Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

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Etrangement, l'ignorance assassine joyeusement son destin, tant et si bien que l'amour s'enrichit en évitant le futur de l'imagination
Ricane ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

19 Septembre 2006 ::

« Des charançons excommuniés »

:: Histoire moderne, 1587

En 1545, à St Julien de Maurienne (actuel département de Savoie), une invasion de charançons (que les autochtones appellent verpillons) s'attaque aux précieuses vignes. Comme c'était de coutume en ces temps de superstition, on pensa aussitôt que c'était la conséquence des péchés des habitants. Messes et processions se succédèrent donc, et les verpillons finirent par partir.

En 1587, ces diables d'insectes étaient de retour, mais cette fois aucune procession ne put leur faire entendre raison. Alors les villageois décident de porter plainte contre eux devant l'official de l'évêché de Maurienne, réclamant leur expulsion par excommunication après expertise des vignes.

L'official, ayant visiblement une haute conception de la justice, décide que les accusés ont droit à une défense, en la personne de deux avocats improvisés et légèrement rémunérés. Mais les deux bougres prennent leur rôle très au sérieux. Dès le début du procès, ils arguent que les verpillons ne peuvent pas être convoqués du tribunal et qu'on ne peut pas les condamner par contumace. Ils affirment également qu'aucune excommunication ne peut toucher leurs « clients » car Dieu a béni les animaux, dans la Génèse, en leur disant : « croissez et multipliez ». Ils en concluent donc que les insectes sont dans leur droit en rongeant les vignes et qu'une expertise serait « inutile et vexatoire ».

Les avocats des plaignants réagissent aussitôt en disant que selon la Bible, les animaux ont été créés pour l'utilité des hommes.

Lors de la seconde audience, les plaignants ont entre temps discuté et ont visiblement peur d'être déboutés, car ils proposent un marché à l'amiable aux avocats des verpillons : ils offrent aux insectes une autre localité hors des vignobles, contenant des arbres, de l'herbe et une fontaine... délicate attention.

Les avocats des charançons demandent à réfléchir. Lors de la troisième audience, ils refusent tout net en déclarant que la localité offerte est stérile, et ils réclament le déboutement des plaignants et que les frais du procès soient à leur charge. L'official nomme des experts pour aller visiter les vignes. Cette expertise coûte trois florins.

Malheureusement, le reste des documents historiques retrouvés sont en trop mauvais état pour qu'on puisse savoir comment s'est terminé ce sketch délirant. D'après d'autres cas similaires mais un peu moins comiques ayant eu lieu à la même époque, il est fort possible que le verdict ait accordé un délai aux charançons. Passé ce délai, ils auraient été excommuniés. Pauvres petites bêtes...

draleuq, 23h11 :: :: :: [2 contestations]

:: COMMENTAIRES

 Lohen, le 21/09/2006 à 22h39

Tiens, je ne l'avais pas lu !

Apparemment, les procès faits aux animaux étaient assez fréquents au Moyen-Age (le procès de verpillons ne serait-il que la fin de ce phénomène ?), et de ce que je peux me rappeller d'un super reportage vachement intéressant qui aurait sans doute eu sa place sur Arte, leur ampleur semble avoir été relativement au-delà de l'anecdote. Il n'était pas rare de condamner à d'atroces mais justes souffrances un animal ayant décimé l'étal d'un commerçant par exemple, après un procès des plus sérieux. Ces pratiques s'expliqueraient par leur exemplarité vis à vis des populations à même de se permettre des comportements similaires.

 finipe , le 21/09/2006 à 23h22

Tout comme beaucoup d'animaux ont été décorés de diverses médailles pendant les guerres récentes : une autre anecdote de Draleuq rapporte justement ce genre de chose, je la placerai ici un de ces quatre !

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