Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Je ronge mon
frein, ça fait
mal
Hips !
Burp...
Paradoxalement, l'ignorance assassine joyeusement la religion. Ainsi, la mort s'amenuise en évitant l'enfer de l'indifférence
Ricane ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

1er Janvier 2008 ::

« Un providentiel boulet au siège d'Orléans »

:: Histoire médiévale, 1428

En ce mois d'octobre 1428, la situation de Charles VII est critique : son père, Charles VI le fol, avait signé à Troyes huit ans plus tôt un traité qui dépouillait totalement son héritier au profit de l'Angleterre. L'Aquitaine, et surtout tous les territoires situés au nord de la Loire, sont sous influence ou sous domination anglaise et bourguignonne[1]. Depuis 1422, le roi de France est officiellement Henri VI d'Angleterre, mais Charles VII refuse de reconnaître la validité du traité de Troyes, arguant du fait que son père n'était pas sain d'esprit au moment de la signature.

C'est dans ces circonstances que les anglais vont pour assiéger Orléans, une des dernières cités du nord de la Loire qui reste aux mains des français. A leur tête se trouve le comte de Salisbury, Thomas Montaigu, un homme rude dont l'expérience au combat n'est plus à démontrer : il a écumé les champs de batailles, et s'est distingué à Azincourt, Harfleur, Caen, Avranches, Verneuil... Il est lieutenant général de l'armée anglaise, homme de confiance du régent anglais, le duc de Bedford[2], et il commande une troupe elle aussi rompue à tous les combats : 600 hommes d'armes professionnels, 2250 archers anglais munis du terrible Longbow — le grand arc d'if qui infligea tant de défaites à l'ennemi —, 6 chevaliers à bannière et 34 chevaliers bacheliers. Avec eux voyagent également de nombreux canons légers, des couleuvrines[3], et surtout 3 bombardes tirant des boulets de 60 kilos !

Le 12 octobre, l'armée anglaise est en vue d'Orléans : pas assez nombreuse pour l'encercler, elle construit des bastilles autour de la ville, afin d'essayer d'en contrôler le ravitaillement. Le 21, les anglais mènent une importante attaque sur le pont des Tourelles, au sud de la Loire, une place forte qui enjambe le fleuve : après trois jours d'affrontements et de canonnades, les Tourelles sont aux mains des assaillants, et les français, menés par Dunois et Xaintrailles[4], se replient dans l'enceinte de la la cité.


Le pont des Tourelles, vers 1428

Sur les remparts d'Orléans se trouve un nommé Jehan de Montesclerc (ou Montesiler) : à ses heures de gardes, cet habile couleuvrinier abat chaque anglais qui a le malheur de passer dans son champ de tir. L'artillerie ennemie vise en priorité les tireurs embusqués, aussi Jehan a-t-il une combine pour ne pas se faire repérer : à chaque fois qu'il tue un anglais, il fait semblant d'être lui-même touché et emporté dans la ville... Au soir de ce 24 octobre, le comte de Salisbury inspecte le champ de bataille du pont des Tourelles : il descend de cheval, et, tête nue, gravit les deux étages d'une tour de siège, afin d'étudier les remparts d'Orléans et l'angle d'attaque qu'il convient de choisir.

C'est alors qu'un boulet de couleuvrine est tiré de nulle part : Salisbury est atteint en plein visage ! Le vaillant capitaine anglais a la moitié du visage arraché, et s'effondre en un clin d'oeil, inconscient. Dans Orléans, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre : on parle de justice divine, de vengeance du ciel, on dit qu'un magicien à Meung avait dit à Salisbury de « prendre garde à sa tête », que le capitaine anglais avait fait un rêve prémonitoire la veille... Ce signe du destin apparaît à tous comme un miracle : Dieu est clairement dans le camp des français, et Jeanne d'Arc va pouvoir faire avancer sa bannière[5].


Le siège d'Orléans, image extraite d'un manuscrit du XVème siècle

On félicite tout d'abord maître Jéhan pour son coup d'éclat, mais celui-ci nie en être l'auteur : qui a bien pu tirer ce providentiel boulet et blesser à mort le capitaine anglais ? Tout le monde cherche le responsable du maître coup, et l'on finit par le retrouver : c'est un page, un gosse d'une dizaine d'années, qui passait sur les remparts à ce moment-là. Voyant une couleuvrine et brûlant d'envie de l'essayer, il s'était approché et y avait bouté le feu : la couleuvrine, chargée de poudre jusqu'à la gueule, avait délivré le fameux boulet. Pris de panique, et sûr d'une très sévère sanction, le gamin s'était enfui pour ne pas se faire rosser par le couleuvrinier !

Salisbury, quant à lui, meurt le 27 octobre à Meung, après — une fois n'est pas coutume — une longue et pénible agonie.

Celluy jour de dimenche au soir, voult le conte de Salebris, ayant avec luy le cappitaine Glacidas et plusieurs autres, aller dedans les Tournelles, aprez que elles eurent esté prinses, pour regarder mieulx l'assiecte d'Orléans ; mais ainsi qu'il y fut, regardant la ville par les fenestres des Tournelles, il fut actaint d'un canon que on disoit avoir esté tiré d'une tour appelée la tour Nostre Dame combien qu'il ne fut oncques sceu proprement de quel part il avoit été gecté ; pour quoi fut dès lors et deppuis aussi par plusieurs que c'estoit euvre divine. Le coup d'icelluy canon le frappa en la teste tellement qu'il lui abatit la moictié de la joue et creva ung des yeux : qui fut un très grant bien pour ce royaume, car il estoit chief de l'armée, le plus craint et renommé en armes de tous les Anglois.

Journal du siège d'Orléans (Anonyme)



_________________________________
1. Philippe le Bon, duc de Bourgogne et successeur de Jean sans peur, avait fait alliance avec les anglais.

2. Henry VI d'Angleterre est encore mineur à ce moment.

3. Sorte de petit canon portatif, ancêtre du mousquet.

4. Jean d'Orléans, dit le « Bâtard d'Orléans », comte de Dunois : fils illégitime de Louis de Bourbon, frère de Charles VI. Il fut l'un des grands capitaines des armées françaises. Jean Poton, seigneur de Xaintrailles, était renommé pour sa bravoure. Tous deux furent compagnons de Jeanne d'Arc, au même titre que Gilles de Retz.

5. A ce moment précis, Jeanne d'Arc n'est pas encore entrée à Orléans.

finipe, 22h32 :: :: :: [3 injures]

:: COMMENTAIRES

 draleuq , le 02/01/2008 à 00h46

Excellente anecdote !
Voilà qui commence l'année 2008 tambour battant, voire en boulet de canon ! ;)

 finipe , le 02/01/2008 à 02h11

Ouais, la classe ! En plus, je crois que j'ai l'exclusivité sur Internet :)

 Faust, le 03/01/2008 à 02h00

Une nouvelle année, de nouvelles histoires. Croustillante celle-ci ceci dit.
Merci !

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