Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Je vais te
ratiboiser
la colline !
Pauvre
tocard...
De temps en temps, l'envie embrasse silencieusement la démocratie. Ce faisant, la justice s'enfuit en courant vers l'au-delà de l'existence
Lao Meuh ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

8 Décembre 2006 ::

« Télé réalité : les nouveaux gogols »

:: Misanthropie

Depuis plusieurs années maintenant que ce genre d'émission existe, je n'ai de cesse de ressasser mon profond mépris, ma haine farouche et inextinguible pour ces stupides programmes qu'on nomme "télé réalité". Voir ces pauvres gens s'exhiber et se ridiculiser volontairement, sous le regard avide et malsain de millions de téléspectateurs voyeurs, cela me met dans un état de rage physique. Réellement. Dès qu'une séquence de ce type d'émission m'est par hasard offerte, fût-elle très courte (ce qui est généralement le cas, puisque je m'empresse de zapper — sans quoi j'eusse déjà détruit un certain nombre de télévisions), mon état vire à l'atrabilaire : je suis profondément et viscéralement ex-as-pé-ré.

Et pour tout dire, j'aurais bien craché mon atrabile ici-même plus tôt, mais sous les dehors d'un cynisme à la mode, il est devenu très consensuel de jeter des assertions péremptoires telles que "la télé réalité c'est d'la merde". Difficile, donc, d'ajouter une pierre constructive à l'édifice des persiflages contre ces émissions : notons que, très probablement, une grande partie des persifleurs incriminés tiennent ce type de propos pour ne pas avouer qu'au détour d'une télécommande malencontreusement tombée entre leurs mains, ils se délectent de cette hideuse télévision, tout seuls dans leur coin, comme des chiens craintifs, en buvant leur honte jusqu'à la lie.

Alors il me fallait essayer de trouver un angle analytique un peu plus sérieux peut-être, pour ne pas verser dans le sarcasme gratuit et facile. Et finalement, imaginant tous ces gens prêts à se ridiculiser devant le monde entier pour quelques secondes de gloire, j'ai fait le parallèle avec les crétins ordinaires d'autrefois, les idiots du village. Le simplet d'antan, qui passait devant quelques bonnes gens, et recevait des quolibets, et parfois une gourmade de la part des plus vindicatifs d'entre les gens "normaux". C'était une habitude, un comportement social admis par la majorité, et nul ne s'offusquait que l'on mît en boîte le débile du quartier.

Heureusement, il y avait aussi le rire, qui permettait de dédramatiser beaucoup de choses : les acteurs et auteurs comiques se moquaient de tous ces travers qu'on préférait reconnaître chez les autres plutôt que chez soi, sans doute pour être bien sûr de sa propre supériorité. Molière ridiculisait les Précieuses, les médecins et les faux dévots, Marivaux frottait habilement les côtes de la noblesse, et Beaumarchais foulait allègrement du pied les institutions royales et les grands du royaume. Et puis, d'autres, moins littéraires, moins subtils et moins connus, mais tout aussi drôles, écumaient les théâtres et les villages pour offrir des farces grotesques ou grivoises, ridiculisant tour à tour le bègue, l'ivrogne, le cocu ou l'imbécile...

Mais aujourd'hui, les choses ont changé : de nouveaux comportements ont dû être admis comme étant conformes aux bonnes moeurs, tandis que d'autres devenaient incongrus. Parmi les nouveaux interdits, il est devenu notamment tout à fait hors de question de se moquer du faible, de l'idiot, de l'ivrogne ou du handicapé, c'est désormais très politiquement incorrect. Alors, les fabricants d'émission de télévision ont trouvé LA solution : ils ont directement invité les crétins à se présenter eux-mêmes, sans passer par le prisme de la farce. Plutôt que de payer des acteurs pour singer le cocu, ils ont directement payé des hommes pour tourner la tête des femmes fidèles. Plutôt que de payer un auteur pour se moquer de l'alcoolo de service, ils ont directement payé une bouteille à l'arsouille. Et puis ils ont mis des tas de spectateurs devant eux pour s'en moquer.

Ainsi donc, désormais, le gogol peut venir à la télé, ravi d'exhiber sa stupidité ou ses problèmes, et nous autres braves gens du village, pouvons contenter notre sadisme en riant de lui.

finipe, 23h17 :: :: :: [4 contestations]

:: COMMENTAIRES

 Lohen, le 09/12/2006 à 13h45

Tu crois que les blogs (avec toutes leurs nuances dont l'immense diversité m'est très peu connue, je dois bien le reconnaître) peuvent s'incrire dans la mouvance de la téléréalité que tu décris ici ?

 finipe , le 09/12/2006 à 14h33

Ben y a quand même une différence majeure : derrière un blog, il n'y a pas un producteur qui tire les ficelles et qui s'en met plein les fouilles... M'enfin, quand on voit certains skyblogs, c'est vrai que ça laisse rêveur.

 draleuq, le 09/12/2006 à 15h19

Petite remarque au passage, totalement hors-sujet : lorsque j'ai lu ton billet, ma sensibilité orthographique a été heurtée par ta manière d'écrire "persifflage" avec deux f... Mon instinct lexical, ou ma mémoire visuelle à long terme, je ne sais lequel des deux, me poussait à croire que ça s'écrivait "persiflage". J'ai donc vérifié pour en avoir le coeur net, et la réponse est pour le moins consensuelle : nous avons tous les deux raison.
A l'origine, ça s'écrivait bien persiflage, mais le mot fait partie des nombreux qui ont été récemment "harmonisés avec leur substantif originel" par l'Académie Française. "Persifflage" fait donc partie de la nouvelle orthographe qui devrait donc supplanter progressivement l'ancienne, mais comme le précise ladite Académie Française, "aucune des deux orthographes ne peut être tenue pour fautive".

 finipe , le 09/12/2006 à 19h41

C'est vrai qu'en l'écrivant, j'avais d'abord mis instinctivement un seul f, puis j'avais corrigé aussitôt en pensant au verbe siffler. Ça m'apprendra à ne pas ouvrir de dictionnaire...

N'empêche, je vais corriger et mettre un seul f, parce que je suis pas fan des modifications de l'Académie Française. J'aime bien les exceptions et les petites difficultés :)

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