Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

J'en ai
vraiment
rat le cul...
Non mais
quel con !
De temps en temps, l'esprit ignore doucement l'intelligence, tant et si bien que l'Histoire s'échappe en rampant depuis l'au-delà de l'imagination
Lao Meuh ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

30 Janvier 2011 ::

« Super draleuq à la rescousse ah ah ah ! »

:: Baratin

We can be heroes just for one day.

(David Bowie)


Les tragédies des autres sont toujours d’une banalité désespérante.

(Oscar Wilde)


A la suite d’une visite familiale, en sortant dans la rue calme, je vois arriver une petite boule quinquagénaire paniquée :
- S’il vous plait, Monsieur, vous pouvez appeler les pompiers ? Ma mère m’a téléphoné, elle est tombée chez elle, elle ne peut pas se relever et je n’arrive pas à ouvrir la porte.

Je renvoie mes filles chez leurs arrière grands-parents de chez qui nous sortions, je dégaine le téléphone mobile (comme quoi ça sert de temps en temps), et compose le 18.
Je dis tout bien comme j’ai appris. J’accompagne la petite dame devant la porte, visiblement sa mère a fermé à clef de l’intérieur, impossible d’ouvrir, donc.
Je lui demande d’appeler à travers la porte, pas de réponse audible.
Elle a alors l’idée de passer par le jardin pour voir si elle n’aurait pas laissé la fenêtre ouverte. Mais les maisons sont collées, alors il faut faire le tour du pâté de maison. J’ai la régulatrice des pompiers au bout du fil, je cours avec le téléphone à l’oreille, j’ai un peu l’impression d’être à la Carte aux Trésors ou autre jeu pourri de télé-réalité.

On arrive, la fenêtre est ouverte. Pour sauter par-dessus, je prends le temps de bien assurer mon saut car la dame des pompiers me parle en même temps. Du coup, la quinquagénaire, incapable vue sa circonférence de procéder à cette gymnastique pourtant modeste, me croit en difficulté et prend sur elle de me pousser, de ses deux mains sur mon postérieur. On oublie pour cette fois.

Je suis dans le salon, la vieille dame dit qu’elle ne peut plus se lever, je dis à sa fille de faire le tour et que je vais lui ouvrir la porte de l’intérieur.
La victime est appuyée sur ses deux avant-bras derrière elle, elle tremble, le regard perdu, très mal à l’aise, la tête touchant le coin d’un meuble. Elle s’appelle Jeannine, elle a 81 ans. Je lui parle, je lui dis de s’allonger, j’essaie de lui assurer la position la plus confortable avec les coussins que je trouve.

Au même moment ou presque, sa fille arrive et la régulatrice des pompiers me remercie et me dit qu’elle va me passer l’infirmière régulatrice du 15. C’est là que ça va se gâter.
- Allô, le 15 j’écoute…
- Euh, oui…
- Que puis-je pour vous ?
- … (léger silence, le temps que je réalise qu’elle n’est au courant de rien et qu’il faut que je répète tout)
- Que puis-je pour vous ?
- Oui, bon voilà : je suis en présence d’une dame de 81 ans, consciente, qui est tombée et gnagnagni et gnagnagna (c’est beau l’interconnexion des numéros d’urgence… je croyais que c’était pour faire gagner du temps)
- Vous êtes de la famille ?
- Euh, non, je passais par là, mais sa fille est à côté de moi (à essayer de dialoguer avec sa mère en gueulant à moitié et en se bouffant tous les doigts)
- Passez-la moi alors !

Et alors là, ça va tourner littéralement au sketch, dans une confusion qu’il est très difficile de relater.
Jeannine me parle, pleurant à chaudes larmes, elle me dit que ses jambes l’ont lâchée quand elle a voulu aller voir son voisin qu’elle considérait comme son fils, parce que sa voisine, qu’elle considérait comme sa fille, est décédée hier, et que ça l’a très traumatisée. Je lui tiens la main, elle la serre, et elle pleure, elle pleure.

Pendant ce temps-là, madame l’infirmière questionne la petite boule et le dialogue semble difficile. L’infirmière lui demande où Jeannine a mal. Elle demande à son tour à Jeannine où elle a mal, pour pouvoir le répéter à l’infirmière.
Jeannine lui dit qu’elle n’a mal nulle part, qu’elle est parfaitement lucide, mais que simplement ses jambes ne la soutiennent plus parce qu’elle est très affectée par la mort de sa voisine qu’elle considérait comme sa fille, et que ça lui est arrivé au moment où elle a voulu aller voir le mari de sa voisine, qu’elle considérait lui-même comme son fils.

L’infirmière demande alors à la petite boule de passer le téléphone à Jeannine.
Jeannine prend le téléphone. Visiblement l’infirmière lui demande encore où elle a mal. Jeannine, pourvue d’un caractère bien trempé, lui répète encore la même chose, sans se préoccuper des questions.
Sa fille s’en mêle, engueulant sa mère en lui disant que ce n’est pas ça que la dame lui demande.
Jeannine, excédée, gueule encore plus fort, tout en pleurant toujours plus fort, en disant qu’elles ne comprennent rien, que c’est juste que ses jambes ne la soutiennent plus parce qu’elle a perdu sa pauvre petite voisine, si jeune, si jeune, qu’elle considérait comme sa propre fille, et qu’elle voulait juste aller partager un peu la peine de son pauvre petit voisin, si jeune et déjà si veuf, qu’elle considérait comme son propre fils, que ces gens c’était son rayon de soleil quotidien, vous voyez quoi, vous me comprenez, vous, hein, qu’elle dit en me regardant, tout en tendant le téléphone à sa fille comme pour lui signifier la fin de la conversation avec cette morue d’infirmière qui comprend rien.
- Oui, je vous comprends Jeannine, que je lui dis.
Et c’est vrai en plus.

La petite boule et l’infirmière poursuivent leur conversation, le ton monte de plus en plus.
- Mais enfin, vous voyez bien qu’elle ne veut pas vous répondre, ça sert à quoi au juste votre mic mac, là ? Vous allez envoyer quelqu’un oui ou non ?
Et là, je dois dire qu’elle a raison, la petite boule.
La régulatrice, n’en pouvant plus, lui raccroche au nez. Elle a dû aller se prendre un Valium ensuite, je pense, pour pouvoir finir sa journée. Ils doivent avoir ce qu’il faut sous la main, ce serait un comble. Et j’espère qu’elle en a profité pour s’acheter un cerveau.

Sur ces entrefaites, les pompiers arrivent à point nommé et prennent Jeannine en charge.
Je discute quelques instants avec la petite boule qui m’explique que sa mère est pas facile, elle est même très très dure.
Moi j’ai envie de lui dire que c’est pas forcément qu’elle est dure, mais qu’elle voulait juste nous dire que sa voisine, qu’elle considérait comme sa fille, était morte, et que c’était déchirant pour elle. Et que ses jambes l’avaient lâchée au moment où elle voulait aller partager la peine de son voisin, si jeune et déjà tout seul, qu’elle considérait comme son fils. J’ai envie de lui dire que parfois un peu d’humanité vaut mieux que le meilleur des stéthoscopes. Mais je ferme ma gueule.

Avant de prendre congé, je vais dire au revoir à Jeannine. Lui sourire et lui dire que ça va s’arranger. Elle me sourit elle aussi, elle me remercie, elle me demande comment je m’appelle.
- Je m’appelle draleuq. Je suis le petit fils de vos voisins d’en face, Monsieur et Madame Draleuq.
- Ah bon ? Bah j’espère que vous êtes mieux qu’eux, parce qu’ils sont antisocials ! Oui, antisocials que je vous dis moi ! profère-t-elle comme une imprécation alors que je me relève et m’éloigne doucement.

Le premier qui dit que j’ai de qui tenir, je lui pisse à la raie virtuellement.

copyrat draleuq 2007

draleuq, 01h24 :: :: :: [11 pleurnicheries]

:: COMMENTAIRES

 Jeanne, le 30/01/2011 à 09h50

Un agréable moment de lecture même si je connaissais l'histoire.
La chute est toujours aussi drôle !

 draleuq , le 30/01/2011 à 13h13

Drôle pour quelqu'un qui me connaît aussi bien que toi, oui ;)

 Mathilde , le 31/01/2011 à 09h56

Ah les joies du 15...
Il semblerait donc que raccrocher au nez soit une de
leurs spécialités.
Quand tu attends juste un mot rassurant genre "les
pompiers arrivent dites m'en plus en attendant" ou
"rassurez vous c'est pas grave cette arrête dans votre
gorge. Mais non, vous n'allez pas mourir dans votre
sommeil, l'oesophage transpercé par Excalibur. C'est
juste que votre oesophage a une sorte de mémoire
sensorielle, vous avez juste l'impression d'une arrête,
pas la peine de faire courir votre pote à 3h du mat' pour
vous emmener aux urgences pour une rhinofibroscopie."
:'(

 Brath-z , le 31/01/2011 à 11h59

Aaaah... Les joies du 15.

Une heure d'attente :
"Pourquoi vous avez mit si longtemps ? Le SAMU est à un quart d'heure !
- Ben en fait, on s'était trompé de ville, alors on a tourné en rond en cherchant..."

Oui. Et j'étais resté en ligne avec la régulatrice tout du long, en plus. Pas fichus de redemander l'adresse...

 draleuq , le 31/01/2011 à 14h26

Rhalala, si c'est pas du blog culturel, ça !
Entre la rhinofibroscopie et la mémoire sensorielle de l'oesophage, je crois qu'on pourrait développer un slogan, genre :
"Le Lion et le rat, c'est comme le poisson, ça rend intelligent !" :))

Brath-z, je ne sais pas ce que vous vous êtes racontés la régulatrice et toi en une heure, mais en tous cas heureusement pour ta facture téléphonique que le 15 est un numéro gratuit !
Sinon, ta femme elle fait quoi dans la vie ?
Régulatrice du 15 ? :)

 testeur, le 31/01/2011 à 14h28

blablabla !

 draleuq , le 31/01/2011 à 14h33

Mathilde, comme vient de le prouver mon ami testeur, nontunespasobligeederemplircettecase. Oualorscesttonpcquimerdeoutescookiesquilfautvirerouuntruccommeça.

 Brath-z , le 31/01/2011 à 18h25

Ben la pauvre petite, je ne vais pas lui jeter la pierre, elle avait commencé à paniquer quand je lui ai dit que les autres n'arrivaient pas. Apparemment, les consignes sont de rester en ligne jusqu'à l'arrivée des secours, donc elle s'y est efforcée, malgré la masse de boulot qu'elle a dû se taper par ailleurs (j'entendais son chef - je suppose que c'est lui - l'engueuler...). Mais j'avoue que la conversation a surtout tourné autour de "votre mère va mieux ?" de sa part et "vous êtes sûre qu'ils sont en route ?" de la mienne. Sans les angoisses (et la cheville bien cassée, quand même) de ma mère, ça aurait presque pu être un moment pas trop désagréable...

Par contre, quand les mecs du SAMU sont enfin arrivés, j'avoue que j'ai laissé fuser quelques grossièretés. Mais bon, si ça se trouve, ils y sont pour rien : peut-être d'autres s'étaient trompés dans les adresses. Mais la question demeure : pourquoi ont-ils fait le tour dans le coin au lieu de demander à nouveau l'adresse ?

 draleuq , le 31/01/2011 à 19h10

C'est un grand classique, ça, les secours qui vont bien sur l'avenue Jean Jaurès ou à l'école Jules Ferry, mais dans la commune située à 10 km de là... J'en avais déjà eu des échos par des collègues et amis, même si ça ne m'est pas (encore) arrivé personnellement. Moralité : ne pas oublier de préciser la commune (même si normalement, s'ils connaissent un minimum leur boulot, ils doivent te le demander si tu ne leur dis pas !)

 Mathilde , le 24/02/2011 à 10h21

""Le Lion et le rat, c'est comme le poisson, ça rend
intelligent !" :))"

Hey tu te moques là ?! :(

 draleuq , le 24/02/2011 à 23h35

Mais non, pas du tout ! On parle de "rhinofibroscopie" et de "mémoire sensorielle de l'oesophage" ici madame. Ce n'est donc pas un blog pour les cerveaux atrophiés, c'est tout ce que je dis ;)

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