Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Bigre, je me
ronge
les sangs !
C'est ce qu'on dit
De temps en temps, l'esprit répand irrémédiablement la religion, de sorte que la mort s'échappe en courant vers le futur de l'imagination
Caporal de Bol ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

6 Mars 2007 ::

« Le scandale du canal de Panamá »

:: Histoire contemporaine, 1889

Après l'incident de Fachoda et l'affaire Dreyfus, je continue sur ma lancée des scandales français de la fin du XIXème siècle...



L'échec du projet français

Le projet d'un canal reliant océan Atlantique et océan Pacifique est une idée très ancienne : au XVIème siècle déjà, alors que l'Amérique n'était "découverte" que depuis 50 ans, l'idée avait germé dans certains esprits. Mais c'est à la fin du XIXème siècle que ce projet commence à se concrétiser : en 1879, fort de son succès dans l'entreprise du percement du canal de Suez, le français Ferdinand de Lesseps propose son savoir-faire pour réaliser le canal de Panamá. Après des mois de discussion sur les dispositions techniques à employer, l'on retient finalement une solution identique à celle du canal de Suez, c'est-à-dire un canal sans écluse, situé au niveau de la mer.

Les travaux doivent prendre 12 ans et coûter la bagatelle de 600 millions de francs : Ferdinand de Lesseps crée donc la Compagnie Universelle du Canal Interocéanique de Panamá afin de récolter les fonds nécessaires à ce projet titanesque. Le 1er janvier 1880, les travaux démarrent. Mais Lesseps a sous estimé les difficultés que soulèverait un pareil chantier : la région est très montagneuse, tropicale, les conditions sont épouvantables, et l'on en vient rapidement à recruter des ouvriers miséreux prêts à toutes les tâches pour faire face à l'inhumanité du travail à effectuer.

Puis, ce sont les épidémies qui déciment les rangs : paludisme, malaria et fièvre jaune fauchent un à un les ouvriers. Après trois ans de travaux insensés, on compte près de 22000 victimes, tuées soit par les fièvres, soit par les accidents de travail. Le projet est interrompu et les investisseurs reculent, les travaux ayant déjà dépassé la somme totale prévue initialement par Ferdinand de Lesseps. Celui-ci remue donc ciel et terre en France pour réunir de nouveaux fonds, en lançant des souscriptions publiques et en démarchant auprès des banques.


Le canal durant les travaux, à travers des régions montagneuses,
et dans des conditions terribles

Le scandale financier

En 1888, huit ans après le début des travaux, et alors que ceux-ci sont totalement bloqués, le canal a coûté près du triple de ce qu'il devait coûter à l'origine. Ferdinand de Lesseps, vieillissant et à cours de solution (il a alors 83 ans), se résout à faire appel à l'ingénieur Gustave Eiffel, qui mène à ce moment même la construction de la célébrissime tour portant son nom, et qui doit être présentée à l'exposition universelle l'année suivante. Eiffel reprend les choses en main et modifie le canal en y ajoutant notamment un complexe système d'écluses. Toutefois, il manque encore l'argent pour finir les travaux...

A peine Ferdinand de Lesseps a-t-il récolté un peu d'argent qu'il l'utilise pour verser des pots-de-vin aux journalistes, afin qu'ils ne dévoilent pas l'ampleur du désastre financier qu'est le canal de Panamá. Dans le même temps, il corrompt des dizaines de ministres et de hauts fonctionnaires, de façon à faire taire les protestations, et surtout pour que des lois soient votées en sa faveur : un texte officiel lui permet ainsi d'émettre des emprunts à lots, type particulier d'emprunt dont une partie est remboursable chaque année par tirage au sort d'un certain nombre de numéros de titres.

Mais malgré toutes ces combines et ces tricheries, la faillite de la Compagnie Universelle du Canal Interocéanique de Panamá est inévitable, et dès le début de l'année 1889, elle se trouve en liquidation judiciaire. Des dizaines de milliers de souscripteurs sont purement et simplement ruinés !


A gauche : Ferdinand de Lesseps
A droite : Gustave Eiffel

Les conséquences du scandale & l'achèvement du canal

Parmi les politiciens corrompus ou soupçonnés de l'être se trouve Georges Clémenceau, qui doit se mettre à l'écart de la vie politique pendant plusieurs années, bien que sa culpabilité n'ait pu être établie. Ferdinand de Lesseps quant à lui, qu'on avait autrefois surnommé « Le Grand Français », est brisé par le scandale : il sombre dans la sénilité et meurt misérablement le 7 décembre 1894. L'antisémitisme, déjà fort palpable dans cette France de la fin du XIXème siècle, subit un regain d'activité dû à la présence de deux juifs dans le proche entourage de Ferdinand de Lesseps : l'affaire Dreyfus qui éclatera quelques années plus tard en sera le triste exemple.

Enfin, la Société du canal et tout son matériel est finalement rachetée par les Etats-Unis de Théodore Roosevelt en 1904, après que le Panamá ait fait sécession avec la Colombie, sous l'impulsion des américains. Grâce en grande partie à des découvertes médicales majeures permettant de lutter efficacement contre la fièvre jaune et le paludisme, "seulement" 5000 ouvriers meurent en dix ans de travaux, et les Etats-Unis parviennent à achever ce projet colossal.

Le canal est inauguré le 15 août 1914, 34 ans après le premier coup de pioche français !

finipe, 23h58 :: :: :: [1 critique dithyrambique]

:: COMMENTAIRES

 dosch philippe, le 24/08/2008 à 08h30

Bonjour
je suis a la recherche d'information concernent la médaille du Canal de la colonie du Panama des Etats-Unis de Colombie 1880
Cordialement Votre

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