Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Il faut essayer d'obliger tout le monde
C'est pas faux
Paradoxalement, l'Homme noie atrocement son destin, de sorte que l'amour s'évade en atteignant les cieux de l'indifférence
Thal l'errant ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

17 Novembre 2007 ::

« La bataille des éperons d'or »

:: Histoire médiévale, 1302

Ce billet fait partie d'un sujet composé de deux parties :

1. La bataille des éperons d'or
2. Mons-en-Pévèle & le Lys d'Arfeuil



En ces temps d'instabilité chez nos voisins Belges, je vous propose ici un épisode historique que certains historiens considèrent comme l'un des actes fondateurs de la Belgique.



Les Matines de Bruges

A la fin du XIIIème siècle, Bruges, riche cité du comté de Flandre (l'industrie textile y est florissante), est agitée par des divisions. D'un côté, les Leliaert (« lei » : le Lys), partisans du roi de France. De l'autre, les Clauwaert (« clauw » : les Griffes — du lion de Flandre, bien sûr), farouchement attachés à leur indépendance. En 1280, une révolte des Leliaert échoue. Entre 1297 et 1301, Philippe IV le Bel envahit la Flandre, prenant prétexte que le comte de Flandre, Gui de Dampierre, a fiancé sa fille Philippa au fils du roi d'Angleterre, le futur Edouard II[1].

Mais en ce tout début du XIVème siècle, la France a malgré tout perdu une grande partie de la puissance qu'elle possédait en Europe durant le siècle précédent : l'Angleterre, qui possède l'Aquitaine, est un vassal remuant et indocile. Le commerce de la laine que les anglais entretiennent avec la Flandre est un pactole qui pousse Gui de Dampierre à solliciter toujours plus de rapprochement avec l'Angleterre, et Philippe le Bel voit la chose d'un bien mauvais oeil : il attire le comte de Flandre à Paris, le fait emprisonner, puis nomme Jacques de Châtillon gouverneur de Bruges[2]. En 1301, le roi et la reine de France font une entrée triomphale dans Bruges : Jeanne de Navarre, impressionnée par les ors de la cité, déclare : « Je me croyais seule reine, et j'en vois des centaines autour de moi ». De fastueuses libations s'ensuivent, mais les Brugeois haïssent bel et bien les français qui occupent leur ville...

Ainsi, au petit matin du 18 mai 1302, des Clauwaert menés par Pieter de Coninck et Jan Breydel, et largement soutenus par les fils de Gui de Dampierre, pénètrent dans les maisons occupées par la garnison, et massacrent ainsi un bon millier de soldats français[3] : Jacques de Châtillon parvient in extremis à fuir la ville, avec une poignée de Leliaert déconfits...

La bataille des éperons d'or

Philippe IV le Bel, apprenant le massacre de sa garnison à Bruges, est furieux : quelques semaines plus tard, il envoie une armée en Flandre pour laver cet affront dans le sang. Plusieurs grands seigneurs du royaume sont là : Jean de Burlas, Renaud de Trie, Guy de Nesles, Raoul de Nesles, Louis de Clermont, Jacques de Châtillon, Jean d'Aumale, Jean d'Eu, Mathieu de Lorraine, Renaud de Boulogne et le commandant en chef, Robert II d'Artois[4]. Ce sont 7.000 chevaliers, 10.000 arbalétriers et près de 30.000 piétons qui composent cette impressionnante armée.

Le 11 juillet 1302, près de Courtrai les attendent les miliciens flamands, en infériorité numérique : composés de paysans et de miliciens, à peine soutenus par quelques chevaliers, les flamands et le comté de Namur (actuelle Wallonie) n'ont ni l'expérience ni l'armement des français. Ils sont environ 20.000, stationnés sur des hauteurs, à l'abri derrière des fosses.

La bataille s'engage avec les arbalétriers, qui prennent l'initiative et font basculer dès le départ la bataille du côté français... Rapidement, les fantassins avancent pour en découdre avec les miliciens flamands, mais la chevalerie française s'impatiente : Robert d'Artois donne l'ordre de charger, quitte à pousser les fantassins qui gênent... Et comme à Crécy 38 ans plus tard, c'est la catastrophe ! La lourde et orgueilleuse cavalerie se brise sur les fossés et les flèches de l'armée flamande, qui se rue sur les cavaliers gisant au sol, vulnérables : plutôt que de capturer les chevaliers pour les rançonner, l'armée de Flandre les massacre sans pitié à coup de barres !

Lorsque les brumes de la bataille sont dissipées, des milliers de cadavres jonchent le sol boueux, dont Robert d'Artois et Jacques de Châtillon. En guise de trophée, les flamands ramassent les éperons dorés des chevaliers, pour les accrocher dans l'église Notre-Dame de Courtrai.


La « bataille des éperons d'or », par Nicaise de Keyser (XIXème siècle)



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1. Qui, nous l'avons déjà vu ici et ici, se mariera avec Isabelle de France, et finira très mal sa vie !

2. Jacques de Châtillon (ou Jacques de Saint-Pol) était l'oncle de la reine de France, Jeanne.

3. Afin de reconnaître les français avec certitude, les flamands auraient demandé à chacun de prononcer les mots Schield en vriend (« Bouclier et ami »), que seul un flamand peut prononcer sans accent.

4. C'est son fils, Robert III, qui sera aux prises avec Mahaut pour la succession de l'Artois dont Maurice Druon nous narre les aventures dans les « Rois maudits ».

finipe, 01h10 :: :: :: [3 cris de désespoirs]

:: COMMENTAIRES

 Lohen, le 18/11/2007 à 12h12

Pour préciser : les éperons avaient été accrochés à la voute de l'église, ce qui donnait l'impression d'un ciel étoilé.

Ces éperons furent plus tard récupérés par les français, et considérés comme des reliques, lors de la boucherie de Roosbeek, au cours de laquelle les chevaliers français "lavèrent leur honneur", et qui fragilisa sans doute l'esprit de Charles VI, alors très jeune.

 finipe , le 18/11/2007 à 16h16

Ouaip, je parlerai de la revanche à propos de la bataille de Mons-en-Pévèle justement.

 micor, le 01/07/2015 à 00h06

le comté de Namur (actuelle Wallonie)...
Distraction plus qu'erreur, sans aucun doute !
Namur est en Wallonie mais n'est pas la Wallonie.

Il est vrai que les frontières sont fluctuantes ; héritage d'un
monde ancien, orgueilleux et belliqueux, qui espérons-le est
en voie de disparition

Un habitant de l'ancienne principauté de Liège (972-1789)

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