrassante, les français se trouvent face à face avec les anglais, qui ont soigneusement choisi leur terrain et établi une stratégie militaire rigoureuse. La bataille se déroule le 26 août au soir.

Si l'ost français compte dans ses rangs près de 12000 chevaliers, 6000 arbalétriers génois, et pas moins de 20000 miliciens, les anglais ont misé sur la terrible efficacité des 6000 archers gallois ; à leurs côtés se trouvent environ 4000 fantassins et quelques 3000 chevaliers. Les anglais sont en surplomb, et ont le soleil dans le dos, ce qui gène considérablement les français : les arbalétriers génois, privés de leurs pavois de protection du fait de la désorganisation, sont aveuglés, très exposés, et ne peuvent rien face à la cadence et l'écrasante puissance des archers gallois.

Les arbalétriers se débandent, et les chevaliers français sont gagnés par un véritable vent de folie : ils chargent les arbalétriers en fuite, croyant tout d'abord à une trahison, puis se jettent vers les troupes anglaises au grand galop. Mais l'impeccable organisation des fantassins anglais empêche les français de percer, et chaque charge successive est gênée par la précédente : les archers gallois n'ont plus qu'à faire pleuvoir les flèches sur les chevaliers, dont l'élan est brisé, et qui se retrouvent très exposés.





La patte du Rat

Le soir du 25 août, alors que les anglais se reposent dans leurs positions, l'armée française festoie à Abbeville pour célébrer la Saint-Louis. L'armée de Philippe se met en route à l'aube du samedi 26 août. Elle forme un immense cortège de plusieurs dizaines de kilomètres de long, avançant dans un grand désordre, alors que les chariots portant les provisions et surtout, les pavois des arbalétriers, ferment la marche. En effet, l'armée française comprend un grand nombre de mercenaires recrutés en Italie, notamment à Gènes, qui sont des spécialistes de l'arbalète. Cette arme puissante peut transpercer une armure et nécessite bien moins d'habileté et d'entraînement que l'arc, mais à cause de la lenteur de son chargement qui se fait à la manivelle, les soldats l'utilisent abrités derrière un grand bouclier de bois, appelé pavois, tellement lourd qu'il n'est pas question de le porter durant toute une journée. Ce détail va s'avérer déterminant.
Après une journée de marche harassante, les arbalétriers Génois arrivent au contact de l'ennemi qui attend en bon ordre. Les archers Gallois, dont la réputation n'est plus à faire, couvrent la pente qui mène au moulin où se trouve le Roi d'Angleterre. Pris au dépourvu et privés de leurs pavois qui sont encore dans les chariots en queue de cortège, les arbalétriers essaient bien de riposter contre les archers, mais sont rapidement dépassés par l'adresse et la cadence de ceux-ci, d'autant qu'ils sont en contrebas et qu'ils sont aveuglés par le soleil déclinant.
Comble des combles, les anglais utilisent, pour la première fois en occident, des bombardes, au nombre de trois. Même si ces bouches à feu primitives ne font vraisemblablement pas énormément de dégâts, on peut aisément imaginer l'effet des explosions de poudre sur le moral des français déjà chancelant, et sur celui des chevaux !



La colline où la bataille eut lieu, aujourd'hui transformée en champ cultivé, photographiée du moulin de bois qui a remplacé le moulin aujourd'hui détruit d'où Edouard III assista à sa victoire. En arrière-plan à droite, le village de Crécy (photo draleuq).


Jean l'aveugle

Parmi les alliés de la France se trouve Jean Ier de Luxembourg, roi de Bohême : âgé de 50 ans, ce parangon de prudhommie, dont la devise est Je sers, a oeuvré toute sa vie comme un chevalier errant digne de la légende arthurienne, et jouit d'un grand prestige en Europe, malgré un idéalisme qui lui a souvent fait commettre des folies (notamment financières). Il a écumé les routes, soumis son corps à d'inhumaines chevauchées, lutté dans d'innombrables tournois, tenté de réaliser de grandes utopies politiques...

Mais depuis 1340, Jean de Luxembourg est aveugle : qu'importe, il a tenu à livrer bataille aux côtés de son allié de toujours, le roi de France. Sur la plaine, il commande un groupe de chevaliers, et apprenant que la bataille tourne mal, il déclare aux hommes qui l'accompagnent : « Seigneurs, vous êtes mes hommes, mes amis et mes compagnons. En cette présente journée, je vous prie et vous requiers très expressément que vous me meniez assez avant pour que je puisse donner un coup d'épée »[1]. Le roi aveugle lie sa bride à celle de son écuyer, et tous ses gens lient leurs chevaux les uns aux autres : la troupe ainsi unie se porte au combat avec vaillance, au mépris du danger.

Aux environs de minuit, après de longues heures de sanglants combats et 16 charges successives de la chevalerie française, la bataille s'achève : 1500 chevaliers sont morts, de même que des milliers de fantassins et d'arbalétriers, tandis que les anglais n'ont subi que des pertes négligeables. Jean de Luxembourg, le roi aveugle, le chevalier errant idéaliste et exalté, a lui aussi trouvé la mort. Tous ses compagnons gisent également à ses côtés sur le champ de bataille, après une charge aussi héroïque qu'inutile.

Dès le XIVème siècle, une croix fut érigée à cet endroit par un tailleur de pierre anonyme, pour rendre hommage à la bravoure de Jean l'aveugle : la Croix de Bohême, ainsi qu'on la nomme, existe toujours, reconstruite et rénovée plusieurs fois au cours de l'Histoire.


La Croix de Bohême, sur le site
actuel de la bataille de Crécy


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1. Tiré des chroniques de Jean Froissart.

finipe, 01h36 :: :: :: [0 jubilation]

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