Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

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Malheureusement, l'Homme embrasse irrémédiablement l'intelligence. C'est ainsi que le temps s'échappe, se précipitant vers le bonheur du rationalisme
Thal l'errant ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

2 Février 2008 ::

« Blondi, fidèle amie du monstre »

:: Histoire contemporaine, 1945

La fin de l'Allemagne nazie

En janvier 1945, les russes, à l'est, sont tout juste aux portes de l'Allemagne baltique, et les alliés sont encore de l'autre côté de la ligne Siegfried. Hitler croit encore à une possible victoire : il compte sur la technologie des V1 et V2 et sur de nouveaux prototypes de bombardiers pour renverser le cours de la guerre. Mais ces illusions du Führer ne sont pas la terrible réalité vécue par les allemands : l'armée russe lance une gigantesque offensive, et, en quelques semaines, pulvérise l'armée allemande, réduite à néant par l'effort de guerre, et dont les effectifs sont souvent extrêmement jeunes. La population fuit vers l'ouest pour tenter d'éviter les exactions commises par l'armée rouge, qui fait chèrement payer à l'Allemagne les pertes insensées et inhumaines qu'elle a dû subir sur le front de l'est.

Pendant ce temps, les bombardements anglais et américains ravagent l'Allemagne. Un déluge de feu s'abat sur Dresde (pleine de réfugiés) du 13 au 15 février, tuant plus de 40.000 personnes : Hitler incite ses généraux à pratiquer la politique de la terre brûlée, ulcéré que l'Allemagne puisse tomber aux mains de ses adversaires, qu'il considère pour certains (les Slaves notamment) comme des « sous-hommes ». En mars, l'armée rouge est à 50 kilomètres de Berlin, tandis que l'armée du général Patton a opéré une percée fulgurante : craignant un conflit entre les deux armées qui cerneraient Berlin, les grands dirigeants se sont mis d'accord à la conférence de Yalta, au début du mois de février.

Les derniers jours du Führer

Depuis le mois de janvier, Hitler s'est installé dans le Führerbunker, un complexe souterrain fortifié situé sous les jardins de la chancellerie du Reich. Avec lui se trouvent entre autres sa compagne Eva Braun, Joseph et Magda Goebbels avec leurs six enfants, les médecins Ludwig Stumpfegger et Werner Haase, l'infirmière Erna Flegel, le garde du corps Rochus Misch, la secrétaire personnelle Traudl Junge, ainsi qu'une trentaine de personnes chargées de diverse tâches administratives et d'intendance.

Parmi tous ces hommes, il y a également des animaux : Blondi, la chienne berger allemand d'Hitler, n'a pas quitté son maître. C'est Martin Bormann, le secrétaire particulier du Führer, qui lui avait offert Blondi en 1941 : Hitler voue une véritable passion pour ces animaux, qu'il considère comme la race canine loyale et obéissante par excellence. Il y fait parfois référence à propos de ses théories raciales, et Albert Speer — l'architecte et ministre[1] — rapporte qu'il ennuie fréquemment son auditoire avec de longues homélies sur la noblesse des « chiens-loups ». Hitler avait lui-même offert un chien à Baldur von Schirach, le chef des jeunesse hitlériennes ; il ignorait peut-être que l'animal, probablement plus lucide que son maître, sautait sur quiconque faisait le salut nazi.

Mais en vérité, sa passion pour les animaux — que la propagande nazie a beaucoup mise en avant[2] — semble plutôt limitée aux seuls bergers allemands. Hitler répugne à paraître en compagnie des bichons d'Eva Braun, pas assez virils à son goût. De son côté, Eva Braun paraît détester cordialement Blondi : elle lui donne même des coups de pieds pour passer ses nerfs[3]. S'il est vrai que les nazis ont promulgué des lois sur le respect des animaux et l'interdiction de la cruauté gratuite envers eux, il n'en demeure pas moins que ces lois s'appuient sur de douteuses motivations néodarwiniennes : des milliers d'animaux de compagnie appartenant aux juifs ont d'ailleurs été tués, considérés comme « perdus pour la race » ! Hitler aimait son chien, c'est vrai : un jour, dans son nid d'aigle à Berchtesgaden, le chien d'un garde avait attaqué Blondi, et l'avait sévèrement blessée à la truffe. Pour punir l'animal fautif, Hitler l'avait fait pendre, et avait fait accrocher son cadavre à l'une des portes d'entrée pour prévenir les autres chiens...


Jusqu'au début mars, Hitler va régulièrement promener Blondi dans les jardins de la chancellerie, mais les bombardements sur Berlin mettent rapidement fin à ce divertissement. Pendant les longues semaines qui suivent, de mars à avril, le Führer vit totalement hors de la réalité : il donne des ordres totalement invraisemblables, persuadé de pouvoir encore briser l'encerclement ennemi par de savantes et courageuses manoeuvres et par des retournements d'alliances de dernière minute, mais personne n'ose lui dire que tout est perdu. C'est seulement à la fin avril qu'il réalise que la guerre n'a plus d'issue : furieux, il voue aux flammes l'Allemagne et son peuple, et déclare que tous doivent résister jusqu'au dernier souffle, et jusqu'à la mort.

Début avril, Blondi met bas une portée de cinq chiots, dont le père est lui aussi un berger allemand, nommé Harass[4]. L'événement ne suffit toutefois pas à rendre la gaieté aux locataires prisonniers de l'abri : le 30 avril, les russes ne sont plus qu'à quelques centaines de mètres du Führerbunker. Hitler, indigné à l'idée que Blondi tombe entre les mains des russes, fait venir ses médecins, Stumpfegger et Haase, et leur demande de tester le poison sur sa chienne, qui meurt presque instantanément. Peu de temps après, les époux Goebbels empoisonnent leurs six enfants puis se donnent eux-mêmes la mort. Eva Braun avale une capsule de cyanure, et Hitler se tire une balle dans la tête.

Des chiens présents dans le bunker, seuls les corps de Blondi et de l'un des chiots furent retrouvés, nul ne sait ce qui advint des autres.


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1. Voir à son propos le très bon documentaire Speer & Hitler : l'architecte du diable.

2. Sur la couverture du Time magazine qu'il l'avait élu « Homme de l'année » en 1938, Hitler posait d'ailleurs avec un chien. Je n'ai pas réussi à savoir qui était ce chien et s'il appartenait ou non à Hitler : si quelqu'un le sait, je suis preneur !

3. Ce détail est rapporté par Traudl Junge dans ses mémoires.

4. Le chien appartenait à Gerdy Troost, la femme de Paul Troost, un des architectes ayant travaillé avec Albert Speer.

finipe, 19h38 :: :: :: [4 contestations]

:: COMMENTAIRES

 Viou , le 04/02/2008 à 14h29

youpi voilà qui met en joie par un bon lundi ensoleillé :D

 finipe , le 04/02/2008 à 16h49

Lèche botte !

 Viou , le 05/02/2008 à 11h18

slurp !

 aucun, le 29/11/2011 à 16h29

tous ce que je peut dire c est que pour les chiens il avais du gout ce gros degueulasse

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