Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Patience et longueur de temps
Non mais
quel con !
Ces temps-ci, l'ignorance répudie doucement l'intelligence, tant et si bien que l'amitié s'enfuit, immobile depuis les cieux de l'indifférence
Jean-Sol Partre ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

7 Mars 2012 ::

« Le monde à l'envers »

:: Paparatzi

Quand le moment du monde à l'envers est venu et que c'est être fou que de demander pourquoi on vous assassine, il devient évident qu'on passe pour fou à peu de frais.

Louis-Ferdinand Céline (Voyage au bout de la nuit)


Ils ne parlent plus que de ça, à nouveau.

Un étudiant américain (ah non, c’est vrai, il est « d’origine sud-coréenne », c’est important ça, petit !) a encore pété un plomb, c’est le cas de le dire.
Il a encore pris une arme à feu, ce qui relève de l’exploit, vu comment c’est difficile à trouver dans ce pays.
Il s’est encore mis à défourailler à tout va dans les couloirs et les salles d’une université.
Il a encore tué à l’aveuglette des dizaines de ses condisciples.
Il a encore « retourné l’arme contre lui » (décidément, je ne me lasse pas de ce délicieux euphémisme journalistique), ce qui veut dire qu’en gros, content de son FPS[1] de deux heures, il a stoppé la partie en se faisant péter le caisson.

Quel manque de chance quand même, un phénomène aussi grave et aussi récurrent, dans un pays béni par Dieu, que dis-je, dans un pays choisi par Dieu pour anéantir l’Axe du Mal.

Mais au-delà de tout ça, ce qui est fantastique – au sens littéraire du terme – c’est la réaction immédiate de plusieurs sénateurs républicains qui ont déclaré :
- C’est horrible ! Il faut absolument donner des armes aux professeurs pour qu’ils puissent se défendre et défendre leurs élèves !

Et un autre a même dit :
- Je suis horrifié ! Il faut permettre aux étudiants d’être armés afin de pouvoir se défendre contre ce genre de forcené !

Mais en voilà une bonne idée !

Eh bien moi je propose plein d’autres mesures analogues pour rendre notre monde meilleur :

- Pour lutter contre le SIDA, il faut interdire l’usage des capotes
- Pour lutter contre l’insécurité sur la route, il faut supprimer les limitations de vitesse, les feux rouges, les ceintures de sécurité, autoriser à conduire bourré
- Pour lutter contre le cancer, il faut totalement détaxer l’alcool et le tabac
- Pour lutter contre la pollution, il faut complètement détaxer l’essence et encourager tout le monde à la surconsommation d’énergie
- Pour lutter contre l’illettrisme, il faut abaisser l’obligation scolaire à 12 ans au lieu de 16, et rendre toutes les écoles payantes (et très cher… l’argent sera directement reversé aux profs, bien entendu)


L'acteur Charlton Heston, figure de la National Rifle Association,
le lobby le plus puissant des Etats-Unis, qui soutient[2] activement la Busherie
depuis 2000. A chaque congrès annuel, il brandit son nougat et proclame
le serment suivant sous les hourrah de la foule en délire :

« From my cold, dead hands ! »
« Pour me la[3] prendre, il faudra me passer sur le corps ! »


Copyrat draleuq 2007


_________________________________
1. FPS : "first person shooter". Pour les non-initiés, il s'agit d'un type de jeu vidéo où on tire sur tout ce qui bouge.

2. Du moins soutenait, puisqu'il est décédé en 2008... Il fut président de la NRA de 1998 à 2003, et déclara sa maladie d'Alzheimer en 2002 (cause à effet ?). Sa dernière apparition dans un film, peu glorieuse, est son interview par Michael Moore dans le film "Bowling for Columbine"

3. Il parle de sa connerie, vous l’aviez tous compris.

draleuq, 19h17 :: :: :: [8 critiques dithyrambiques]

:: COMMENTAIRES

 Brath-z , le 07/03/2012 à 22h31

Encore une protestation outragée ! Un FPS, comme son nom l'indique, c'est un jeu de tir à la première personne, pas un jeu où il faut défourailler tout ce qui bouge. Ça, c'est un genre particulier de FPS, le "doom-like", de Doom, jeu mythique s'il en fut, où il fallait effectivement tirer sur tout ce qui bougeait à l'écran.

 draleuq , le 07/03/2012 à 22h56

Hum hum... Encore une fois, tu chipotes, mon pote :-)
Je connais assez bien les FPS, et franchement, à part ceux où tu n'es pas tout seul (là faut juste pas tirer sur les collègues, encore que généralement même quand tu le fais ça ne leur fait pas grand mal), il faut reconnaître qu'on te demande de shooter tout ce qui se présente dans ta ligne de mire.
Je pense que c'est sans danger... sauf pour 20 % qui deviennent addicts, et 1% de déséquilibrés mentaux.

 johnny cleg, le 08/03/2012 à 20h46

Et pour lutter contre la violence au collège, il faudrait interdire la présence d'élèves face aux profs ... Pourquoi tant de haine ??!

 draleuq , le 08/03/2012 à 21h37

Oula oula, keski s'est passé ?
Toi, tu passeras dans mon bureau demain à la première heure... :-)

 Brath-z , le 09/03/2012 à 13h32

Ben je suis loin d'être un spécialiste en matière de jeux vidéos, mais quand j'étais môme, en salle d'arcade, je jouais souvent à un FPS dans lequel il fallait tirer sur des terroristes, et au contraire éviter les otages.

 Brath-z , le 09/03/2012 à 13h34

Par contre, même le 1% de fous qui vont faire ça en vrai, je ne suis franchement pas sûr que les FPS ni d'ailleurs d'autres jeux vidéos, aient la moindre influence. Il y a tout un monde entre le maniement d'une arme dans un jeu vidéo et le maniement dans la réalité.

 draleuq , le 09/03/2012 à 17h27

Pour qualifier les FPS, on voit aussi parfois l'expression "shoot them all" ou "shoot them up"...
Sinon, s'il y a effectivement tout un monde entre s'entraîner pour de vrai dans un club de tir (ce que font inévitablement les "mass murderers" avant de passer à l'acte) et jouer aux FPS, on observe quand même très souvent que les dits mass murderers jouaient également aux FPS. Ce qui ne veut pas dire qu'il y ait un lien de causalité, effectivement. Le lien de causalité est peut-être à chercher dans l'autre sens...
L'influence des médias, films ou jeux video, me paraît tout de même plausible sur des types "très fragiles", et susceptible de les aider à franchir le pas. Dans la chambre d'un ado de 14 ans de la banlieue nantaise qui avait poignardé à mort une fille de son collège il y a quelques années, on a trouvé un tas d'affiches de "Scream", et des déguisements à l'avenant. Je me souviens de sa réponse aux flics quand ils lui ont demandé pourquoi il avait fait ça : "je voulais savoir ce que ça fait de tuer"...

 Brath-z , le 09/03/2012 à 22h15

J'ai tendance à considérer, pour ma part, que c'est précisément parce qu'il voulait savoir ce que ça faisait de tuer que, précisément, il avait cette passion morbide pour Scream (et je me souviens en effet de ce fait divers absolument horrible). Cela me rappelle le cas très connu de ce type qui voulait s'engager dans la Légion "parce que je veux tuer" et qui a été refusé.
Un certain nombre d'individus, fort peu statistiquement, éprouvent suffisamment ce genre de pulsions violentes et morbides pour envisager sérieusement un passage à l'acte. Quant à savoir si ce passage à l'acte est facilité par ce genre de contenus, j'ai de très sérieux doutes. On a mit des décennies à reconnaître que, si le spectacle de la violence pouvait exceptionnellement et dans des cas très particulier encourager à la violence, il était le plus souvent facteur de catharsis, avec toute l'ambiguïté de la catharsis (à la fois comme borne empêchant l'effectivité de la violence et comme instrument d'acceptation de la violence comme norme du comportement).

Sur les jeux vidéos, la thèse généralement transmise est que l'immersion du joueur et l'interactivité avec un environnement, tout virtuel qu'il soit, aurait tendance au contraire à aider à passer le cap de l'éventualité vers l'effectivité. Cependant, il n'y a guère d'éléments à l'appui de cette thèse, et d'ailleurs quand le Sénat des États Unis d'Amérique a conduit une commission visant à établir le lien entre l'usage des jeux vidéos violents et le massacre de Colombine, le seul élément qui a été retenu par les lobbys anti-jeux vidéos (oui, il existe tout à fait officiellement plusieurs lobbys dont l'objet est de lutter contre les jeux vidéos aux États Unis d'Amérique, tout à fait) a été l'amélioration de la coordination main-œil. C'est peu...

Le truc, c'est qu'on ne passe pas directement du stade de l'individu, même fou à lier, qui joue à des jeux vidéos où l'on tire sur tout ce qui bouge à celui du tireur fou. Il y a un nombre considérable d'étapes intermédiaires, trop pour qu'on puisse considérer sérieusement qu'il y a lien de causalité, même lointain, entre les deux éléments. Au mieux, l'utilisation abusive de jeux vidéos violents est un facteur parmi des dizaines d'autres bien plus déterminants, dont le moindre n'est pas, tu l'as évidemment remarqué, l'accès aisé aux armes à feu et munitions.

Enfin bon, des travaux (très intéressants d'ailleurs) de sociologues font évoluer la question, petit à petit. D'ici quelques décennies, peut-être, on aura une idée à peu près correcte de l'influence des jeux vidéos sur les comportements violents.

Sinon, il y a aussi ça : [http] ^^

:: QUELQUE CHOSE À DIRE ?

Formulaire commentaire

Contact

  • Veuillez remplir tous les champs suivis d'un astérisque
  • N'oubliez pas l'antispam !