Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Il faut essayer d'obliger tout le monde
Et ta soeur ?
Somme toute, la Femme décroche amoureusement le respect. C'est ainsi que la justice s'échappe en courant vers l'enfer de l'imagination
Caporal de Bol ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

6 Mai 2012 ::

« J'm'en fous ch'rai mort, alors ! »

:: Paparatzi

Mission accomplie ! Voici venir la dernière chronique rééditée (tout en étant inédite, que voulez-vous rien n'est simple) de cet interminable quinquennat du Sarko-show... Comme promis, j'ai fini avant (eh oui, quelques heures avant, c'est quand même avant !) sa réélection, et peut-être même avant sa défaite. Je m'explique : en allant voter ce midi, j'ai fait une expérience mystique. Dans l'isoloir, j'ai confectionné un petit avion en papier avec le bulletin Sarkozy. En sortant, je l'ai lancé en l'air en me disant : peut-être que le lieu où il atterrira sera un signe. Et après avoir virevolté quelques instants au dessus de la route, il s'est écrasé tout droit... dans le caniveau. Moi je vous dis, c'est de bon augure !

Pour exécuter de grandes choses, il faut vivre comme si on ne devait jamais mourir.

Luc de Clapiers, Marquis de Vauvenargues.


C’est fou comme parfois certaines actualités du moment, qui n’ont en apparence rien à voir entre elles, se mettent d’elles-mêmes « en réseau », comme on dit maintenant, un réseau qui devrait normalement résonner fort dans les consciences… de ceux qui en ont une.

Tenez par exemple, il y a eu l’échec de la conférence de Copenhague sur le changement climatique. Naturellement, si je peux oser l’adverbe, le moins que l’on puisse dire est que cet échec n’est pas étonnant : les spécialistes n’en attendaient rien, du moins ils s’attendaient à ce que tous les pollueurs restent fièrement campés sur leur position de pollueurs, et ils n’ont pas été déçus, car effectivement il ne s’y est rien passé. On s’est tous quittés bons amis, en partageant le champagne et les p’tits fours, mais le fait est là : on en est au point mort.

Depuis, il y a eu l’échec de la conférence de Durban sur le changement climatique. Naturellement, si je peux oser l’adverbe, le moins que l’on puisse dire est que cet échec n’est pas étonnant : les spécialistes n’en attendaient rien, du moins ils s’attendaient à ce que tous les pollueurs restent fièrement campés sur leur position de pollueurs, et ils n’ont pas été déçus, car effectivement il ne s’y est rien passé. On s’est tous quittés bons amis, en partageant le champagne et les p’tits fours, mais le fait est là : on en est au point mort.
Comment ? Que dites-vous ? Je me répète ? Oops, effectivement.

Toujours est-il que je crains qu’à chaque fois qu’il y aura une conférence sur le changement climatique, naturellement, si je peux oser l’adverbe, ce sera un échec et ce ne sera pas étonnant car les spécialistes n’en attendront rien, si ce n’est que les pollueurs restent fièrement campés sur leur position sus citée, et ils ne seront pas déçus, car effectivement il ne s’y passera rien, on se quittera bons amis en partageant le champagne et les p’tits fours, mais on en restera au point mort.

A moins que d’ici-là une catastrophe naturelle directement et indiscutablement imputable au changement climatique ne fasse quelques millions de morts aux Etats-Unis, en Chine, en Inde… Et encore, je ne suis même pas sûr que cela suffise, car tout le problème est dans l’adverbe « indiscutablement ». Mais nous y reviendrons.

En attendant, revenons à la conférence de Copenhague et à son échec, largement prévisible puisque les spécialistes n’en attendaient rien etc. A peu près au même moment avait lieu la tempête hivernale Xynthia qui a dévasté la côte vendéenne, provoquant une montée des eaux qui a détruit moultes habitations et fait de nombreux morts.
Je ne m’étendrai pas sur les turpitudes qui ont fait qu’autant de maisons avaient pu être construites sur des zones inconstructibles qui par je ne sais quel tour de passe-passe étaient finalement redevenues constructibles. Je n’irai pas jusqu’à dire que ceux qui ont fait construire ces maisons en toute connaissance de cause ont un peu mérité ce qui leur est arrivé. Non non, je ne le dirai pas.

Peu après, juste le temps de la préparer, le magazine télévisuel Thalassa consacrait une émission au changement climatique, ce qui est déjà sujet à caution diront certains, car rien ne prouve que la Tempête Xynthia ne soit liée au changement climatique. Autrefois, il y avait des tempêtes hivernales, déjà, c’est vrai. On était peut-être moins imp(r)udent, un peu plus conscient de la supériorité de la nature, on se permettait peut-être un peu moins de jouer aux apprentis sorciers avec les zones inondables juste pour avoir un beau point de vue…

En tous cas, bien que n’étant nullement un habitué de Thalassa, je suis tombé devant ce soir-là, à tous les sens du terme comme vous allez le voir. Le reportage qui m’a particulièrement marqué était une sorte de micro-trottoir, effectué en été sur une plage de la mer méditerranée, où les journalistes demandaient aux gens qu’ils rencontraient ce qu’ils pensaient du changement climatique. Parmi de nombreuses réponses consternantes, notons-en tout particulièrement deux :
- Tout d’abord, une propriétaire d’un logement de vacances donnant directement sur une plage, qui disait que « toute façon, c’est pas sûr, les scientifiques ils disent qu’il va y avoir le réchauffement climatique et la montée des eaux, mais en vrai ils en savent rien. »
- Ensuite, une plagiste bien bronzée en maillot de bain, d’une bonne cinquantaine d’années, voisinant avec un petit garçon qui doit vraisemblablement être son petit-fils (ce détail est de première importance, comme vous allez le voir). A la question du journaliste, elle rigole et dit : « de toute façon y’a longtemps que je s’rai morte, alors ».

Dans ces deux réponses, il y a un concentré des principaux défauts qui mèneront l’homo sapiens à sa perte :
- Le déni : « ils » disent ça, mais « ils » n’en savent rien, dit le quidam moyen. Sauf que quand on parle de « ils », on parle quand même des plus grands experts mondiaux, qui sont à peu près tous unanimes, sauf exception, pour dire qu’on va droit dans le mur. Et ceux qui ne le sont pas sont généralement vendus aux pollueurs et/ou aux politiciens qui les protègent.
- Le j’m’en foutisme, un phénomène bien connu également. Tant que ça ne les touche pas directement, les hommes se foutent de tout ce que l’univers peut compter de déluges, de guerres et de meurtres en tous genres.
- L’individualisme et l’égoïsme, parallèles obligés du j’m’en foutisme, et qui, plus surprenant, s’appliquent également à l’état du monde qu’on laissera aux générations futures, c’est-à-dire à nos propres enfants. A cet égard, la fréquence avec laquelle on entend la phrase « j’m’en fous ch’rai mort » est particulièrement révélatrice.


Caricature de Cardon dans le Canard Enchaîné du 21/08/2002 que j’avais gardée car je l’avais trouvée vraiment extraordinaire et tout à fait révélatrice de l’état d’esprit des puissants. A l’époque, on pouvait encore parler de « préoccupation nouvelle », sauf que ça fait déjà 10 ans. Et que depuis, je me suis rendu compte que ce n’était pas l’état d’esprit que des puissants.

Copyrat draleuq 2010-2012, inédit.

draleuq, 17h08 :: :: :: [2 critiques dithyrambiques]

:: COMMENTAIRES

 squirrel, le 06/05/2012 à 18h31

"nous le savions, mais nous n'y croyions pas" dirons nous dans quelques années, et sans doute bien plus vite qu'on ne le croit.
Ce qui me conforte dans mes impressions : en cette période électorale, on se trompe de débat. Le vrai débat est bien au dessus de ça. J'ai toujours eu la conviction que malgré son "intelligence supérieure", l'homme finirait pas s'autodétruire, et tout ça vient en partie de son incapacité à concevoir qu'il n'est pas un individu isolé mais une part infime d'un tout.

 draleuq , le 06/05/2012 à 23h26

Tout à fait.
Et même si à l'origine c'est pas forcément fait exprès, je trouve que ça tombe finalement assez bien que je publie cette chronique le jour de l'élection présidentielle, alors que vient d'être élu un type qui nous dit que "le changement, c'est maintenant".
Ça nous rappelle aussi qu'on aura beau faire tous les changements qu'on veut sur nos petits problèmes franco-français, et même franco-européens, et même franco-mondiaux, le véritable enjeu est ailleurs. Il est au dessus.

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