Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Faut pas se
mettre la rate
au court-bouillon
Hips !
Burp...
De temps en temps, Dieu escalade amoureusement la religion, de sorte que la vie se délite en évitant le silence du rationalisme
Jean-Sol Partre ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

11 Février 2008 ::

« La conspiration de Cellamare »

:: Histoire moderne, 1718

Ce billet fait partie d'un sujet composé de deux parties :

1. La conspiration de Cellamare
2. La conspiration de Pontcallec



Je continue sur ma lancée des conspirations, conjurations et autres complots, cette fois-ci concernant la Régence de Philippe d'Orléans, période à laquelle je ne m'étais pas encore intéressé ici.



Philippe d'Orléans & l'Abbé Dubois : la Régence

En 1715, Louis XIV meurt après un règne fleuve de 72 ans, marqué sur la fin par des deuils en répétition : il a vu mourir beaucoup de ses fils et ses filles (légitimes comme bâtards), mais également ses petits-fils et petites filles. Ainsi, son héritier Louis XV n'est autre que son arrière-petit-fils ! Agé de 5 ans seulement (comme son arrière-grand-père lorsqu'il devint roi, à la mort de Louis XIII en 1643), Louis XV ne peut régner, et c'est donc son grand-oncle Philippe d'Orléans, fils du frère de Louis XIV, qui devient Régent du royaume conformément à ce qui avait été prévu par Louis XIV lui-même avant sa mort.

Homme intelligent, cultivé, habile et avide d'améliorer les choses dans un royaume qui a connu d'innombrables guerres lors du précédent règne, Philippe d'Orléans commence par casser les dispositions testamentaires qui réduisaient son pouvoir au conseil de régence, réorganise le fonctionnement politique et la gouvernance, puis s'applique à essayer de rétablir les finances du pays, tout en révisant le système d'imposition, extrêmement inégalitaire. C'est ainsi qu'il met à profit les idées de l'économiste britannique John Law, crée la Banque royale, et introduit en France le billet de banque[1].

D'un point de vue plus privé, le Régent est un homme débauché, qui fait du Palais Royal qu'il habite un véritable palais de luxure : il y invite à toute occasion ses amis, ses « roués » comme il les appelle, riant du fait que leurs propensions à la débauche mériteraient sans doute le supplice de la roue... Les fêtes dégénèrent régulièrement en orgies, et Philippe d'Orléans abuse de la chère autant que de la chair. Outre ces vices, il n'en demeure pas moins un homme sensible, résolument peu enclin aux disciplines martiales qu'il tient en horreur, mais doué d'un talent artistique véritable autant pour la peinture que la musique ou la poésie.

Aux côtés du Régent se trouve un homme d'Eglise trouble, Guillaume Dubois, qu'on appelle communément l'abbé Dubois. Dubois a été le précepteur de Philippe d'Orléans, et servit avec efficacité les desseins de Louis XIV pendant son règne. Il a également longuement parcouru l'Angleterre, y découvrant une nation vive, dynamique, résolument capitaliste, dans laquelle il a noué de nombreuses relations. Devenu un des principaux ministres du Régent dès 1715, il a acquis une influence très forte sur le pouvoir[2], devenant l'ami, le confident, et même le mentor de celui qui fut son élève autrefois.


Le Régent Philippe d'Orléans & l'Abbé Dubois

En cassant les dispositions testamentaires de Louis XIV, le Régent a fait des mécontents : parmi eux se trouve Anne-Louise Bénédicte de Bourbon-Condé, duchesse de Maine, petite-fille du fameux Grand Condé qui avait écrasé l'Espagne à Rocroi en 1643. Elle est mariée au duc de Maine, un des bâtards légitimés de Louis XIV et Madame de Montespan, et ne décolère pas que son mari ait été écarté du conseil de régence par Philippe d'Orléans. Dans son sillage, elle entraîne des personnages importants, comme le duc de Richelieu, le marquis de Pompadour, le comte de Laval ou encore le cardinal de Polignac.

Querelle de succession & plans brouillons

Si la France, en ce début de XVIIIème siècle, s'entend bien avec l'Angleterre, il n'en va pas de même avec l'Espagne. De 1700 à 1714, la France et l'Espagne s'étaient livré de violentes batailles, connues aujourd'hui sous le nom de Guerre de succession d'Espagne. A l'issue de conflit, le traité d'Utrecht avait été signé, établissant sur le trône espagnol le roi Philippe V, petit-fils de Louis XIV. En échange, Philippe V devait renoncer à la couronne française, même en cas de mort du dauphin Louis XV. Son premier ministre est un cardinal italien du nom de Giulio Alberoni : ce dernier, afin de récupérer la régence du royaume de France au profit de Philippe V d'Espagne, entreprend de fonder un complot.

C'est ainsi qu'Antonio del Giudice, prince de Cellamare et ambassadeur d'Espagne en France, entre en contact avec la très mécontente duchesse de Maine, qui s'était elle-même rapprochée de la reine d'Espagne et avait deviné les désirs secrets de Philippe V. Pendant ce temps, l'abbé Dubois ne perd pas son temps, et signe le 2 août 1718 la Quadruple Alliance, qui réunit France, Angleterre, Hollande et Saint-Empire dans un même camp, afin de contrecarrer les prétentions espagnoles et maintenir les dispositions du traité d'Utrecht.


Philippe V d'Espagne & le cardinal Giulio Alberoni

Dès lors, des plans sont envisagés par les conspirateurs, avec pour seule caractéristique constante une indécision et une médiocrité sans égal. Une premier coup est tenté : on prévoit d'enlever le Régent lors d'un passage dans le bois de Boulogne, mais les conjurés se trompent de carrosse, et se débandent lamentablement faute de savoir quoi faire... On envisage ensuite d'envoyer 300 individus déguisés en gardes du corps, à la veille de Noël 1718, et de s'emparer de Philippe d'Orléans lors de la messe de minuit, pour l'emmener en Espagne. L'on devrait ensuite le déchoir de la régence, pour le remplacer par Philippe V, qui convoquerait alors les Etats Généraux pour dissoudre les alliances contractées par la France, défavorables à l'Espagne. Mais les comploteurs sont cependant si brouillons qu'aucun acte concret n'émerge de ces tergiversations.

Cellamare, peu capable, pas très malin et manquant résolument d'énergie et de prudence, fait faire de nombreuses copies de ses plans à destination des différents conjurés, mais en s'adressant à des écrivains publics : un des copistes, du nom de Buvat, s'empresse d'aller tout répéter à l'abbé Dubois. Ce dernier charge le copiste de se procurer la liste des conjurés, en laissant courir le complot le temps de l'éventer : Buvat s'acquitte de sa mission avec brio, et bientôt Dubois a entre ses mains des preuves accablantes. Le 8 décembre, une perquisition au domicile de Cellamare révèle de nombreux courriers compromettants, puis tous les conjurés tombent les uns après les autres durant le mois de décembre.

Tous sont embastillés ou exilés loin de Paris pendant quelques mois, mais font bien vite des aveux complets, et finissent par être relâchés : le Régent et l'abbé Dubois jugent avec à propos qu'ils ne sont pas réellement dangereux. Le 27 décembre 1718, l'Angleterre, alliée de la France, déclare la guerre à l'Espagne. La France fait de même le 9 janvier 1719.




Note : il est question de cette conspiration dans le film de Bertrand Tavernier « Que la fête commence » (avec J. Rochefort dans le rôle de l'abbé Dubois et P. Noiret dans le rôle du Régent : un excellent film !), ainsi que dans « Le Chevalier d'Harmental » d'Alexandre Dumas (forcément un bon bouquin, puisqu'écrit par Dumas).



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1. Ce volontarisme plein de bon sentiment sera hélas un échec retentissant : en 1720, la Banque royale fera faillite, entraînant la ruine de milliers de personnes, et une crise financière à l'échelle européenne !

2. Saint Simon, dans ses mémoires, en a fait un homme détestable, ce qui semble du point de vue historique un jugement sévère autant que partial.

finipe, 15h38 :: :: :: [0 assertion inepte]

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