Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Je ronge mon
frein, ça fait
mal
Pauvre
tocard...
Somme toute, l'Homme embrasse irrémédiablement le respect, de sorte que la piété filiale se délite, se précipitant vers le néant du rationalisme
Caporal de Bol ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

31 Juillet 2006 ::

« De l'art de réaliser un bon film »

:: Misanthropie

Il existe de multiples manières de parvenir à cet objectif sans doute. Et puis, que diable, cette question est affreusement subjective ! Il faudrait déjà savoir ce qu'est un bon film. Un film est-il réussi parce qu'il plaît au plus grand nombre ? Parce qu'il rapporte beaucoup d'argent ? Parce qu'il a diverti son public ? Parce qu'il est moralisateur, qu'il prend position sur un sujet ? Parce qu'il offre de nouvelles perspectives artistiques ?

Par convention, je propose donc ceci : un bon film est un film qui détend, qui rapporte de l'argent à son producteur et qui divertit le public. Voici donc une recette comme oncques n'en vit, chers lecteurs, qui vous ouvrira les portes du succès derrière vos caméras !

Le scénario & les personnages

Un ex-flic condamné pour avoir désobéi aux ordres de ses supérieurs entre en scène. Oui, il avait désobéi car on lui avait demandé de laisser tomber un des malfrats avec lequel il s'était lié d'amitié, mais c'est un homme d'honneur lui, il ne laisse pas tomber les copains. Bref, il a été viré, et depuis il accumule les petits boulots minables. Seulement, son ex-patron vient le trouver dans sa roulotte pourrie, et lui demande de l'aider, car l'ex-flic est le seul à pouvoir résoudre cette affaire, il est le meilleur malgré tout ! En échange, l'ex-patron de l'ex-flic propose à l'ex-flic de lui rendre tout ce qui lui avait été retiré. L'ex-flic refuse dans un premier temps, mais acceptera tout de même le lendemain ou le surlendemain.

Puis l'ex-flic ira s'infiltrer chez les méchants en se faisant passer pour un caïd qui n'a pas froid aux yeux, en cours de route il faussera compagnie plusieurs fois aux flics qui le surveillent quand même (ils n'ont pas confiance, l'ex-flic est un sacré salopard, croyez-moi !), puis, ayant gagné la confiance du chef des méchants (un baron de la drogue ou un vendeur d'armes cruel et sans scrupules), il finira par le mettre hors d'état de nuire tout à la fin du film, en le tuant d'une façon atroce.

Ne pas oublier non plus : en cours de route, l'ex-flic passera une torride nuit d'amour avec la femme du grand méchant, qui est honteusement séquestrée par son malade de concubin. Enfin, l'ex-flic sera réhabilité auprès de cette injuste société, mais continuera malgré tout à lui garder une certaine rancoeur et à agir comme un marginal très cool.

Le décorum

Parmi toutes ces idées géniales citées précédemment, il incombe au réalisateur de placer certains poncifs. En voici quelques uns que vous ne devrez oublier en aucun cas :

  • Les voitures : il doit y avoir des voitures puissantes, dont les bruits de moteurs évoquent des animaux sauvages. La voiture, c'est la liberté, la vraie. Un homme sans sa voiture est amputé d'un de ses membres, et pas des moindres (le grand méchant peut d'ailleurs détruire la voiture de l'ex-flic à un moment donné, pour se faire détester encore plus par le public compatissant).


Exemple de bon emploi de voiture

  • L'ami fidèle de l'ex-flic : il est très cool, a toujours le mot pour rire, détendre la situation (ex : ils sont enfermés dans la voiture de l'ex-flic, et ladite voiture passe dans un concasseur de décharge. L'ami fidèle déclare alors : "Fiouw, on est à l'étroit ici"). Si l'ex-flic est blanc, l'ami fidèle est noir. Si l'ex-flic est noir, l'ami fidèle est blanc. A la fin du film, l'ami fidèle devra subir une importante blessure pour laisser l'ex-flic agir seul et tuer le grand méchant.


Exemple et contre-exemple de meilleur ami de héros

  • Le lexique : l'ex-flic doit être quelqu'un d'assez franc et direct. Il commence souvent ses phrases par "putain", les termine tout aussi fréquemment par "quoi". Exemple : "Putain, il a rayé ma caisse quoi !". L'ami fidèle quant à lui aura un langage basé sur un subtil mélange de verlan et de termes imagés. Exemple : l'ami fidèle entre dans une boîte de nuit pleine de jeunes filles somptueuses et voluptueuses, et s'écrie : « Yo ! Y a d'la substance ici ! ».

  • Les flingues : les armes sont des éléments essentiels. Le premier impératif est de tenir son pistolet de côté, le poignet penché à 90°, le bras tendu à environ 25° à l'horizontale du corps (ndla : n'essayez pas en vrai, sous peine de vous ruiner le poignet). Pour les autres armes, il incombe de les jeter lorsqu'elles sont déchargées, de les considérer comme un instrument totalement anodin, quand bien même il s'agirait d'une arme de guerre comme un fusil d'assaut ou un lance-roquette.


Notez l'accumulation de détails qui rajoutent encore plus à la crédibilité
du personnage tenant l'arme !

  • La musique : vous devez abreuver l'auditoire d'un rap rythmé et anglophone, à base de "yo", de "fuck", et divers ahanements indescriptibles, dont l'onomatopée la plus proche pourrait être quelque chose comme "han han" (d'où le bien venu substantif "ahanements"). Il paraît que ça s'appelle du "Gangsta rap". Le rap des gangsters donc.

  • Les femmes : elles doivent être proches de la perfection corporelle occidentale. Pulpeuses mais point girondes, la poitrine opulente, le galbe élancé, les jambes longues et la cambrure des reins prononcée. Vous prendrez bien soin de les habiller de façon courte et suggestive, d'aucuns diraient "légère". Les seins et les fesses en particulier devront être particulièrement mis en valeur. Car en effet, hormis la femme du grand méchant (qui pourra éventuellement être habillée de manière ou tout petit peu moins suggestive et légère), elles ne servent à rien dans l'intrigue.


Exemple & contre-exemple de Femellus bagnolum

Quelques exemples

Voici donc désormais un petit florilège non exhaustif de merd... de nav... de nanar... de chefs d'oeuvres répondant aux spécifications sus-décrites :

  • Fast and furious I, II & III : une triologie somptueuse à voir et revoir sans modération.

  • 60 secondes chrono : un grand moment de cinéma !

  • Bad Boys : pionnier du genre, ce classique est à connaître.

Conclusion

Vous voici prêts à réaliser un franc succès ! Putain, vous allez cartonner le box-office, quoi !

finipe, 01h29 :: :: :: [0 obscénité]

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