Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

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Phosocle ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

19 Mars 2007 ::

« Deuxième guerre punique - L'épopée d'Hannibal »

:: Histoire antique, -219

Ce billet fait partie d'un sujet composé de trois parties :

1. Première guerre punique - La ruine de la Sicile
2. Deuxième guerre punique - L'épopée d'Hannibal
3. Troisième guerre punique - Delenda est Carthago




Pour les détails de la deuxième guerre punique, cf. « Histoire de Rome depuis sa fondation » livres XXXI à XL, de Tite-Live, et « Histoire » livres III à V, de Polybe. Ça rappellera bien des versions aux latinistes :)



Le renouveau de Carthage

Après la première guerre entre Rome et Carthage, la situation est difficile pour la cité nord africaine : la « guerre des mercenaires » a, durant près de trois années, ravagé les côtes et plongé le pays dans le chaos. Profitant de leur avantage et des problèmes que connaissent les carthaginois, les romains, non contents d'avoir conquis la Sicile, ont envahi la Corse et la Sardaigne. Mais Carthage a de la ressource : après avoir maté la rébellion, elle commence à s'étendre rapidement vers le sud de la péninsule ibérique, et profite des excellentes ressources du pays. Carthage fonde ainsi notamment Carthagène (la « nouvelle Carthage »), parmi d'autres colonies prospères.

Ainsi, sous l'égide de la famille Barca, Carthage se reforge une puissance économique, puis une puissance militaire, sans toutefois parvenir à reprendre aux romains la suprématie sur les mers. Ce renouveau inquiète fortement les autorités romaines : en -219, Carthage prend le contrôle de Sagonte, une cité espagnole alliée de Rome, qui profite de ce prétexte pour déclarer la guerre à sa rivale.

Hannibal fait vaciller Rome

Hannibal Barca, le fils d'Hamilcar, sait que Carthage ne peut vaincre sur les mers. Aussi, dès -218, prépare-t-il soigneusement une campagne terrestre d'envergure : il réunit en Espagne une gigantesque armée de près de 50.000 fantassins, 9.000 cavaliers, et 37 éléphants de guerre, puis se met en route avec la ferme intention de conquérir Rome. Il passe tout d'abord les Pyrénées sans problème, continue le long du littoral sans rencontrer d'animosité de la part des peuplades locales, puis doit s'écarter de Marseille, une cité fidèle à Rome.

Hannibal franchit donc le Rhône, remonte vers les Alpes, et s'engage dans la chaîne montagneuse au mois d'octobre, dans des conditions terribles : harcelé par les tribus locales, devant lutter contre le froid, il réussit malgré tout à passer en Italie au bout de 18 jours de traversée éprouvante. Les éléphants n'ont pas survécu, beaucoup d'hommes sont morts, et toute l'armée est épuisée. Toutefois, l'armée carthaginoise a atteint la plaine du Pô, et ses effectifs sont regonflés de plusieurs milliers de gaulois, ralliés à la cause d'Hannibal.

Pendant ce temps, Rome n'est pas restée sans rien faire : elle a tout d'abord eu l'intention de stopper Hannibal dans son périple, mais aucun réel engagement n'a eu lieu. Dans le même temps, une flotte menée par le général Publius Cornelius Scipion[1] s'est préparée en Sicile pour aller attaquer directement Carthage par voie maritime : mais l'inquiétante avancée des carthaginois à travers les Alpes a contraint les romains à oublier cette idée, et Scipion revient en Italie avec son armée pour affronter Hannibal.


Trajet d'Hannibal et de son armée

Dès lors, c'est une suite d'écrasantes victoires que remporte Hannibal sur les troupes romaines. En novembre -218, la bataille du Tessin. En décembre -218, la bataille de la Trébie, où 20.000 soldats romains perdent la vie. En juin -217, la bataille du lac Trasimène, pendant laquelle l'armée romain tombe dans une embuscade fatale. Les romains perdent 15.000 hommes sans même pouvoir se défendre, et 15.000 autres sont faits prisonniers ; quant au consul Caius Flaminius, général de cette armée, il finit décapité.

Enfin, en août -216, échaudé par les précédentes défaites, le consul Fabius Maximus (élu entre temps dictateur[2]) prône plutôt la tempérance... Mais d'autres ne rêvent que de vengeance, notamment les consuls Varron et Paul Emile, qui, faisant fi des conseils de Fabius Maximus, vont au devant d'Hannibal, avec une armée démesurée de plus de 86.000 hommes ! Les deux armées se rencontrent à Cannes, à l'est de Rome sur les rives de l'Adriatique, et c'est là que tout le génie stratégique d'Hannibal se révèle[3]. L'une des plus gigantesques batailles de l'Antiquité de solde par un massacre effroyable : 60.000 romains meurent, 10.000 sont faits prisonniers, tandis que les carthaginois ne déplorent que quelques milliers de victimes. C'est la pire défaite que subiront les romains au cours de leur histoire.

Les délices de Capoue

Après l'humiliation des romains à la bataille de Cannes, plusieurs régions d'Italie se défont de la tutelle de Rome, et le pouvoir de la République vacille. Mais Hannibal et son armée sont à bout de forces et de ravitaillement, malgré cet incroyable périple et ces victoires glorieuses : en septembre -216, ils s'installent pour l'hiver dans la ville de Capoue, qui leur a ouvert ses portes, sans pour autant leur prêter assistance militaire.

Restant à Capoue, les carthaginois attendent des renforts et du ravitaillement : mais la mer est toujours contrôlée par les romains, et il est difficile d'obtenir de l'aide par voie terrestre, si loin de sa patrie, et malgré les précédentes victoires. Hannibal ne peut rien faire d'autre que d'attendre, et de goûter aux « délices de Capoue »... Mais après des mois d'attente, rien ne se passe. Les maigres renforts qui parviennent sont insuffisants, et Hannibal tente une manoeuvre diplomatique : en avril -215, il noue une alliance avec le roi Philippe V de Macédoine, qui s'engage dans une guerre contre Rome, guerre qui durera jusqu'en -205, mais qui n'aura aucune incidence sur la situation d'Hannibal, faute de moyens.

La colonie grecque de Syracuse, de son côté, a été gagnée à la cause de Carthage, rompant son alliance avec Rome. En -213, le consul Marcus Claudius Marcellus profite alors de l'inaction forcée d'Hannibal pour assiéger Syracuse : le siège dure deux années, mais Syracuse finit par tomber[4].


A gauche : buste d'Hannibal Barca
A droite : buste de Scipion l'Africain

En Espagne, malgré quelques petites défaites, le frère d'Hannibal, Hasdrubal, a mené la vie dure aux romains jusqu'en -211. Mais Publius Cornelius Scipion fils, le futur Scipion l'Africain, intervient alors et gagne plusieurs batailles décisives : il s'empare notamment de Carthagène et pousse Hasdrubal à se replier vers la Gaule. Celui-ci continue ensuite son chemin vers le sud de l'Italie à dessein d'établir une jonction avec son frère Hannibal, mais son armée est anéantie par les romains à la bataille de Métaure, en -207. Hasdrubal meurt durant les combats.

Enfin, en -206 et -205, Scipion le jeune achève de conquérir l'Espagne, et abat les derniers points de résistance des carthaginois en Italie. Une paix est également signée avec Philippe V de Macédoine : Hannibal est désormais définitivement privé de tout soutien... Il tente un coup de force en assiégeant Rome : la ville est prise de panique, chacun s'attèle à consolider les murailles, mais faute de moyens Hannibal ne peut mener son siège à bien.

La fin de l'épopée carthaginoise

Le jeune Scipion, auréolé de gloire après ses nombreuses victoires en Espagne, devient consul de Rome, et obtient l'assentiment du Sénat pour aller porter la guerre en Afrique. A la tête d'une armée de 30.000 hommes, il débarque ainsi non loin de Carthage en -204. Mais les débuts de cette campagne sont difficiles, et Scipion subit plusieurs revers, sans plier toutefois. En -203, plusieurs batailles opposent d'une part une coalition faite entre Carthage et Syphax, roi de Numidie promis à épouser la princesse carthaginoise Sophonisbe, et d'autre part les romains et leur allié Massinissa, un autre roi de Numidie ennemi de Syphax.

Scipion, avec l'aide de la terrible cavalerie de Massinissa, est victorieux à la bataille des grandes plaines, et Hannibal quitte l'Italie avec son armée pour venir en aide aux siens. Malgré des tentatives de part et d'autre de trouver un compromis de fin de guerre, les armées de Scipion et d'Hannibal se rencontrent enfin à Zama, au sud-ouest de Carthage, le 19 octobre 202 av. JC. Lors de cette bataille, Scipion utilise la stratégie qu'utilisa Hannibal lors de la bataille de Cannes, et c'est un succès sans précédent : l'armée d'Hannibal, malgré sa supériorité numérique, subit une cuisante défaite, en voyant plus de la moitié de son armée tuée ou capturée.

Carthage doit capituler, et se voit une fois encore imposer des conditions de paix écrasantes.

Destins des stratèges

Après 15 années passées sur le sol italien à faire trembler Rome, Hannibal subit donc une défaite. Après la bataille de Zama, il regagne Carthage, et tente de reprendre en main le gouvernement de la cité, avec une seule idée en tête : vaincre à nouveau les romains ! Mais les élites de la ville ne veulent plus de la guerre, et Hannibal est contraint à l'exil. Il parcourt alors la méditerranée orientale en se mettant au service de divers roi et princes qui luttent contre Rome.

Mais en -183, alors qu'Hannibal craint d'être livré aux romains, il préfère se donner la mort par le poison. Ainsi meurt la plus terrible menace qu'ait jamais connu Rome.

Quant à Scipion l'Africain, il est bien mal remercié par ceux qu'il a sauvés : en -190, alors qu'il revient encore une fois de campagne militaire, il rencontre une vive hostilité de certains sénateurs, qui le contraignent à l'exil.

Comme Hannibal, il meurt en -183, non loin de Capoue, en dehors des limites du territoire romain. Sur son tombeau est inscrite l'épitaphe suivante : « Ingrate patrie, tu n'auras pas mes os ».

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1. Publius Cornelius Scipion est le père du célèbre Scipion l'Africain

2. La fonction de dictateur de la République romaine n'avait rien de tyrannique : le dictateur était un magistrat extraordinaire, désigné par le Sénat parmi les consuls les plus expérimentés, et pour une durée maximale de six mois. Il possédait durant ce laps de temps des pouvoirs complets, afin de régler des situations d'exception, souvent en temps de troubles.

3. Sans entrer dans de longs et fastidieux détails stratégiques, la bataille de Cannes restera dans les annales militaires comme un maître coup, dont les plus grands généraux de l'Histoire s'inspireront plus tard, notamment Napoléon.

4. Parmi les défenseurs de Syracuse se trouvait l'illustre savant grec Archimède, auteur du célèbre « Eurêka ! », qui avait mis tout son génie dans la confection de machines de guerre pour défendre la cité. Selon la légende, il aurait entre autres conçu un dispositif de miroirs concentrant les rayons solaires pour enflammer les navires : il s'avère toutefois que ce dispositif est irréaliste au regard des conditions techniques et des matériaux de l'époque. Archimède mourut pendant le siège, tué par un soldat romain, alors qu'il était en train de dessiner des figures géométriques au sol. Marcellus, admiratif du grand génie, lui offrit des funérailles somptueuses.

finipe, 00h14 :: :: :: [8 soupirs de satisfaction]

:: COMMENTAIRES

 draleuq , le 19/03/2007 à 07h37

Jean-Pierre Coffe serait-il la réincarnation de Scipion l'Africain ? Ou Fabien Barthez ;o) ?

 Faust, le 19/03/2007 à 13h36

Court mais bien résumé, le challenge est réussi Finipe.

Moi perso je vote Jean Pierre Coffe ^^

 finipe , le 19/03/2007 à 13h50

'tain ouais ! J'ai jamais autant galéré pour un billet historique. Et sinon eeeuh... Moi je vote aussi JP Coffe, mais avec 300 kilos de moins :)

 draleuq , le 19/03/2007 à 16h07

Tu m'étonnes !
Faut dire que là on n'est plus trop dans l'histoire anecdotique, mais plutôt dans l'histoire exhaustive...

 Lecourtier , le 18/12/2008 à 19h23

Bonjour,

Juste un petit mot pour vous demandez l'autorisation de copier votre carte du trajet d'Hannibal .
Elle m'intéresse car elle me permettrait de travailler les couleurs et surtout de faire des annotations que nous voulons mettre en rapport avec notre article .Cette carte est simple et c'est ce que nous recherchons.

Bien cordialement . Mr Lecourtier

 suchet, le 26/10/2009 à 20h37

il a une drole de présentation votre site

 finipe , le 27/10/2009 à 18h10

Voilà un commentaire constructif ou je ne m'y connais pas !

 Rambelaid , le 19/08/2015 à 18h24

Aucun éléphant n'est mort pendant la traversée des Alpes.
Le consul Publius cornelius Scipio est parti de Pise pour
l'Espagne et c'est son collegue Tiberius qui devait partir de
Sicile pour attaquer Carthage.
Ce Scipio, après un séjour infructueux en Provence a
dépéché son armée en Espagne et est revenu en Italie sans
ses troupes pour mettre un terme à la rebellion des Boiens.
Pour faire le point :
Hannibal et la traversée des Hautes-Alpes -Editions
Rambelaid

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