Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Bigre, je me
ronge
les sangs !
Dans ton cul
Parfois, l'Humanité noie amoureusement la démocratie. C'est pourquoi l'Histoire se délite en atteignant le futur de l'individualisme
Nabot Léon ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

14 Octobre 2006 ::

« L'Histoire à la carte »

:: Histoire - Inclassable

Les législateurs fous ont encore frappé, dans leur frénésie habituelle, dans leur débauche de paperasserie et de textes officiels : c'est décidé, la non reconnaissance du génocide arménien par la Turquie en 1915 sera punie par la loi, avec des peines pouvant aller jusqu'à 45000€ d'amende et un an de prison. Le politiquement correct est à ce prix semble-t-il : jusqu'où ira-t-on dans la mièvrerie et la débilisation pour avoir l'air de gens civilisés, compatissants et raisonnables ? Le pire, c'est que la tendance va croissante : déjà, nous avions eu droit à la « Loi Gayssot » en 1990, qui (entre autres) punissait le négationnisme (concernant la Shoah, en l'occurrence). Puis, ce fut récemment le tour d'une loi dont j'ai oublié le nom, reconnaissant le "rôle positif de la France dans la colonisation". Et maintenant, cette loi concernant le génocide arménien.

Quelle foutaise ! Il ne s'agit d'ailleurs même pas de savoir si ces faits historiques sont justes ou injustes, contestables ou incontestables, bons ou mauvais. Non, c'est simplement que ce ne devrait pas être à l'Etat d'écrire l'Histoire. D'autres ont essayé avant, il n'y a pas si longtemps que ça : un petit teigneux allemand et moustachu dès son arrivée au pouvoir en 1933 par exemple. Le pouvoir nazi a en effet réécrit l'Histoire de sorte qu'elle colle à l'idéologie au pouvoir. Je conviens que nous n'en sommes pas là avec cette rafale de "lois sur le devoir de mémoire", mais cela prend un tour singulièrement détestable.

L'Histoire n'a pas à être décrétée, c'est une discipline qui doit faire l'objet d'études critiques, de confrontations, de comparaisons, de documentations, et cela sans passions démesurées ni orientations partisanes. L'objet doit en être la recherche de la vérité. Or désormais, la vérité est figée, et si l'on n'est pas content, on paye une amende : pour le coup, les pires négationnistes vont pouvoir se sacrifier sur l'autel de la liberté d'expression bafouée.

Je ne félicite donc pas ces politicards qui ont baissé leurs frocs devant les neuneus du bien-pensant : aux chiottes la gauche qui a proposé ces lois débiles d'autoflagellation et de formatage historique, aux chiottes la droite qui n'a rien dit contre. Aux chiottes la loi Taubira, aux chiottes la loi Gayssot, aux chiottes la loi sur le rôle positif de la France dans la colonisation. Aux chiottes les donneurs de leçons internationaux et les pénitents incurables.

Politicards, politicardes : laissez les historiens faire leur boulot, et faites plutôt le vôtre, vous avez largement de quoi vous occuper sans venir vous mêler de ce qui ne vous regarde pas.

finipe, 02h09 :: :: :: [9 cris de désespoirs]

:: COMMENTAIRES

 draleuq, le 14/10/2006 à 16h26

Je ne suis pas sûr de partager ton avis sur le sujet : on ne peut pas comparer une loi interdisant le négationnisme et une loi sur le rôle positif de la colonisation...
Il est un fait que le révisionnisme et le négationnisme sont interdits en France, pour justement éviter la minimisation, voire l'instrumentalisation de ces faits historiques, pour se prémunir contre le retour du même genre de petit moustachu dont tu parles... Se reporter aussi à certains individus pro-palestiniens (bien que je n'aie rien contre les palestiniens, et encore moins pour les israëliens) qui n'hésitent pas à dire qu'Hitler n'a pas fini le boulot...
Il y a un vrai danger à laisser une tribune ouverte à ces types-là : la liberté d'expression, comme toutes les libertés, doit avoir certaines limites si on ne veut pas que le monde disparaisse dans une conflagration sanglante (si tant est que ce ne soit pas déjà le cas)
En tous cas, certains ont dit que si le négationnisme de la shoah est interdit, il est logique et cohérent que celui du génocide arménien le soit aussi.
Il y a des images, des témoins oculaires, et pas de fumée sans feu, sans mauvais jeu de mots. Et quand je vois ces nationalistes Turcs hurler au scandale, appeler au boycott de Danone et de Total (encore que pour Total, j'ai rien contre ;o) et dire que la France doit "reconnaître le génocide des algériens", ben je me dis que j'ai pas trop envie, effectivement, de voir ces gars-là dans l'Union Européenne...

 finipe , le 14/10/2006 à 16h49

En fait, il ne s'agit à mon sens pas de traiter les faits comme ayant eu lieu ou non : il est clair que le négationnisme est moralement condamnable, mais de là à dire qu'il l'est légalement, c'est une autre affaire. En premier lieu, je me dis effectivement que oui, il faut le punir légalement. Mais on ne peut pas fixer de limite à ce qui est et n'est pas punissable légalement, c'est bien là le noeud du problème : doit-on laisser les politiciens décider de ça ? Je crois que non : c'est le travail des historiens, et la loi est trop strictement binaire pour définir des limites.

De même pour le génocide des arméniens : laissons les intellectuels turcs faire leur travail et changer les mentalités dans leur pays, pour leurs dirigeants. C'est précisément en donnant des leçons de ce genre aux autres que l'on s'aliène leur sympathie, voire leur respect. Rien n'empêche les politiciens et intellectuels français de militer pour la reconnaissance du génocide arménien par les turcs (et j'espère qu'ils le font), mais cette loi est de trop.

 Silgu, le 14/10/2006 à 18h16

Etrangement Fifi, je sens que tu vas encore une fois t'attirer l'inimité d'une "majorité" bien pensante et politiquement correcte.

 finipe , le 14/10/2006 à 18h34

Tout dépend de quelles intentions ça procède : pour connaître suffisamment draleuq, je sais que c'est tout sauf de la mièvrerie intellectuelle huhuhu.

Par contre, mon cher Silgu, tu as raison sur un point : c'est tout à fait le genre de sujet sur lequel on se fait facilement cataloguer comme "gros vilain fachiste".

 finipe , le 14/10/2006 à 20h12

Je viens de trouver un lien sur la question, m'apercevant en même temps que j'ai quelques mois de retard...

[http]

 Lohen, le 16/10/2006 à 12h43

Je partage à 100% l'avis de finipe.
Sans porter de jugement sur la moralité de la reconnaissance d'un génocide ou du négationnisme, le fait est qu'encadrer légalement ce qu'a été l'Histoire pose un vrai problème : combien de "vérités historiques" ont eu leur perception modifiée, complétée, amputée, au fur et à mesure de certains découvertes ? Ecrire dans le marbre de la loi ce qu'a été l'Histoire revient à la figer et à refuser de fait tout nouvel indice, preuve, découverte quelconque, qui viendrait à modifier la perception que l'on a d'un évènement historique.

La désinformation pendant la Grande Guerre en est un exemple : les pouvoirs respectifs des pays en cause écrivaient l'Histoire (cf. un billet précédent), le tout selon une justification stratégique de contrôle moral de l'opinion. On pourrait aussi penser à l'interdiction de chanter la Chanson de la Craonne, levée il n'y a pas si longtemps, et malgré tout encore appliquée dans le faits ?

La question de ce qu'a été l'Histoire et celle de la moralité des évènements qu'elle relate sont deux questions différentes, dont le traitement ne peut pas être le même.

 draleuq, le 17/10/2006 à 12h03

Tu as raison sur le fond, Lohen... Il est clair qu'il ne s'agit pas de légiférer sur "c'est qui qu'était méchant pendant la guerre de 70", et qui a agressé l'autre pendant la guerre de 30 ans...
Il faut effectivement laisser la porte ouverte à de "nouveaux indices"... mais je doute qu'un quelconque indice vienne prouver l'inexistence ou la trivialité des génocides juif et arménien. Nous sommes là devant des horreurs qui n'ont pas leur équivalent dans l'histoire contemporaine, et dont on a encore vu récemment (Cambodge, Bosnie, Rwanda, et maintenant Darfour...) que certains n'ont toujours pas compris qu'on ne PEUT PAS trucider des gens parce qu'ils sont bleus, qu'ils viennent de Mérouby-les-Quiquettes ou qu'ils adorent le Dieu Bidochon...

 finipe , le 17/10/2006 à 12h33

Pour ma part, je modère quelque peu mon jugement sur des faits tels que l'Holocauste, pour une raison simple : les allemands, intellectuels, politiciens et simples citoyens, ont accepté cette part sombre de leur Histoire, même si aujourd'hui encore ça leur fout les boules. Dès lors, légiférer sur la question me paraît nettement moins problématique que pour la Turquie, qui n'a pas fait tout le travail de mémoire que l'Allemagne a pu faire de son côté.

 Lohen, le 17/10/2006 à 19h15

Effectivement mon intervention portait essentiellement sur le fond, et je doute également qu'un changement radical de la perception de ces évènements advienne.

Peut-être que si loi il doit y avoir, son champ d'action devrait être différent :
plutôt que de porter sur ce qui est ou n'a pas été dans le cas d'un génocide identifié, ne pourrait-elle pas s'attacher à imposer une rigueur historique (à définir) lorsqu'une thèse / théorie est affichée sur le sujet, rigueur dont l'absence serait alors condamnable ?

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