Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Patience et longueur de temps
Non mais
quel con !
En vérité je vous le dis, l'ignorance décroche atrocement le règne animal, de sorte que l'Histoire s'enrichit, se précipitant vers la fin du rationalisme
Jean-Sol Partre ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

4 Décembre 2008 ::

« Rollon & Charles le simple, cul par-dessus tête »

:: Histoire médiévale, 911

La Francia occidentalis aux alentours de l'an 900

Après la partage de l'empire de Charlemagne, les luttes et alliances fraternelles entre ses petits-fils Lothaire Ier, Charles II le Chauve et Louis II le Germanique, la signature du traité de Strasbourg, puis la signature du traité de Verdun, l'Europe occidentale est divisée en trois royaumes distincts :

  • La Francie occidentale, royaume de Charles II le Chauve
  • La Francie médiane, royaume de Lothaire Ier
  • La Francie orientale, royaume de Louis II le Germanique


L'Europe occidentale après la signature du traité de Verdun, en 843

Les frontières ne restent pas stables bien longtemps, car, la règle de la transmission à la primogéniture n'étant pas encore d'usage, chaque royaume est partagé entre les héritiers du monarque défunt, ce qui ne cesse de créer des conflits de succession. Ainsi, à la mort de Lothaire Ier (855), la Francie médiane est séparée en trois entités partagées entre ses trois fils ; en 870 (traité de Meerssen), Charles le Chauve et Louis le Germanique, toujours vivants l'un et l'autre, se partagent une grande partie du territoire médian à la mort de l'un de leurs neveux[1].


Généalogie simplifiée de la descendance de Charlemagne

Voyons désormais de plus près le sort de la Francie occidentale : Charles le Chauve meurt en 877, cède la Francie occidentale à son fils Louis II le bègue, qui meurt à son tour deux ans plus tard ; la Francie occidentale est séparée entre les deux fils aînés de Louis le bègue, Louis III[2] et Carloman II[3], qui meurent respectivement en 882 et 884, laissant finalement l'intégralité de la Francie occidentale au plus jeune des fils de Louis le bègue, Charles III dit le Simple[4]. Ce dernier étant trop jeune pour régner, c'est Charles III dit le Gros, un des fils de Louis II le Germanique, qui assure la régence jusqu'en 887. Puis, de 888 à 898, Charles III étant toujours trop jeune, c'est Eudes de France, fils aîné de la branche de Robertiens (et dont nous reparlerons plus tard), qui est élu roi. Charles III le Simple accède enfin au trône en 898, après la mort d'Eudes et de nombreuses luttes de pouvoir.

Notons que, du côté de la Francie orientale (Germanie), les problèmes de succession et la valse des monarques est sensiblement la même qu'en Francie occidentale. Et pendant ce temps, alors que les monarques défilent et n'ont de cesse de se disputer les successions, les incursions des vikings n'ont de cesse de mettre l'Europe à feu et à sang... En Angleterre, Alfred le Grand lutte âprement contre l'établissement du Danelaw, en faisant parfois miroiter à certains vikings les giboyeuses et riches contrées de la Frise (actuels Pays-Bas) ou de la Neustrie (actuelle Normandie), pour les détourner de ses propres terres.

L'épopée du légendaire Rollon

Parmi ces terribles chefs vikings qui ravagent régulièrement l'Europe en général, et la Neustrie en particulier, se trouve un certain Rollon. Son origine et sa date de naissance demeurent incertains, mais l'on estime qu'il serait né vers 850 en Norvège. Banni de son pays et ayant rassemblé une bande de vikings danois et norvégiens, Rollon s'installe en Neustrie à partir de 876, à l'embouchure de la Seine, et de là part piller la Francie occidentale. Il pille la basse Neustrie, ravage la Bourgogne, participe au siège de Paris en 886, et, dans le même temps, il s'établit vraisemblablement de façon plus définitive à l'embouchure de la Seine, où il tisse un réseau d'alliance et de commerce avec les seigneurs locaux.

Face à lui, il a toutefois forte affaire lors de ses pillages : on trouve notamment Robert Ier[5] (frère cadet d'Eudes de France, évoqué précédemment), ainsi que quelques autres grands seigneurs Francs, qui se défendent durement contre les vikings de tous poils. C'est ainsi qu'en 910 et 911, Rollon échoue à prendre la ville de Chartres[6]. C'est à ce moment que Charles le simple, roi des Francs jusque là assez médiocre, a une bonne idée : il propose un accord à Rollon.

Cul par-dessus tête !

C'est ainsi qu'est signé le traité de Saint-Clair-sur-Epte (actuel département du Val d'Oise) : Rollon doit, en échange de son établissement officiel comme seigneur de Neustrie, être baptisé et s'engager à défendre le territoire contre les invasions d'autres vikings. Il accepte le marché : ainsi, lui et tous ses vikings se font baptiser (le baptême sera effectué à Rouen), il reçoit le nom chrétien de Robert, et devient « Jarl des Normands » (équivalent du titre de comte)[7]. En outre, Charles le Simple offre sa fille Gisèle en mariage au seigneur normand.

Rollon doit prêter serment de fidélité en tant que vassal du roi des Francs : tous sont réunis autour de Charles le Chauve sous une immense tente, sur les bords de l'Epte. Dans la Gesta Normannorum, Dudon de Saint-Quentin (historiographe des premiers ducs de Normandie à la fin du Xème siècle) rapporte que lors de l'hommage au roi, Rollon refuse de baiser les pieds de Charles le Chauve comme le voudrait pourtant la tradition. Il envoie donc à sa place l'un de ses hommes, en lui recommandant cependant de ne pas trop se baisser. L'homme en question obéit tant et si bien à Rollon que, plutôt que de se baisser, il lève le pied du roi, qui tombe à la renverse de son trône et se retrouve cul par-dessus tête !



_________________________________
1. Lothaire II, le cadet des fils de Lothaire Ier, dont le royaume était appelé Lotharingie (la partie nord de la Francie médiane).

2. Louis III possède une mention spéciale au long palmarès des morts stupides (que j'appelle généralement plus volontiers les « morts à la con ») : il serait mort en se fracassant le crâne dans un linteau de porte, alors qu'il poursuivait une jeune fille à cheval... Un grand bravo à lui !

3. Carloman II n'a pas fait aussi fort que son aîné : il est juste mort à 17 ans, blessé accidentellement lors d'une partie de chasse. Pour Carloman II et son frère Louis III, voir notamment le « Palmarès des morts des rois de France »

4. Le terme « simple » ne désigne pas ici une quelconque infirmité mentale, mais plutôt l'honnêteté et la franchise.

5. Robert Ier n'est autre que le grand père d'Hugues Capet, qui fondera quelques années plus tard la dynastie des capétiens, amenée à régner en France jusqu'à la mort de Louis XVI, et encore de nos jours dans certains pays tels l'Espagne. Ce monsieur n'est donc pas n'importe qui !

6. La légende rapporte que Gancelme, évêque de Chartres, aurait fait fuir Rollon grâce au voile de la Vierge Marie.

7. Ce titre deviendra vers la fin du Xème siècle celui de « Duc de Normandie » pour les successeurs de Rollon. De cette lignée sera issu notamment Guillaume le Conquérant.

finipe, 00h16 :: :: :: [5 insultes scandaleuses]

:: COMMENTAIRES

 Viou , le 04/12/2008 à 18h44

Hoooo TROP belle ta nouvelle déco :D
Euh sinon dans tes trucs d'histoire là, tout ce que j'ai retenu c'est la mort à la con de Louis III !

 finipe , le 04/12/2008 à 20h04

C'est vrai qu'il a fait très très fort ce garçon !

 draleuq , le 05/12/2008 à 09h13

Preux retour à toi chevalier !..

Au passage, notons que "Rollon" était déjà un nom francisé. Le nom viking de ce brave garçon, qui, selon certaines sources, était un géant de près de 2 m 00, était "Hrolf".

 Marcoroz , le 09/12/2008 à 19h33

D'où l'expression "renverser une monarchie" ?

 finipe , le 10/12/2008 à 00h39

draleuq > Merci, et preux départ à toi, puisque ton oeuvre est hélas orpheline !

marco > Va savoir ! En plus, Charles le simple est un des derniers carolingiens, c'était peut-être prémonitoire...

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