Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Le boulot,
ça me
réussit pas
Ouais, c'est ça
De plus en plus, l'envie répudie parfaitement l'art. C'est ainsi que la mort se délite en atteignant l'enfer des sens
Saint Tobustin ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

20 Janvier 2009 ::

« Mao & le Grand Bond en Avant - 1ère partie »

:: Histoire contemporaine, 1957

Ce billet fait partie d'un sujet composé de deux parties :

1. Mao & le Grand Bond en Avant - 1ère partie
2. Mao & le Grand Bond en Avant - 2ème partie



La Chine dans les années 50

Au début des années 1950, alors que certaines menace immédiates s'éloignent (guerre d'Indochine et guerre de Corée), la Chine intensifie sa politique économique sur un modèle soviétique, et avec l'aide de l'URSS : alors que les anciennes élites, la bourgeoisie et de nombreux intellectuels ont été emprisonnées ou éliminés, les terres confisquées sont collectivisées et redistribuées, et l'industrialisation du pays est poussée toujours plus avant. Mao estime cependant rapidement que la Chine — un pays à la très ancienne tradition paysanne, et dont l'immense majorité de la population travaille toujours la terre — ne devrait peut-être pas tout miser ainsi sur l'industrie, mais plutôt sur l'agriculture. Mao Zedong, hostile depuis toujours aux intellectuels, paysan dans l'âme, suscite des oppositions au sein même du parti qui ne voit pas unanimement d'un bon oeil cet éloignement du modèle soviétique.

Mais dès 1955, Mao fait preuve de son talent de manipulateur en s'appuyant sur des membres du parti gagnés à sa cause dans les provinces, et force la main au Parti central en imposant son mouvement de collectivisation agricole accélérée. La presse chinoise relaie la propagande, et la coopérativisation est enclenchée : en 18 mois à peine, plus de 120 millions de foyers chinois sont organisés en coopératives agricoles, regroupant chacunes des centaines de personnes. Le travail y est rémunéré selon la productivité de chacun, on stakhanovise l'activité ; la propagande marche à plein, et les quelques voix contestataires sont éliminées. Bien plus que cela, le Parti obtient une emprise très importante sur l'activité agricole et le monde rural, mais les cadres idéalistes du Parti sont trop souvent incompétents dans le domaine agricole...


Mao Zedong, une des photos emblématiques
du dirigeant chinois aujourd'hui mythifié

Cette politique nouvelle[1] imposée par Mao, qui veut brûler les étapes et aller très vite, est rapidement un échec cuisant : la gestion agricole est déplorable, et une mauvaise saison en 1956 vient clore le tableau. Grâce à une réaction rapide du Parti, la catastrophe est évitée de peu, et l'on échappe à des famines massives. Mais le mal est fait, Mao a échoué, et il doit prendre du recul. Ses principaux adversaires au Parti[2] décident de libéraliser l'économie autant que la politique, et d'avancer de façon plus prudente. Ainsi, des prisonniers politiques sont réhabilités, tandis que les conditions de détention des autres s'assouplissent ; les intellectuels sont caressés dans le sens du poil, la collectivisation à outrance est stoppée et l'on met l'accent sur la qualité de la production pour éviter les erreurs passées ; tout est fait pour apaiser les consciences.

La Campagne des Cent Fleurs

C'est ainsi qu'en février 1957 est lancée la Campagne des Cent Fleurs, qui invite les chinois à exprimer plus librement leurs critiques et leurs doléances, afin d'améliorer la situation du pays. Si les débuts de cette campagne sont timides, les critiques en viennent vite à une véritable explosion ! Les étudiants et les élites du pays, en particulier, dénoncent très durement l'incompétence et les grossières erreurs de certains cadres et l'inertie administrative. Partout en Chine, on fustige l'autoritarisme et l'arbitraire des cadres du Parti, les privilèges iniques de certains... La parole se libère comme jamais, et la contestation dépasse très largement ce que le parti semblait être prêt à entendre. Ainsi, la Campagne des Cent Fleurs débute en février, et s'achève cinq mois plus tard par une répression féroce : des centaines de milliers de personnes — étudiants, membres du Parti qu'on estime dévoyés, ingénieurs, médecins, écrivains — sont déportées, emprisonnées, voire exécutées sur ordre de Mao, qui rompt définitivement toute attache avec le monde intellectuel qu'il a désormais en horreur.


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1. Elle sera nommée plus tard le « Premier Bond en Avant ».

2. Principalement Zhou Enlai, Liu Shaoqi et Deng Xiaoping.

finipe, 00h02 :: :: :: [0 critique dithyrambique]

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