Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Il faut essayer d'obliger tout le monde
On s'en
fout
Parfois, l'on assassine affreusement son destin. Ainsi, la piété filiale s'amenuise en atteignant le secret des sens
Caporal de Bol ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

11 Janvier 2011 ::

« Les Cadets de Saumur, premiers résistants »

:: Histoire contemporaine, 1940

Examinons aujourd'hui un des plus hauts faits d'armes de l'Armée française lors de la terrible campagne de juin 1940. Celui-ci est à mettre à l'actif des élèves de l'école militaire de cavalerie de Saumur, et on peut d'ailleurs se permettre de l'appeler "premier acte de résistance à l'occupant", car il eut lieu après l'appel de Pétain à cesser le combat.



Origines et destin de l'école de cavalerie

La tradition de l'équitation à Saumur date en fait de la fin du XVIème siècle, époque où Henri IV décréta l'ouverture d'une académie de cavalerie dans cette ville qui était à l'époque une ville protestante. Cette académie sera fermée à la révocation de l'Edit de Nantes, en 1685.
En 1814, Louis XVIII choisit Saumur pour ouvrir "l'Ecole Militaire des Troupes à Cheval". En 1830, à la fermeture de l'école de Versailles, Saumur hérite du monopole qui ne l'a plus quittée depuis.
Sous Louis-Philippe, les instructeurs de l'école de cavalerie reçoivent un nouvel uniforme de couleur noire qu'ils ont conservé depuis, afin de les différencier des écuyers, à l'époque habillés de bleu. Du coup, on les appelle les "cadres noirs", et le nom de Cadre Noir a d'ailleurs été officialisé en 1986 pour désigner l'Ecole Nationale d'Equitation (ENE), créée en 1972. La gestion du Cadre Noir est civile depuis 1968, même si elle reste toujours ouverte aux militaires.
Le Cadre Noir et son fameux Carrousel est encore aujourd'hui le vivier du plus haut niveau de l'Equitation Française, et le conservateur de ses traditions.


Le "carré de dressage" de l'ENE. Derrière, les écuries.



Remise des prix du championnat de France 2006 de dressage, une des trois disciplines de l'équitation (avec le concours de saut d'obstacles et le concours complet), dans le grand manège de l'ENE.
Votre serviteur a pu y admirer de ses yeux éberlués un adjudant-chef de la Garde Républicaine danser avec un cheval sur de la techno. Si si.


Le choix de se battre

Juin 1940. L'Armée française est en pleine débâcle face à la guerre éclair allemande. Les 560 élèves de l'Ecole Militaire de Cavalerie de Saumur ont en charge de protéger la Loire sur 40 km, de Gennes à Montsoreau, en passant par Saumur. Un front immense par rapport à leur nombre.
Le 15 juin, alors que les Allemands ne sont pas encore arrivés, ils reçoivent un ordre de repli sur Montauban. Le Colonel Michon, qui commande l'école, s'indigne de devoir se replier sans avoir résisté. Il se bat pour obtenir de ne replier que le personnel non combattant.
Le 17 juin, le Maréchal Pétain lance son célèbre appel ordonnant à l'armée française de cesser le combat. Les Allemands ne sont toujours pas là.
Le Colonel Michon convoque tous ses officiers pour leur faire part de son intention de se battre malgré les ordres. Comme il s'agit de désobéir à des ordres, il donne le choix à tous. Tous sont volontaires. Les officiers répercutent le même message aux élèves qui sont tous volontaires également. La veille du fameux appel du Général de Gaulle, 560 jeunes gens ont déjà entrepris le premier acte de résistance aux occupants.


Dans le centre de Saumur, les bâtiments historiques de l'école militaire de cavalerie.


L'arrivée des Allemands

La première division blindée de cavalerie allemande arrive le lendemain, 19 juin. Dans cet engagement de cavalerie contre cavalerie, ironie du sort, mais surtout impératif de la guerre moderne, aucun cheval ne sera utilisé, ni d'un côté ni de l'autre. Durant trois jours, jusqu'au 21, les élèves de Saumur, dont c'est pourtant le baptême du feu, vont défendre leur secteur comme des enragés, avec des moyens dérisoires, et sans espoir de vaincre.
Sur les 40 km de rives que comprend le front, il y a 5 franchissements de la Loire : un à Montsoreau, un à Gennes, deux à Saumur, plus le Viaduc de chemin de fer. Préalablement minés, ces ouvrages sont détruits par les français dès qu'ils ne peuvent plus être tenus. Ces démolitions laisseront des groupes de défenseurs isolés sur les îles de Loire, à Gennes et à Saumur.


Une vue de Saumur surplombée par son château, et de la Loire dont on voit ici deux franchissements


Une résistance héroïque

Les français ne disposent que de mitrailleuses, et d'un faible nombre de mortiers et de canons antichar. Ils manquent cruellement d'artillerie. Pourtant, avec leurs maigres moyens, ils vont faire des merveilles. Les motocyclistes de l'avant-garde allemande sont accablés par les mitrailleuses, plusieurs chars ennemis sont détruits, de telle sorte que les autres doivent s'installer hors de portée des canons français, et les équipes de mortier réalisent un grand nombre de coups au but et finissent même par chasser de la rive opposée tout ce qui est à portée de tir.
Les Allemands font monter en ligne des canons automoteurs. Avec les chars désormais hors de portée, ces armes leur permettent de pilonner les lignes françaises. Les défenseurs, dépourvus d'artillerie, sont impuissants à contrebattre les tirs ennemis et sont contraints de supporter le bombardement sans broncher. Mais ils ne flanchent pas. Les Allemands s'impatientent et lancent plusieurs attaques d'infanterie par barques. Ils sont plusieurs fois repoussés à coups de mitrailleuse et de fusil-mitrailleur, certains équipages sont même totalement anéantis. Mais ils finissent tout de même par prendre pied sur les îles de Loire où les défenseurs isolés ne peuvent que défendre chèrement leur peau, jusqu'à la dernière munition, et même parfois au corps-à-corps.


Juste en face des bâtiments de l'école de cavalerie, on trouve ce monument sur le fronton duquel on peut lire : "cavaliers, à nos morts." Les immenses bâtiments tout autour ne sont autres que des manèges pour l'entraînement des cavaliers, datant du XIXème siècle. Sur la gauche, la présence d'un blindé témoigne de l'évolution inévitable des troupes de cavalerie en troupes blindées avec la guerre moderne. Le musée des blindés de Saumur est d'ailleurs le plus grand d'Europe.


L'hommage du vainqueur

Face aux terribles pertes, à la menace d'encerclement, et souvent faute de munitions, la plupart des défenseurs encore vivants finissent par se rendre le 21, mais des groupes isolés sont parvenus à s'enfuir. Les morts, blessés et disparus sont au nombre de 194.
Le commandant de la première division blindée de cavalerie allemande, le général Der Vormach, vantera, dans son rapport, la résistance opiniâtre de ces jeunes gens qu'il appelle "les Cadets de Saumur", et c'est à lui que l'on doit ce terme, inusité jusqu'alors, et qui depuis est resté.
Autre fait surprenant, les 218 prisonniers des Cadets de Saumur ne seront pas internés dans des stalag en Allemagne comme la plupart des autres captifs, mais libérés peu après, avec les 749 chevaux de l'Ecole, avec lesquels ils rejoindront le reste du personnel de l'Ecole à Montauban, en zone libre.


Citation de l'Ecole Militaire de Cavalerie à l'ordre de l'armée, par le général Weygand,
commandant en chef de l'armée française.


(photos draleuq)

draleuq, 22h57 :: :: :: [0 observation emphatique]

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