Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Comme disait Joffre, je les grignote !
Pauvre
tocard...
Paradoxalement, l'ignorance décroche atrocement la religion. Ce faisant, la vie s'amenuise, se précipitant vers l'extase du rationalisme
La Piscine ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

13 Novembre 2011 ::

« Sinistrose - 4 : inconséquent, versatile, velléitaire »

:: Baratin

Ce billet fait partie d'un bien sinistre sujet de novembre qu'il vaut mieux éviter de lire et qui en comporte 7 :

Sinistrose 1 - Sinistrose 2 - Sinistrose 3 - Sinistrose 4 - Sinistrose 5 - Sinistrose 6 - Sinistrose 7


Le but de l’homme moderne sur cette terre est à l’évidence de s’agiter sans réfléchir dans tous les sens, afin de pouvoir dire fièrement, à l’heure de sa mort : « Je n’ai pas perdu mon temps. »

Pierre Desproges


Ce matin, à 4 heures, je suis tombé du lit. Au sens figuré, le sens propre ne m’étant plus arrivé depuis un moment. Le sens figuré lui-même ne m’arrive pas très souvent, étant plutôt du soir que du matin. Mais j’aime bien quand ça m’arrive. Ne dit-on pas que la vie appartient à ceux qui se lèvent tôt ?

Tout m’irait à la perfection, à vrai dire, si cette chute de lit inopinée n’était pas due à une insomnie, elle-même née d’une intense activité cérébrale de nature velléitaire.

La versatilité est le plus grand drame de ma pauvre existence, et ce sera le sujet de ce pamphlet furibond contre moi-même.

Con pulsions

Déjà quand j’étais gamin, je me signalais par des entreprises très osées. Les adultes poussaient parfois des cris admiratifs (parfois aussi des cris de terreur) : « Quel sens de l’organisation ! Quelle ambition déjà à son âge ! » Déjà à l’époque, je ne finissais jamais rien.

L’entreprise a toujours été pour moi quelque chose de compulsif : il faut que ça sorte, là, tout de suite, maintenant, toutes affaires cessantes, que je m’y jette à corps perdu. Malheureusement, l’enthousiasme fait presque invariablement mèche courte , et l’élan irrésistible redescend aussi vite qu’il est monté, laissant place à un truc de plus pas fini.

Car je suis un homme très occupé. Tellement occupé en fait que je commence beaucoup de choses et que je ne finis presque rien. Je suis de ces gens qui crèveront forcément (quel que soit l’âge du décès) avec une indicible amertume provenant d’un sentiment d’inachèvement.


Litanie non exhaustive de l’inachevé

Quand je commence un bouquin, il m’arrive fréquemment de ne pas le finir. Il faut dire que j’en commence régulièrement trois ou quatre à la fois.

Ça fait dix ans que je dois reprendre la guitare. Que je « dois », oui…

Il y a des tonnes de gens que je devais rappeler pour ne pas les perdre de vue. Remarquez, il y en a aussi des tonnes qui devaient me rappeler pour le même motif.

J’ai commencé à écrire un bouquin. Plus je le continue, moins je le termine. Vous allez me dire : « eh bien continue-le au lieu de te plaindre sur ton blog que tu ne le continues pas ! » Mais c’est bien là que le bât blesse : j’ai pas envie, pour l’instant. Pas l’inspiration, pour l’instant. Elle reviendra, pour une crise de quelques jours. Puis elle repartira, comme elle est revenue.

J’ai déjà je sais pas combien d’autres idées de bouquins. Je me suis amélioré quand même, il fut un temps où je les aurais commencés aussi. Là, je me suis contenté de prendre quelques notes.

J’ai eu deux enfants, j’ai même pas été foutu de faire en sorte de les élever à plein temps.

« Héclectoclite »

Mon goût pour l’éclectisme et l’hétéroclite me donne des sueurs froides. Mon cerveau, transformé en machine infernale emballée, se refuse à privilégier quelque chose pour en négliger une autre. Mais comment faire, pour le si petit cerveau d’une si petite fourmi perdue dans un si vaste et si complexe monde ? C’est mission impossible. Et pas mission impossible possible, comme avec Tom Crouze ; mission impossible vraiment IMPOSSIBLE. Qui touche à tout du bout des doigts laisse filer pas mal de choses.

Quand on me mettait un dictionnaire encyclopédique entre les mains, 4 heures après j’étais toujours dessus mais j’avais oublié ce que j’y cherchais au départ.
C’est devenu exactement la même chose avec ces sacrés foutus moteurs de recherche internet. Autant vous dire que quand j’ai découvert l’usage que la majorité de mes congénères en faisaient, j’ai réprimé un hoquet !

Mais fi de cette médiocrité, du coup j’ai bâti ce qu’aucuns appellent avec une pointe de pédantisme une « culture générale ».

Culture gÊnérale

Nombreux sont ceusse qui saluent mon IMMENSE culture générale. Mais il ne faut jamais oublier qu’avoir une grande culture générale, c’est savoir beaucoup de choses en général, mais c’est aussi ne savoir presque rien en particulier.

Et puis, j’en ferai quoi, de ma culture générale, quand je casserai ma pipe ? Et même avant, quand je serai un vieillard Alzheimerien ? Il paraît que la culture c’est ce qui nous reste quand on a tout oublié. Ça reste encore à prouver gniiiih gueudfreu gueudfreuuuuu…

Dans la tombe, ma culture générale me sera d’une utilité proche de celle du pognon que j’aurai amassé, c’est dire.

Ah oui ! Il faut que je la transmette ! Et ça tombe bien me direz-vous, c’est même mon métier ! C’est à travers mes élèves que ma culture générale survivra quand je serai mort, Alleluia ! (putain qu’c’est beau !)

Seulement voilà, faut pas faire du transmissif. C’est has been et c’est mal. Nous n’avons rien à leur apporter, les élèves savent déjà tout. Nous sommes juste là pour les aider à « conceptualiser leur pensée ». Les bienfaits de l’école moderne.


Non, non… ne pas… zzzz… dormir… zzzzzzzzz

Je m’en veux de devoir dormir 8 heures par nuit. Dormir, c’est mourir un peu, jusqu’au lendemain.

A une époque, je me suis cru très malin, et j’ai cru pouvoir grignoter du temps supplémentaire en le prenant sur ces 8 heures que nous impose la dictature du rythme circadien. Lourde erreur, car les heures récupérées, ainsi que les autres heures d’éveil, étaient deux fois moins efficaces. C’est mathématique : [(24-4)/2=10] < [(24-8=16)]

La sagesse de l’homme mûr m’a donc fait renoncer à ce miroir aux alouettes.

Vade retro farnientas

Je m’en veux de dormir, mais je m’en veux encore plus quand j’ai envie de ne rien foutre. Toutes ces choses à faire qui remplissent mon agenda toujours trop rikiki, toutes ces choses à voir, à lire, à apprendre, à comprendre et à ressentir, toutes ces choses qui s’amoncellent, et moi qui suis oisif. Comment une hérésie pareille est-elle possible ?

L’inactivité m’insupporte. Si je m’allonge pour un « farniente » (mot qui signifie « ne rien faire »… L’horreur absolue !), dans un fauteuil ou sur la plage, j’ai l’impression qu’une horloge géante au « TIC TAC » cataclysmique se met à résonner entre mes oreilles, avec cette litanie en voix de fond :
« Draleuq, le temps égrène ses secondes, chaque seconde qui passe est irrémédiablement perdue, et toi tu ne FAIS RIEN ! N’as-tu pas honte ? »

Il faudrait que chaque journée de 12 heures dure 24 heures, mais sans empiéter sur la journée de 12 heures suivante et sans fatigue supplémentaire, de sorte que chaque vie de 80 ans en durerait 160, avec conservation des facultés, sans avoir la tremblote ni se baver dessus. Je ne suis pas sûr d’être très clair, mais je me comprends.

Le blog, un combat quotidien

Regardez bien. Cliquez sur les deux mois précédents. A peine créé, ce blog témoigne déjà de ma versatilité sans bornes. Trois billets en trois jours, ça et là, et puis des trous de dix jours sans billet. D’accord, j’étais pas là. Mais bon, j’aurai toujours une bonne excuse à vous donner.

Finipe l’avait bien dit, lui qui me connaît : « fais gaffe, un blog ça se met régulièrement à jour, sinon c’est pas la peine d’en avoir un ! »
C’est donc une lutte de tous les instants, une véritable gageure, jamais réellement gagnée. Pour l’instant je tiens, mais pour combien de temps ?

Pourtant, vous avez peut-être devant les yeux ce qu’il y a de plus abouti dans ma vie, puisque par définition ça peut ne pas finir… jusqu’à ce que mort s’en suive.


Allongez-vous sur le divan

Peut-être qu’au fond, je n’ai pas envie de finir quoi que ce soit. Peut-être ai-je une angoisse, une peur morbide de finir quelque chose. Peut-être pensé-je inconsciemment (essayez, vous, de penser inconsciemment, vous allez voir, c’est chaud !) que terminer quelque chose est un peu comme terminer son existence, et que je vais me retrouver ensuite les bras ballants, sans plus savoir quoi faire (vade retro !), un peu dans cet état d’esprit, avec le doigt sur une touche de piano :

Tadadada tadadada tadadada tadadada
Et maintenant, que vais-jeu faiiiiii-reuh ?

Gilbert Bécaud


Con… Conclu… J’arrive pas à finir le mot

Toujours est-il que pour l’instant, me voir terminer quelque chose, en dehors de mon steack frites, d’un DVD ou d’une pile de copies à corriger (parce que y’a pas le choix !) est du même ordre de probabilité que de voir un phoque jongler avec des pots de yaourt vides sur un fil à linge.

Du coup, je commence à entrevoir l’épitaphe qui pourrait orner un jour ma tombe :

« Ci gît Draleuq. Toute sa vie durant, il a essayé
de commencer à finir quelque chose »

Ou alors, plus simplement :

« Ci gît Draleuq. Toute sa vie durant, il a… »


Ah chers lecteurs ! La versatilité est le poison de mon existence terrestre. D’ailleurs en voici bien la… tuuuut tut tut tut tut...

Copyrat draleuq 2007

draleuq, 20h47 :: :: :: [2 sarcasmes grinçants]

:: COMMENTAIRES

 johnny cleg, le 15/11/2011 à 10h40

- Tu es un éternel insatisfait, en quelque sorte. Mais connais-tu beaucoup de gens pleinement satisfaits ? Les imbéciles heureux, peut-être ...

- Je connais quelques élèves, que tu as aidés à "conceptualiser leur pensée" et à qui tu as quand même apporté un peu plus que ça, qui t'en sont toujours reconnaissants. Des noms ?? T'as une brouette pour que je les y jette ?

- Proposition : si tu cherches un nouveau pseudo, y en a qu'est tombé en désuétude et qui t'irait comme un gant (même si, au départ, c'était une plus petite taille) : EXISTENSIALIS ;)

 draleuq , le 16/11/2011 à 14h46

Snif...
BouuuuUUUUuuUUUUUUUUuuuuuuh !

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