Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

On a souvent besoin d'un plus petit que soi
J'ai
faim
Malheureusement, l'ignorance assassine doucement la religion. Ce faisant, la justice se délite, se précipitant vers la fin de l'existence
Ploton ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

26 Octobre 2006 ::

« Gilles de Retz, le dévôt fou - 1ère partie »

:: Histoire médiévale, 1430

Ce billet fait partie d'un sujet composé de deux parties :

1. Gilles de Retz, dit Barbe-bleue - 1ère partie
2. Gilles de Retz, dit Barbe-bleue - 2ème partie





Puisque c'est un 26 octobre que Gilles de Retz fut exécuté, voici l'occasion pour conter sinon son histoire, au moins sa singulière et tragique fin. Si ce personnage vous intéresse, lisez l'excellentissime roman de Huysmans : « Là-bas »


Le dévôt, compagnon de Jeanne d'Arc

Né en 1404 à Machecoul (actuel département de Loire-Atlantique), Gilles de Montmorency-Laval, baron de Retz, est issu d'une famille puissante et respectée, qui compte parmi les grandes baronnies de Bretagne. Il est élevé tout d'abord par ses parents, puis par son grand-père Jean de Craon, un homme réputé pour son extrême violence. Après plusieurs fiançailles rompues pour cause de morts prématurées des promises, Gilles de Retz finit par épouser Catherine de Thouars en 1422, ce qui lui procure une fortune plus que respectable. Ensemble, ils auront une fille en 1429, Marie de Laval.

Dès 1420, Gilles de Retz a pris le chemin d'une carrière militaire active et brillante : il combat aux côtés de Jean V le sage (le duc de Bretagne et époux de la fille du roi de France Charles VI — qui meurt en 1422), pendant la confuse guerre de succession de Bretagne entre les maisons de Montfort et de Penthièvre. En 1427, il s'engage dans la guerre de cent ans et combat notamment aux côtés de Jeanne d'Arc, arrivée en 1428 auprès du roi Charles VII, et s'illustre notamment lors du siège d'Orléans le 8 mai 1429, ainsi qu'à la bataille de Patay le 18 juin de la même année.

Après cette grande victoire, Charles VII, qui n'a pu être sacré comme le voudrait la coutume, va recevoir son titre dans les formes à la Cathédrale de Reims. Gilles de Retz reçoit deux grandes marques d'estime de la part de Charles VII : il est nommé maréchal de France, et est désigné pour aller quérir la Sainte-Ampoule, qui contient le baume devant oindre les rois lors de leur sacre. Charles VII est ainsi sacré roi de France le 17 juillet 1429 à Reims. Mais en septembre 1429, le siège de Paris est un échec, et le roi Charles VII, investi d'une toute nouvelle légitimité, trouve la pucelle d'Orléans et son armée bien encombrants. Gilles de Retz perd le crédit de la cour, et se retire de la vie martiale, pour aller se réfugier dans ses terres, en particulier en son château de Tiffauges (actuel département de la Vendée). C'est alors que la face maléfique du personnage surgit.


Château de Tiffauges


Le sataniste, violeur et meurtrier d'enfants

Retranché dans ses terres, Gilles de Retz mène une vie fastueuse : il se goberge dans un luxe des plus extravagants, entretient une armée de musiciens et de comédiens, sert à sa table les mets et les vins les plus rares, se fait faire une garde-robe princière et sans cesse renouvelée pour lui et ses 200 hommes d'armes, fait célébrer des cérémonies religieuses en grandes pompes, et circule ainsi entre ses différents châteaux. Mais tandis que le jour il dilapide sa fortune, il réserve la nuit à ses méfaits : dans les campagnes environnantes, des enfants disparaissent, toujours plus nombreux. Des rumeurs commencent à circuler, des loups qui croqueraient les égarés ou des saltimbanques qui commettraient des meurtres. Dans les villages, une sombre et profonde terreur s'installe, et personne n'ose parler.

En fait, Gilles de Retz dirige une véritable entreprise personnelle de rapt d'enfants, par l'intermédiaire de proches et de commanditaires qui ratissent les campagnes pour cela. Parfois, il embauche de jeunes garçons comme pages dans un de ses châteaux, mais les pages demeurent introuvables quand on les demande par la suite : ils sont absents, ailleurs, ou ont fugué. Gilles de Retz a cédé à la démence la plus complète : il enferme ses victimes, les torture moralement et physiquement, les viole et les tue, dans un processus dont il fournira plus tard les sordides détails.


Portrait de Gilles de Retz, postérieur à sa mort.
Il n'existe pas de portrait de son vivant.

Il laisse les enfants se faire maltraiter par ses hommes de main, puis arrive en trombe dans la geôle et bat à plat les tortionnaires pour se faire passer pour un sauveur et gagner la confiance et l'amour de la malheureuse victime. Puis, profitant de cette naïveté, il commet des actes encore plus atroces ! Dans sa folie, il est persuadé d'être un "faiseur d'ange", de libérer des âmes pures et de plaire ainsi à Dieu : son entourage proche se doute ou connaît l'horreur de ses crimes, mais tous se taisent et continuent de s'en mettre plein les poches aux dépends du maître des lieux.

finipe, 01h42 :: :: :: [6 observations emphatiques]