Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Bigre, je me
ronge
les sangs !
On s'en
fout
Parfois, l'on noie silencieusement l'art. Par là même, l'amitié se distingue en évitant le bonheur du post-modernisme
La Piscine ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

17 Février 2007 ::

« Triboulet, un fou très spirituel »

:: Histoire moderne, 1520

Le fou du roi est devenu un personnage cliché de l'Europe Médiévale et Moderne, avec sa représentation de lutin grotesque affublé d'un chapeau à grelots, affairé à quelque cabriole ou moquerie, destinée y compris au roi lui-même. Associé à l'insouciance, la liberté et la folie, le bouffon procure aux convives et au roi le plaisir et le rire, dans des sociétés où les loisirs ne sont pas toujours légions. Mais son rôle ne s'arrête pas là, et est bien plus éminent qu'on le veut bien croire : il est un miroir, un sorte de révélateur négatif des travers du monarque, un personnage bien plus fait d'esprit que de stupidité bonhomme.

L'un d'eux en particulier a laissé une empreinte dans l'Histoire de France : il s'agit de Févrial (ou Férait, ou Feurial), plus connu sous le nom de Triboulet. Paysan né en 1479, non loin du château de Blois, Triboulet est décrit comme étant petit, les oreilles décollés et tombantes, le dos voûté et aplati, de petits yeux et un gros front bombé : il est régulièrement rossé par les enfants du hameau où il vit. Depuis le début de ce XVIème siècle, le château des comtes de Blois est devenu la résidence principale du roi Louis XII, et ce dernier a vu le dénommé Triboulet, et s'est ému de son sort : il le prend à son service, et tente de lui offrir quelques rudiments de bienséance et de bonnes manières, mais sans succès.

C'est ainsi que Triboulet devient le fou du roi Louis XII, et se voit affublé d'un bonnet d'âne à grelots et d'une marotte à son effigie, répliques grotesques des attributs royaux que sont le sceptre et la couronne. En 1515, à la mort de Louis XII et l'accession au trône de François Ier, Triboulet conserve sa place.


Triboulet, dessin de François Clouet
(musée Condé à Chantilly)

Si ce spirituel bouffon n'a su acquérir quelque notion de savoir-vivre que ce soit, il a en revanche développé un don extraordinaire qui consiste à savoir se moquer d'autrui sans qu'on ne lui en tienne rigueur : l'idiot du village se révèle être doté d'un esprit aussi subtil que son corps est contrefait. Triboulet raille tout le monde sans distinction, y compris le roi ; plus encore, il participe indirectement à la vie politique du royaume, assiste aux Conseils et éclaire les décisions par des réparties empreintes de sagesse autant que de sarcasme. Il va même jusqu'à appeler le roi son « Cousin », sans que celui-ci ne s'en émeuve. D'un audace folle, il se permet d'aller corriger un évêque en pleine messe, en déclarant que l'individu faisait du bruit et troublait le recueillement de son « Cousin » !

Personnage adoré et mis en scène par Rabelais dans Pantagruel, on cite généralement parmi ses réparties les plus célèbres les deux suivantes :

  • Menacé de bastonnade par l'amiral Philippe Chabot[1], Triboulet voit le roi François Ier intervenir en ces termes : « Ne crains rien ! Si quelqu'un osait porter la main sur toi, je le ferais pendre dans le quart d'heure qui suit. ». Et Triboulet rétorque, goguenard : « Ah, Cousin ! Ne pourriez-vous pas, je vous prie, le faire pendre un quart d'heure avant qu'il ne m'étripe ? ».

  • Menacé de mort par François Ier, après avoir offensé gravement l'une de ses maîtresses, Triboulet doit choisir la façon dont il sera exécuté. Il déclare alors vouloir « mourir de vieillesse », laissant le roi médusé...

Triboulet meurt en 1536, après avoir finalement réussi à lasser François Ier par son impertinence et son audace. Son nom est passé depuis à la postérité, notamment grâce à la pièce de Victor Hugo Le Roi s'amuse, qui fait de Triboulet un des principaux personnages. Le "triboulet" est également le symbole du Carnaval de Monthey (Suisse Romande), pendant lequel les "triboulets", sortes de bouffons vêtus de rouge, lancent des nuées de confettis sur les passants.


_________________________________
1. Philippe Chabot était l'oncle de Guy Chabot, l'auteur du fameux coup de Jarnac

finipe, 02h49 :: :: :: [4 jubilations]

:: COMMENTAIRES

 Viou , le 18/02/2007 à 13h58

Il n'a pas l'air aussi laid qu'on le prétendait sur la gravure !

 draleuq, le 18/02/2007 à 15h28

Oui, mais Triboulet avait la réputation d'être extrêmement gravurogénique.

 le hargneux "Redizdead", le 19/03/2007 à 20h41

Ca me fait etrangement penser au fou dans le roi lear, qui se moque des frequentation du roi et l'incite dans ses preferences, on voit qu'il a une vision des choses bien plus realiste que le roi delirant... jouant parfois avec sa vie sur certaines repliques assez outrecuidantes pour faire decapiter n'importe quel vassal...
il jou un role bien plus important qu'on ne l'imagine, j'aime ce genre de personnage... je ne connaissait pas triboulet par contre, merci bien...

 GL, le 01/03/2016 à 12h56

Bonjour,

je fais mon mémoire sur les nains de cour au XVI et au XVIIème siècle. J'aurai aimé savoir d'où proviennent vos sources (livre, article) car votre article m'intéresse beaucoup.

Par avance, merci de votre réponse,

GL

:: QUELQUE CHOSE À DIRE ?

Formulaire commentaire

Contact

  • Veuillez remplir tous les champs suivis d'un astérisque
  • N'oubliez pas l'antispam !