Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Le boulot,
ça me
réussit pas
Pauvre
tocard...
Aujourd'hui, la Femme répand irrémédiablement la démocratie. C'est ainsi que la vie s'enfuit en rampant depuis le futur de l'individualisme
La Piscine ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

17 Octobre 2006 ::

« Vapeurs »

:: Nombril

Vendredi dernier, tandis que, en toute quiétude, je rentrais d'un périple musico-fraternel sur la côte atlantique, je sentis en moi s'insinuer la fielleuse humeur maligne d'un être microscopique. Ignoble bactérie, vicieux microbe, je ne pus savoir alors clairement de quelle infamie unicellulaire il s'agissait, mais j'étais certain qu'on s'en prenait à moi : le petit grattement de gorge caractéristique était bien là, présent, qui faisait doucement son parcours. La truffe humide, l'oreille bourdonnante, je rentrai alors en mes pénates, mon home qui me sembla plus sweet qu'à l'accoutumée, tant je me réjouissais de me glisser au chaud dans une simple et douillette paire de pantoufles. Le reste de la soirée s'écoula ainsi paisiblement, mais plus le temps passait, et plus il devenait évident que quelque chose se reproduisait à grande vitesse dans mon organisme, transformé pour l'occasion en garde-manger viral. Je me couchai ainsi, la goutte au nez et la gorge troublée.

Mais le lendemain ! Morbleu, le lendemain... La guerre était déclarée : impossible de déglutir, de respirer, la tête telle un fruit mûr. Je m'extirpai hors de mon lit, claudiquai vers la cuisine afin d'y préparer un salvateur café, et dus m'y reprendre une bonne dizaine de fois, l'esprit flou et le sang cognant contre mes tempes. Tandis que je me reprenais pour la quatrième fois à installer un filtre dans la machine, une lueur intense m'aveugla : du couloir surgissait un rayonnement des plus malfaisants. Je fis volte-face dans un réflexe primaire de survie, me protégeai de mes bras et eus l'abjecte sensation qu'on me badigeonnait de limaces fraîches, ou d'une décoction à base de glaires d'escargots. Un long frisson glacial courut le long de mon dos, et je roulai au sol pour me dégager de l'étreinte qui cherchait à m'oppresser. Dans un éclair, j'aperçus à ma gauche un pied d'asperge géant qui jouait du trombone à coulisse : décrivant un brusque et violent arc de cercle de mon bras gauche, je me saisis du légume pour en faire une arme improvisée, et l'arrachai du carrelage tout gluant de chocolat et de sauce au curry.

La course s'engagea, haletante, au milieu de l'appartement : je bondis sur le canapé, esquivai de justesse un tentacule mauve que j'identifiai comme ma lampe hallogène, puis, repoussant violemment la table basse d'un coup de pied asséné dans un dérapage des plus approximatifs, je coupai la route à la poubelle qui me menaçait en chantant du Vincent Delerm. Bloqué là, entre un tentacule mauve et une poubelle obscène, une asperge mutante à la main, la fin m'apparut comme inéluctable : c'était un de ces instants infinis, qu'on croit avoir déjà vécu, qu'on ne peut situer, qui nous font parfois réfléchir à la distorsion des choses et leur perception, un moment suspendu et décisif. Je projetai l'asperge sur le tentacule en effectuant une savante bien que maladroite contorsion visant à passer par-dessus la table basse. Le sort me sourit, car du plafond se mirent à choir de grosses gouttes de yahourt bulgare, qui rendirent ma glissade plus fluide.

Le tentacule mauve, transpercé en pleine ampoule hallogène, hurla à plein poumon : « Gloria ! In excelsis deo ! ». C'était l'hallali : la poubelle, hagarde, tenta de s'enfuir, mais le yahourt bulgare formait d'épaisses plaques collantes au contact de la sauce curry et du chocolat : les refrains obscènes se turent, noyés sous une mélasse noirâtre et odieuse. Encore haletant, je titubai vers le tentacule qui, agité de soubresauts grotesques, murmurait les dernières notes de la messe en ut de Wolfgang. J'arrachai l'asperge d'un coup sec, et fus éclaboussé d'un fluide bouillonnant à l'odeur âcre. Le tentacule rendit l'âme, sur un "do" pathétique.

Et puis finalement, je me recouchai : moi, la grippe, ça m' fait rien.

finipe, 01h01 :: :: :: [2 commentaires désobligeants]