Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Bigre, je me
ronge
les sangs !
J'ai
faim
Tant bien que mal, la Femme répudie horizontalement la religion. Ainsi, la justice s'échappe, se précipitant vers l'enfer des sens
Jean-Sol Partre ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

22 Septembre 2010 ::

« Liberté chérie - 2ème partie »

:: Baratin

Ce billet fait partie d'un sujet qui en comporte deux :
1. Liberté chérie - 1ère partie
2. Liberté chérie - 2ème partie


Les abus de la liberté tueront toujours la liberté

André Maurois (« Mémoires »)

Réglementer, légiférer, prescrire, proscrire, prohiber, interdire, légaliser…

Bien souvent, toutes les règles, prescriptions, interdictions dont la liste s’allonge chaque jour un peu plus, ne sont que la conséquence de l’incivisme de nos concitoyens.
Par exemple, autant il peut sembler logique d’interdire de faire un feu de camp dans une forêt ou une garrigue en plein été, autant un feu de plage, vous l’avouerez, a tout de même de maigres chances d’aboutir à un incendie. Pourtant, c’est interdit et passible d’une forte amende. Mais quoi de plus normal que de le proscrire, puisque la plupart du temps ce feu convivial va s’additionner d’une beuverie avec force tessons de bouteilles qui trancheront les pieds tendres des enfants plagistes du lendemain.

Cela dit, il ne faut pas non plus fumer dans les lieux publics, rouler bourré, jeter ses ordures dans la nature, laisser ses lumières allumées, laver sa bagnole et arroser sa pelouse en pleine canicule. Et là, allez savoir pourquoi, alors que ces règles là sont difficilement contestables, parce que justement elles nuisent à la liberté d’autrui, liberté à respirer un air non vicié, liberté de circuler sans risquer de mourir par la faute d’un inconscient, liberté de vivre dans un environnement non pollué, liberté de pouvoir jouir de suffisamment d’eau potable… Allez savoir pourquoi, ces règles-là, justement, légion sont ceux qui ne les appliquent pas.
Par contre, donnez leur des tombereaux de règles débiles, et tous les moutons s’empresseront de les appliquer dans la lettre, et surtout pas dans l’esprit. Avec le plus grand zèle.
Vouloir tout régenter et tout réglementer, vouloir légiférer sur tout, voilà à quoi ça nous mène.

La liberté ou la mort

Nous vaincrons ou nous mourrons ici
De la douce mort des hommes libres

E. Moritz Arndt ("Vaterlandslied")


La liberté est peut-être la seule cause, la seule idée pour laquelle je me sacrifierais, ou en tous cas risquerais ma vie. Pour le reste, comme disait Brassens, mourir pour des idées, d’accord, mais de mort lente. D’accord, mais de mort len-en-en-en-teuh…

Feu mon bien-aimé grand père me traitait d’anarchiste, mais il n’y avait ni colère, ni reproche dans sa voix. C’était plutôt un mélange d’incompréhension, d’attendrissement, et peut-être même d’envie.
J’ai toujours été une sorte d’électron libre, alternant selon le sujet l’hyper discipline et l’hyper indiscipline. Si j’avais eu le malheur de faire un service militaire « classique », j’aurais certainement passé dix mois au gnouf. Par contre, quand je vois un type prendre le volant avec 2 g. d’alcool dans le sang, j’ai envie de lui flanquer mon poing à travers la gueule.

Je ne supporte pas qu’on me fasse de reproches sur ma manière de faire les choses, de voir les choses et encore plus sur ce que je suis. Mais je peux me le permettre, car jamais je ne reprocherai à quelqu’un sa manière de faire ou de voir les choses, ou ce qu’il est. Je défends ma liberté tous ergots dehors tant que je sais qu’elle n’empiète pas sur celle des autres.

Quelqu’un était persuadée que si j’étais à ce point rétif aux reproches et aux exigences d’autrui, c’est parce que j’avais conservé un traumatisme infantile vis-à-vis des principes éducatifs haut placés de mes parents, qui se serait donc traduit par une sorte de rejet phobique et pour ainsi dire viscéral de toute forme d’autorité et de réprobation.
Par contrecoup, je serais devenu trop permissif avec mes gosses. Une sorte de soixante-huitard très attardé en quelque sorte. Si on leur demandait leur avis, je doute pourtant que les principales intéressées seraient d’accord.

Liberté et responsabilité

La liberté, ce n’est pas la liberté de faire n’importe quoi, mais le refus de faire ce qui est nuisible

Alexandre Minkowski (« Une certaine idée de la médecine »)


Je ne supporte pas le flicage, sans doute aussi parce que je n’en ai pas besoin.
Dans un monde sans flics, sans code pénal, sans code civil, sans contraintes artificielles, abusives et inutiles, je ne me mettrais pas pour autant à rouler à 100 à l’heure dans des ruelles piétonnières, à insulter les gens dans la rue parce qu’ils ont une tête qui me revient pas, à frapper ma femme, à martyriser mes enfants, à me servir dans les magasins sans payer, à arrêter de dire bonjour, au revoir, merci ou s’il vous plait. Tout juste peut-être pourrais-je être tenté de torturer mon chat. Et encore…

Cela ne pourrait qu’améliorer ma situation. Je pourrais continuer à faire savoir poliment mais franchement ce que je pense à tout le monde, même aux chefaillons, sans craindre les mesquines et médiocres représailles de ces gens qui ont le « pouvoir », mais qui l’ont souvent trouvé dans un paquet de Bonux, ou en léchant des culs, voire en léchant des culs dans un paquet de Bonux.

Je ne supporte pas le flicage, c’est vrai. Je me souviendrai toujours de cette profonde impression de malaise que j’ai eue lorsque je suis allé visiter Londonderry en Irlande du Nord, et que j’ai vu toutes ces caméras, ces miradors, ces barbelés, ces marquages de territoires, ces tags vindicatifs. C’était pourtant après la guerre civile.

Alors oui, je redoute de voir fleurir des caméras partout, même si y’en a un qui nous claironne que c’est pas un problème et que c’est pour la sécurité de tous. Non, j’aime pas l’idée qu’on puisse être espionné au téléphone, sur le web. Et oui, ce que j’aime pas dans Paris, c’est qu’on peut y voir un car entier de CRS, pas parce qu’il y a un risque d’émeute, mais juste parce qu’on leur a ordonné de rester là, au cas où… Et oui, cette image me choque.

Mais tout ça c’est de la faute des autres. Ceux qui ne mettraient pas plus d’une heure à transformer un monde sans flics en enfer terrestre.

L’enfer c’est les autres

J.P. Sartre (« Huis Clos »)

Des objections ?

Certains me diront qu’on n’a pas à se plaindre car il existe des endroits où il n’y a pas du tout de liberté. Certes. Mais cette réponse n’est pas plus satisfaisante que celle qui consiste à dire que les pauvres qui mangent aux restos du cœur n’ont pas à se plaindre, vu qu’en Afrique il y a des gens qui crèvent carrément de faim.

D’autres diront que c’est incohérent de tenir de pareils propos alors que je fais un métier où je dois moi-même fliquer, et d’ailleurs beaucoup plus souvent que je ne le voudrais, ces chères têtes blondes en devenir. Je leur réponds que s’il y a un moment où le faire, et le plus intelligemment possible, c’est bien maintenant, et que si un jour, une fois eux adultes et moi vieillard ou mort, ils peuvent eux aussi dire en bombant la poitrine : « moi, j’aurais pas besoin de flics pour vivre dignement »… alors j’aurai un peu gagné.

Copyrat draleuq 2007

draleuq, 13h42 :: :: :: [12 haineuses invectives]

:: COMMENTAIRES

 fleurdepat , le 13/11/2010 à 19h52

La liberté des uns s’arrête où la liberté des autres commence
Je ne sais pas qui a dit ça mais j’aurais quelques objections à lui répondre :
1. Elle commence où la liberté des autres ?
2. Empêcher les gens d’être des connards, aujourd’hui, c’est aussi les empêcher de devenir peut-être demain des gens intelligents
3. l’extrapolation du mot « liberté » va avec celle du mot « justice » :
liberté de vivre dans un monde non pollué, voir ça avec des firmes comme Monsanto, sachant qu’aux Etats-Unis un avion décolle par seconde, bien sûr, le petit crétin qui ose jeter négligemment son emballage de chez Mac Donald sur le trottoir est plus condamnable que les chercheurs en marketing de ladite marque qui font leurs emballages plus encombrants que la nourriture qui va à l’intérieur. Comme toujours, deux poids deux mesures justice de faire la guerre au terrorisme, justice de punir une pauvre femme ayant volé deux litres de lait dans un hypermarché, justice de punir une bande de jeunes pour une fête un peu trop arrosée alors que leur président discoure à la télévision pris de boisson.
Liberté d’accord, pour moi la liberté c’est d’ abord d’accepter celle de l’autre, quelle qu’elle soit et bien que je reconnaisse que c’est irritant et pour paraphraser Cyrano de Bergerac : « quelle folie ! Mais quel geste ! »

 rikomer, le 13/11/2010 à 20h10

Bonsoir et bravo pour ce blog et ses jolis textes.
Je comprend oh combien cet homme parti pour Madagascar car je suis moi-même un exilé. Limiter la liberté au prétexte que cela empiète sur celle des autres est un vieux poncif qui crée une société ultraréglementée, un véritable enfer. L'illustration je l'ai vue dans des quartiers bourgeois et de retraités où le moindre bruit insupporte les voisins, quel niveau de bruit est insupportable ? Au début c'est évident, la musique d'une sono fenêtre ouverte après dix heures du soir, un homme ivre criant "enc..." et tambourrinant à ma porte à trois heures du mat (s'étant ma foi trompé de maison), puis comme le quartier est mâté par l'interdit du tapage diurne et nocturne, le niveau d'intolérance s'élève et dès lors il suffit de parler fort ou d'avoir son chien qui aboie pour que les plaintes fusent et puis quelques temps plus tard on se plaint des enfants qui jouent et il faut chuchoter dans son appartement pour ne pas que les voisins téléphonent aux flics. En revanche, les voitures elles peuvent toujours faire du bruit, les avions qui passent, le tramway, pour cela point de plaintes. Le comble de cet enfer fut une amie agressée dans son appartement : les voisins ont téléphoné aux flics non pas pour lui venir en aide mais parce que cela faisait du bruit dans l'immeuble.
Maintenant que je vis dans un village loin de France je peux dire que dans un monde sans flics ou presque, avec peu d'interdits et pratiquement pas d'obligations, ce n'est pas le chaos et la violence ! Les pays fliqués ont ils moins de crimes et moins de voleurs, là devrait être la réelle question.

 draleuq , le 15/11/2010 à 11h06

fleurdepat > 1. Pour moi, "la liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres" est une expression certes très ancienne, mais que je garde comme point de référence dans un monde idéal où les gens sauraient vivre les uns à côté des autres sans se nuire. En effet, cela fonctionne partout et tout le temps, quel que soit l'exemple : la liberté que A aurait d'agresser B, voire de le tuer, s'arrête à la liberté que B a de vivre. La liberté que A a de fumer s'arrête à la liberté que B a de respirer un air non vicié par la fumée de tabac, etc.
2. Pour moi, il est impossible d'empêcher quelqu'un d'être un connard. Quant au fait que les gens puissent à ce point se bonifier avec le temps, je crains de ne pas avoir le même optimisme que toi sur le genre humain.
3. Tout à fait d'accord avec toi, la justice et la liberté vont de pair, et régressent ou progressent bien souvent ensemble.

rikomer > Merci pour cette intervention très intéressante. Je comprends parfaitement ton point de vue, et je suppose que tu as trouvé asile dans un de ces "hâvres" qui doivent encore exister de par le monde. La question que tu poses à la fin de ton éloge de la liberté est très importante, mais je pense qu'elle n'a pas de réponse simple. Par exemple, les Etats-Unis sont un pays beaucoup plus fliqué que la plupart des pays occidentaux, et pourtant la criminalité y est bien plus importante. D'un autre côté, à l'autre bout de la chaîne, tu as des pays du tiers-monde comme ceux d'Amérique Latine ou certains pays d'Afrique, dont certains sont également très fliqués (mais la police y est aussi souvent corrompue), et où la criminalité est effarante, mais serait certainement pire encore si le nombre de flics diminuait. J'ai lu récemment un article sur la calamiteuse intervention de l'OTAN en Afghanistan, en plein enlisement comme on pouvait s'y attendre, qui montrait que tous les autochtones un tant soit peu sensés sont totalement opposés au retrait des forces alliées, et ceci malgré les innombrables victimes et dégâts collatéraux qu'ils ont fait, parce qu'ils savent qu'étant donné le niveau de corruption des politiques et des flics, le pays sombrerait immédiatement dans le chaos (si tant est qu'il n'y ait pas déjà sombré).
Tout ceci nous mène à une conclusion irréfutable : c'est bien la pauvreté qui, dans tous les cas, est l'alliée de la criminalité, donc l'alliée du flicage, et par conséquent l'ennemie de la liberté. La pauvreté, et je dirais aussi les promesses déçues de l'urbanisation galopante.

 rikomer, le 15/11/2010 à 21h44

Je vis dans un pays au milieu de la pauvreté, il y a peu de policiers et fort peu de criminalité, en fait, c'est en France que j'ai eu peur de la violence et que j'ai subi les pires iniquités. Pour moi pauvreté n'est pas synonyme de criminalité, tout dépend si le pauvre peut se débrouiller par lui-même pour vivre ou pas. Ici dans mon village, le plus pauvre peut se nourrir avec ses animaux et ses légumes, il peut trouver son propre bois pour se chauffer et vendre ce qu'il veut au bord de la route, c'est encore possible car l'Etat et la police ne les empêchent pas encore de le faire par la répression. Pour ce qui est de la corruption, je pense qu'il existe une propagande occidentale qui tourne notre regard vers la corruption des pays pauvres, ici cela se paye à coup de 10 euros mais en France ou aux Etats Unis la corruption existe à plus grande échelle, Total et Shell peuvent payer des mercenaires comme au Nigéria et massacrer une résistance pacifique, le tout impunément, il n'y aura pas d'accusation contre leurs dirigeants. L'amiante aura tué dit-on 200000 personnes en France et les historiens disent déjà que dans les années 50-80, les producteurs de l'amiante savaient qu'ils allaient tuer des gens et là encore point de représailles et je pourrais multiplier les exemples de crimes de masse impunis, dans notre belle société occidentale alors non je ne crois pas à cette histoire de corruption, il s'agit simplement d'un changement d'échelle, notre justice et notre police est simplement plus chère c'est tout.

 fleurdepat , le 15/11/2010 à 22h02

"Ce petit chemin qui sent la noisette" chantait Yves Montand, c'est celui que tu aimerais prendre, celui sur lequel ton âme de socialiste flirte avec un zeste de fantasme anarchique, rêvant d'un monde meilleur où tel celui de Oui-Oui le gentil gendarme rondelet sait toujours où sont les méchants pour les punir. Il n'est guère facile d'être un anarchiste, on ne suit jamais les sentiers balisés et les odeurs sucrées nous montent vite à la tête, notre philosophie libertaire nous amènera toujours face à une vérité souvent dissimulée, tronquée, violée, indésirable; les plus extrémistes ont déjà choisi leurs coupables et la force de leur conviction entretient la peur qu'ils ont fait naître dans le peuple, les socialistes ont les mêmes convictions, seules leurs méthodes diffèrent, ils voudraient voir "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil" pour éviter d'avoir à se confronter avec des vérités dérangeantes à savoir que réside en chacun le pire comme le meilleur, en mettant en place les barrières de sécurité, c'est admettre qu'il existe des êtres comme les mauvais lutins de Oui-Oui, toujours prêts à prendre les mauvais chemins; pour certains il faut enfermer les nuisibles, pour d'autres leur enseigner le droit chemin. Alors finalement, ton petit chemin qui sent la noisette a des odeurs de charniers que je ne découvre plus depuis longtemps puisque je vis avec. Nier la vérité puisqu'elle nous déplait, ce n'est pas la liberté. A l'instar de mon chanteur favori et grand libertaire Georges Brassens, et anarchiste, je le cite: "ce qui ne pensent pas comme nous sont des cons", "mais les braves gens n'aiment pas que l'on suive une autre route qu'eux", je ne peux t'en vouloir toutefois d'aspirer à cette vieille France des années 50-60 où l'on croyait tout possible, où dans chaque village on connaissait le policier du coin gentil et serviable où l'épicier faisait encore crédit et les écoliers respectueux de leur maître, en s'évadant dans ce rêve, il est plus aisé de vivre, en tant que suissesse je connais parfaitement ce style de paravent très cher à mon pays et c'est pourquoi je l'ai quitté depuis l'âge de 14 ans, pour faire mon chemin de croix sur les sentiers de la liberté.

 draleuq , le 16/11/2010 à 10h10

rikomer > Oui, quand je te disais que tu as trouvé un de ces hâvres, j'imaginais bien qu'il ne s'agissait pas d'un de ces ignobles bidonvilles, mais plutôt d'un de ces villages où les gens ont continué, comme autrefois, à vivre de choses simples, de ce que leur donne leur lopin de terre et leur modeste poulailler. Mais est-ce vraiment cela, la pauvreté ? Moi je dis que ce mode de vie est en train de devenir de la richesse, contre toute attente, à tel point que bien des gens quittent tout, et en tout premier lieu leur précédente vie de pacha, pour retrouver ça.
C'est d'ailleurs pour ça que lorsque j'ai écrit que c'est la pauvreté qui était privatrice de liberté, j'y ai ajouté "les promesses déçues de l'urbanisation"... Pour tous ces gens qui ont quitté leur campagne finalement pas si mauvaise pour l'el dorado de la grande ville, et qui se trouvent ensuite à vivre dans un tel bourbier qu'il est impossible d'y faire pousser quoi que ce soit, et que la seule ressource pour vivre devient d'agresser à main armée le premier touriste qui passe pour le dépouiller de tous ses objets de valeur.
Il est des lieux sur terre où un beretta 92 chargé coûte moins cher qu'une boîte de conserve.
Quant à la corruption comme élément de propagande de l'occident contre le tiers-monde, là je crois que tu dérailles. Je ne dis pas que l'occident est un exemple à suivre dans tous les domaines, loin s'en faut, mais j'ai un peu voyagé, et je peux te dire qu'il n'y a même pas besoin d'aller jusqu'au Mexique ou en Angola : à la douane hongroise, tu es déjà fixé !
Mais quoi de plus normal, me diras-tu, que de profiter de l'uniforme et de l'incarnation de l'autorité pour en abuser, surtout lorsqu'on prend des risques sans avoir de primes, surtout quand on est peu (ou quelque fois même pas) payé par le gouvernement qui nous embauche ?

fleurdepat > J'avoue que de Montand à Brassens (que je vénère), en passant par Oui-Oui, ta "philosophie" n'est pas toujours facile à suivre.
Anarcho-socialiste, oui, je me reconnais assez bien là-dedans, c'est pour équilibrer avec le Lion finipe, qui lui est un anarchiste de droite ;) mais notre entente fraternelle vaut tous les symboles (sonnez trompettes !)
Nier la réalité et m'évader dans le rêve, là tu dois confondre avec un autre de mes frères rats, mais nous sommes très nombreux !
Non seulement j'abonde en ton sens quand tu dis que réside en chacun de nous le meilleur comme le pire, mais j'ajoute que réside en beaucoup d'entre nous surtout le pire, et qu'homo sapiens est peut-être le meilleur que la Nature ait créé, mais certainement le pire !
Est-ce cela qui fait de moi un doux rêveur bucolique ?
... Si tu le dis !

 fleurdepat , le 16/11/2010 à 10h55

Dans ce monde de dureté il n'y a rien de honteux à être un rêveur bucolique tant que cela ne confine pas à la lâcheté. Je ne sais si tu connais le chanteur M. Roux (mais j'ai comme dans l'idée que oui), sa chanson "l'homme ordinaire" est assez révélatrice. Un homme digne d'être un de ces bretons dont mes rêves de jeunesses faisaient des êtres révolutionnaires, écolos, joyeux marins et fraternels. Pour mon malheur je n'en ai jamais rencontré au cours des cinq années passées en terre bretonne, plutôt des travailleurs fidèles à la France payant leurs impôts rubis sur l'ongle et allant même jusqu'à voter Sarko! Un coût de blues... sniff

 rikomer , le 16/11/2010 à 12h57

merci de ta réponse Draleuq
le village où je vis n'est pas non plus un modèle à idéaliser mais effectivement je vois l'envers de l'exode rural, ici des gens vendent leurs vaches pour acheter des scooters à leurs enfants ou une belle BMW, on vent sa maison aux étrangers une bouchée de pain sans penser que dans peut-être dix ans, leurs enfants ne pourront plus les acheter mais devront les louer ou subir un crédit sur 25 ans comme c'est le cas en France. Ils abandonnent souvent le village pour la ville ou pour aller en Angleterre, ou en Italie, attirés par les promesses du capitalisme.
Pour ma part, je ne crois pas que le bonheur réside dans la recherche à tous prix de l'argent, c'est ce qui pousse les gens à s'humilier de plus en plus en France et souvent pour un misérable smic. Je partage ton opinion concernant la vraie pauvreté: elle est à trouver parmi les oubliés du capitalisme, à savoir chez nous dans nos banlieues de rmistes, et ailleurs dans les bidonvilles, la destruction des sociétés traditionnelles engendre la violence urbaine, c'est à mon avis la résultante du "développement" capitaliste.
Tu dis qu'un être humain va en braquer un autre parce qu'il vit la pauvreté, disons que l'humanité est ce qu'elle est, je pense que le voleur ou le braqueur est finalement le produit logique de notre société à savoir la recherche de l'argent facile afin de pouvoir consommer comme tout les autres ou comme la publicité le claironne. Avoir vécu sans un sou en poche permet de se rendre compte combien il est difficile de passer devant les vitrines des magasins. La liberté est dans ce contexte un choix difficile car la vie est plus dure libre que soumis. Je n'ai pas plus de sympathie pour les gens qui vivent la misère et qui font de mauvais choix ni non plus pour ceux qui ont l'argent et qui croient en avoir fait de bons
Pour ce qui est de la corruption, je préfère payer un bakchich à un fonctionnaire que de voir à nouveau des membres de ma famille souffrir des mois et puis mourir parce que des industriels ont acheté les médias, des centres de recherche, des professionnels de la communication et des hommes politiques, je ne déraille pas, bien au contraire, le douanier qui m’a un jour volé mon café à l’aéroport ça m’a énervé mais c’est sans commune mesure avec les crimes de masse perpétrés en toute impunité dans notre belle société occidentale, le « meilleur des mondes possibles » comme disait Pangloss.

 draleuq , le 16/11/2010 à 15h32

fleurdepat > Taratata, c'est parce que tu n'as pas rencontré les bons bretons, voilà tout. La "Breizhitude" chère au coeur de finipe selon lequel "la musique bretonne n'existe pas" (je cite) est un phénomène très tendance. On voit des gens accourir d'un peu partout en France pour s'installer en Bretagne, et ne pas hésiter parfois à mettre leurs gosses à l'école Diwan. La vieille noblesse bretonne a du plomb dans l'aile, depuis longtemps remplacée (en tous cas par endroits) par la "nouvelle bourgeoisie bretonne exogène".
Tiens, moi par exemple, je suis un breton "de souche" (ah ah, j'adore ce terme), écolo, un peu révolutionnaire sur les bords, marin (mais d'eau douce), et fraternel (sauf avec les cons).
Par contre, je paye mes impôts rubis (en toc) sur l'ongle, l'évasion fiscale étant au dessus de mes humbles moyens :)) A faire le malin, je ne gagnerais d'ailleurs qu'une pénalité qui serait également au dessus de mes moyens.

rikomer > alors là, je ne trouve rien à redire à ton propos, et je t'attribue même une mention spéciale pour ceci : "La liberté est dans ce contexte un choix difficile car la vie est plus dure libre que soumis."
En filigranes dans ta prose, il devient de plus en plus évident que tu as, toi et tes proches, souffert en France des terribles effets de ce qu'on pourrait pudiquement appeler un "crime industriel". Qui dit industrie dit intérêts économiques, donc enjeu politique et risque de corruption, au mépris des braves gens qui ne demandent qu'à vivre leur vie du mieux qu'ils peuvent bien entendu, sinon c'est pas drôle.
Tu remarqueras que j'ai soutenu que la France n'était sûrement pas le pays le plus corrompu, mais que je n'ai jamais dit qu'elle ne l'était pas du tout.
Le chauvinisme et la compromission ne sont pas trop de coutume ici, et si tu explores un peu mieux le blog, tu en verras des preuves un peu partout (je me souviens en particulier avoir fustigé l'armée française, notamment pour l'attitude de ses chefs en 14-18, en Algérie, et plus récemment au Rwanda, tandis que finipe et moi nous acharnons régulièrement sur l'inconséquence d'une administration dont je fais pourtant partie !).
Tout ça pour dire que si tu veux raconter ton histoire dans ces lignes, il ne faut surtout pas te gêner.
Et quel que soit ton choix, je te souhaite de te reconstruire du mieux possible dans ton hâvre.

Et merci à vous deux d'avoir distillé un peu de votre intelligence régénérante dans ce modeste amphithéâtre !

 rikomer, le 16/11/2010 à 15h55

Ah des bretons !
Cela doit être un clin d'oeil du destin car alors dans mon village reculé des Balkans, je me trouve à converser avec la "gens britannica" de droite et de gauche. Ma femme fleurdepat porterait plutôt sur l'anarchisme de droite et moi celui de gauche, mais la force de notre amour est indéfectible tout comme la force de ton amitié avec Finipe. Eh oui je suis aussi breton, comme dirait Jean-Louis Jossic, "de pure race ? Qu'en sais-je et qu'importe". Ma petite suissesse, elle est juste bretonnante. Douarnenez fut notre terre de rencontre et la liberté notre ciment malgré de nombreuses disputes dues au franc parler et à peut-être ce que les intellos comme moi appellent "différences culturelles".
Pour finir, voici des paroles que j'aime beaucoup et qui vont bien avec le sujet de ton article:
"Ma liberté
Longtemps je t'ai gardée
Comme une perle rare
Ma liberté
C'est toi qui m'as aidé
A larguer les amarres
Pour aller n'importe où
Pour aller jusqu'au bout
Des chemins de fortune
Pour cueillir en rêvant
Une rose des vents
Sur un rayon de lune

Ma liberté
Devant tes volontés
Mon âme était soumise
Ma liberté
Je t'avais tout donné
Ma dernière chemise
Et combien j'ai souffert
Pour pouvoir satisfaire
Tes moindres exigences
J'ai changé de pays
J'ai perdu mes amis
Pour gagner ta confiance

Ma liberté
Tu as su désarmer
Mes moindres habitudes
Ma liberté
Toi qui m'as fait aimer
Même la solitude
Toi qui m'as fait sourire
Quand je voyais finir
Une belle aventure
Toi qui m'as protégé
Quand j'allais me cacher
Pour soigner mes blessures

Ma liberté
Pourtant je t'ai quittée
Une nuit de décembre
J'ai déserté
Les chemins écartés
Que nous suivions ensemble
Lorsque sans me méfier
Les pieds et poings liés
Je me suis laissé faire
Et je t'ai trahie pour
Une prison d'amour
Et sa belle geôlière

Et je t'ai trahie pour
Une prison d'amour
Et sa belle geôlière"

Serge Reggiani

 fleurdepat , le 16/11/2010 à 16h41

En guise de bon breton, je n'ai en fait rencontré qu'un libraire homosexuel à qui j'ai tenté de faire la cour et un vieux marin qui parlait une dizaine de mots français, et bien entendu la perle bretonne je l'ai à mes côtés chaque jour, pour le reste je t'expliquerai prochainement le parcours semé d'embûches que nous a offert la Bretagne et la France en général. Et comme nous aimons bien finir mon homme et moi sur des citations: "pourtant que la montagne est belle!" (même si la plus haute en Bretagne culmine les 300 mètres!)

 draleuq , le 18/11/2010 à 12h02

Ah voilà donc l'explication !
Je me disais bien, deux commentateurs intelligents arrivant le même jour, quelle drôle de coïncidence ! Comme quoi il n'y a pas de coïncidences, ou en tous cas il y en a peu.
C'est beau les Balkans, je connais un peu. Même si, pour reprendre les termes de fleurdepat, ça sent un peu plus le charnier que la noisette.
Et pour être tout à fait précis, finipe et moi sommes un peu plus qu'amis. Nous sommes frères.
Tu me diras qu'être frères, c'est parfois être un peu moins qu'amis, selon la bonne vieille chanson : "on choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille"... Mais pour nous, c'est un peu plus.

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