Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Il faut essayer d'obliger tout le monde
Ça c'est
balot...
De plus en plus, l'on embrasse irrémédiablement le règne animal. Ce faisant, la justice se distingue, se précipitant vers les cieux de l'imagination
Caporal de Bol ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

15 Mai 2010 ::

« Bienvenue à Sarkoland - 3 : décidément, je n'aime pas cet homme. »

:: Paparatzi

Ce billet fait partie d'un sujet qui en comporte trois :
1. Bienvenue à Sarkoland - 1 : la présidentielle 2007
2. Bienvenue à Sarkoland - 2 : le petit Nicolas
3. Bienvenue à Sarkoland - 3 : décidément, je n'aime pas cet homme


J’ai essayé pourtant !

C’est vrai, je m’étais insurgé contre la campagne grotesque de désinformation et de bourrage de crâne numérique dont il avait été victime pendant la campagne présidentielle.

C’est vrai, à la fin de mon article, je lui accordais une probabilité, même faible, de faire mentir tous ses détracteurs. Le bénéfice du doute, en quelque sorte.

C’est vrai qu’avec les infirmières bulgares, il m’a bluffé. Evidemment, y’en avait encore qui trouvaient à y redire, mais quoi qu’on en dise, c’était quand même dégueulasse de laisser croupir des occidentaux engagés dans l’humanitaire au fond des geôles d’un dictateur ingrat alors qu’ils étaient victimes d’accusations non seulement injustes, mais parfaitement ridicules.

C’est vrai qu’après ses déclarations sur le Darfour, j’ai applaudi. Même s’il s’est contenté de dire que c’était une honte pour les pays démocratiques de laisser faire ça, il a eu au moins le mérite de le dire. A ma connaissance, c’est le seul dans sa fonction à l’avoir fait. Et puis, bien entendu, il ne peut rien faire tout seul, j’en ai conscience, et sans doute que lui aussi ça lui arrive, malgré tout, de réaliser qu’il ne peut rien faire tout seul.

C’est vrai que certaines de ses réformes actuelles me semblent incontournables, telles que le recul de l’âge de la retraite (c’est pas que je saute de joie à l’idée de gratter jusqu’à 70 ans, mais un peu de bon sens à personne ne nuit, sauf à la plupart des syndicats), ou la réforme sans concessions des scandaleux régimes spéciaux (et là je sais que je ne vais pas me faire que des amis, mais de toute façon je ne suis pas là pour ça).

D’une manière générale d’ailleurs, j’avoue mon incompétence à pouvoir juger le bien fondé de l’ensemble de ses réformes passées, actuelles, à venir. Je ferais un bien piètre politicien, je suis beaucoup trop émotif.

Par contre, certaines de ses attitudes qui m’ont déjà fermement empêché de voter pour lui, non seulement se sont confirmées, mais n’ont fait que s’affirmer depuis qu’il est à l’Elysée.
J’ai engrangé tout ça pendant quelques mois, le temps de voir venir, le temps de lui laisser le temps, mais là une petite goutte a fait déborder le vase. Il s’agit de ses dernières déclarations sur l’affaire des Français emprisonnés au Tchad pour « enlèvement d’enfants ».

Image du frenchie moyen

Si les autres parties du monde ont des singes, l’Europe a des Français. Cela se compense.

(A. Schopenhauer)


Il paraît que les Français sont très mal vus à l’étranger. Sauf naturellement dans les pays de l’est, où les hommes français, même laids, sont très bien vus des femmes célibataires, et dans les pays en voie de développement, où les touristes français sont très bien vus car ils distribuent des stylos Bic aux enfants dans les rues.

Ce qu’on reproche le plus souvent aux Français, semble-t-il, c’est leur arrogance. A cet égard, les histoires françaises racontées par les Belges, qui ne fustigent pas, contrairement aux histoires belges racontées par les Français, notre bêtise, mais notre arrogance, sont un témoignage significatif de la manière de laquelle nous sommes vus. Et, en la matière, il y a au moins une raison pour laquelle nous pouvons nous féliciter de l’élection de Nicolas Sarkozy, c’est que nous avons désormais un président parfaitement représentatif de son peuple.

Petit par la taille, grand par l’ego

Attache plus de prix à être un humble vertueux qu'un riche orgueilleux

(M. de Cervantes, "Don Quichotte")


Parce que, soyons honnêtes, faut-y quand même qu’y s’la pète et qu’y s’la joue Zorro pour aller déclarer à qui veut l’entendre qu’il « ira chercher tous les Français détenus au Tchad » à l’occasion de sa prochaine visite diplomatique dans ce pays. Ça rappelle les films de guerre où le colonel refuse de laisser le moindre de ses hommes, même mort, en territoire ennemi, et tient à être le dernier à quitter le champ de bataille.
Evidemment, la réaction des responsables Tchadiens ne s’est pas faite attendre (d’autant moins que le Tchad est une ex-colonie française). Ils se sont « irrités » (on le serait à moins) des propos de Sarkozy et lui ont fait savoir que ce ne serait pas à lui d’en décider, et que toute extradition était inenvisageable.
Autrement dit, s’il y avait une quelconque chance de les rapatrier, notre Nicolas national vient de la torpiller avec sa grande gueule avant même d’avoir commencé les pourparlers.

Comme quoi son ego est tellement boursouflé qu’il ne parvient même pas à apprendre de ses erreurs. Car pourtant, ça lui a déjà porté préjudice par le passé, sa grande gueule et ses airs de chevalier redresseur de tort, sans peur et sans reproche. C’est même le moins que l’on puisse dire. Qui ne se rappelle pas du « pas seulement quand je me rase », et surtout du « on va vous en débarrasser de cette racaille » et de la fameuse histoire du karcher (publicité illégale en plus, il aurait dû dire nettoyeur haute pression) ?

Pareil pour le récent traité européen simplifié, signé à Lisbonne, qu’il a assimilé à un « succès pour la France », donc pour lui, on l’a bien compris. Alors que 23 des 25 pays de l’Union étaient décidés dès le début à signer, il n’y en avait que deux qui renâclaient un peu, et encore, non parce qu’ils étaient opposés au Traité, mais parce qu’ils s’appuyaient sur la nécessité de l’unanimité des 25 membres pour faire chanter tout le monde sur une ou deux revendications sans aucun rapport avec le Traité.

Putain de merde, un peu de MODESTIE, est-ce trop demander à la Most Valuable Person de la France ?


Etre à ce point complexé par sa taille, n’est-ce pas l’aveu d’un ego démesuré ?


Deus pater omnipotent

Avoir trop de chefs ne vaut rien : qu'un seul soit chef, qu'un seul soit Roi.

(Homère, "l'Iliade")


Sarko est partout. Sarko par ci, Sarko par là. Dans la même journée, il peut être ici, là, partout. Il fait la pluie et le beau temps. S’il n’a pas le don d’ubiquité, c’est tout comme.

Sarko est omnipotent, cela n’échappe pas au peuple. Du temps où il était maire de Neuilly, il avait été négocier lui-même la libération des enfants de maternelle pris en otages par un fou bardé d’explosifs : « je suis votre ami, mais pour que je vous aide, il faut que vous libériez des enfants. Donnez m’en au moins un, donnez-moi le petit noir !», et on le voyait ressortir avec le gosse dans les bras, entouré des négociateurs du RAID qu’il venait de mettre au chômage technique.
Mais pourquoi les journalistes ont-ils pu filmer tout cela, au péril de leur vie ? Pourquoi ne télévise-t-on pas les négociations d’otages faites par ces types anonymes qui risquent leur vie en silence tous les jours ?
Je ne conteste pas le courage de Sarko. Ce que je conteste, c’est le désintéressement de son courage.

Mais ce qu’on est en train d’apprendre, c’est que Sarko est également omniscient. Sarko sait tout sur tout, il n’y a aucun domaine qui échappe à son expertise.
Il a dit par exemple que les enfants avaient trop d’heures de cours en France (ce qui est peut-être vrai, mais là n’est pas la question) et a donc décidé unilatéralement de supprimer le samedi matin d’école, sans même en avertir les profs qui l’ont appris dans le journal.
Il a décidé que les élèves devraient se lever quand le prof entre dans la salle, sinon c’est pô du respect. Mais on fait comment quand le prof entre en même temps que ses élèves dans la salle ?
Il a décidé aussi qu’on lirait la lettre de Guy Môquet dans les lycées, parce que c’est un exemple à suivre pour la jeunesse de France, vu qu’il a sacrifié sa vie sur l’autel de la liberté et de la patrie. Sans en référer à personne, ni aux profs, ni aux historiens, ni aux spécialistes. Pas besoin, Sarko est spécialiste de tout. Ou s’il ne l’est pas, il va le devenir.

Loin de moi l’idée de salir la mémoire de Guy Môquet, mais pourquoi pas plutôt la lettre poignante d’Adieu à sa femme écrite par Missak Manouchian, Français d’origine arménienne dont la famille avait fui le génocide Turc, fusillé au Mont Valérien par les Nazis, et dont la photo a été arborée par ces derniers comme un trophée, sur une affiche rouge sang ?
Peu importe qui, me direz-vous, c’est comme la tombe du soldat inconnu, c’est juste un symbole.
Seulement, il faut quand même avoir une sacrée haute opinion de soi pour s’octroyer le droit d’imposer à toute une société les symboles que l’on croit bons.

Un président qui gouverne

L’état, c’est moi

(Louis XIV)


Alors voilà, Sarko est un président qui entend gouverner. On en a presque oublié qu’il avait un premier ministre. On en a même presque oublié qu’il avait un gouvernement d’ailleurs. Et c’est pas anodin. C’est bien conforme à ce que beaucoup craignaient : une forme d’absolutisme modernisée.

Du coup, il se fait augmenter de 172%, car c’est pas juste que le premier ministre touche plus que lui. C’est peut-être vrai. Peut-être bien qu’il est juste qu’un président qui gouverne touche autant qu’un premier ministre. Peut-être bien qu’on aurait dû abaisser le salaire de Fillon à la hauteur de celui de Sarko.

Et comme tout bon Roi Président absolu, il s’appuie sur la noblesse. Non de rang, mais de fric. Avec ses mesures de bouclier fiscal, certains contribuables se sont vus convoquer cet été par le fisc pour qu’on leur rende des chèques de 100 000 €.
Du coup, des mesures de bon sens, comme l’allongement du temps de cotisation ou la suppression des régimes spéciaux, deviennent sacrément plus indigestes pour le Tiers-Etat. Mais oui, on me répliquera que ces quelques petits chèques rendus aux grands contribuables ne sont qu’une goutte dans l’océan de la dette française.
Une goutte peut-être, mais qui pourrait avoir valeur de symbole. Seulement ce symbole-là, allez savoir pourquoi, Sarko n’entend pas l’imposer.

Copyrat draleuq 2008

draleuq, 11h29 :: :: :: [0 commentaire désobligeant]

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