Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Le boulot,
ça me
réussit pas
J'ai
faim
Paradoxalement, l'ignorance assassine silencieusement le règne animal. Par là même, l'amitié s'amenuise, se précipitant vers les cieux de l'existence
Jean-Sol Partre ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

31 Juillet 2006 ::

« De l'art de réaliser un bon film »

:: Misanthropie

Il existe de multiples manières de parvenir à cet objectif sans doute. Et puis, que diable, cette question est affreusement subjective ! Il faudrait déjà savoir ce qu'est un bon film. Un film est-il réussi parce qu'il plaît au plus grand nombre ? Parce qu'il rapporte beaucoup d'argent ? Parce qu'il a diverti son public ? Parce qu'il est moralisateur, qu'il prend position sur un sujet ? Parce qu'il offre de nouvelles perspectives artistiques ?

Par convention, je propose donc ceci : un bon film est un film qui détend, qui rapporte de l'argent à son producteur et qui divertit le public. Voici donc une recette comme oncques n'en vit, chers lecteurs, qui vous ouvrira les portes du succès derrière vos caméras !

Le scénario & les personnages

Un ex-flic condamné pour avoir désobéi aux ordres de ses supérieurs entre en scène. Oui, il avait désobéi car on lui avait demandé de laisser tomber un des malfrats avec lequel il s'était lié d'amitié, mais c'est un homme d'honneur lui, il ne laisse pas tomber les copains. Bref, il a été viré, et depuis il accumule les petits boulots minables. Seulement, son ex-patron vient le trouver dans sa roulotte pourrie, et lui demande de l'aider, car l'ex-flic est le seul à pouvoir résoudre cette affaire, il est le meilleur malgré tout ! En échange, l'ex-patron de l'ex-flic propose à l'ex-flic de lui rendre tout ce qui lui avait été retiré. L'ex-flic refuse dans un premier temps, mais acceptera tout de même le lendemain ou le surlendemain.

Puis l'ex-flic ira s'infiltrer chez les méchants en se faisant passer pour un caïd qui n'a pas froid aux yeux, en cours de route il faussera compagnie plusieurs fois aux flics qui le surveillent quand même (ils n'ont pas confiance, l'ex-flic est un sacré salopard, croyez-moi !), puis, ayant gagné la confiance du chef des méchants (un baron de la drogue ou un vendeur d'armes cruel et sans scrupules), il finira par le mettre hors d'état de nuire tout à la fin du film, en le tuant d'une façon atroce.

Ne pas oublier non plus : en cours de route, l'ex-flic passera une torride nuit d'amour avec la femme du grand méchant, qui est honteusement séquestrée par son malade de concubin. Enfin, l'ex-flic sera réhabilité auprès de cette injuste société, mais continuera malgré tout à lui garder une certaine rancoeur et à agir comme un marginal très cool.

Le décorum

Parmi toutes ces idées géniales citées précédemment, il incombe au réalisateur de placer certains poncifs. En voici quelques uns que vous ne devrez oublier en aucun cas :

  • Les voitures : il doit y avoir des voitures puissantes, dont les bruits de moteurs évoquent des animaux sauvages. La voiture, c'est la liberté, la vraie. Un homme sans sa voiture est amputé d'un de ses membres, et pas des moindres (le grand méchant peut d'ailleurs détruire la voiture de l'ex-flic à un moment donné, pour se faire détester encore plus par le public compatissant).


Exemple de bon emploi de voiture

  • L'ami fidèle de l'ex-flic : il est très cool, a toujours le mot pour rire, détendre la situation (ex : ils sont enfermés dans la voiture de l'ex-flic, et ladite voiture passe dans un concasseur de décharge. L'ami fidèle déclare alors : "Fiouw, on est à l'étroit ici"). Si l'ex-flic est blanc, l'ami fidèle est noir. Si l'ex-flic est noir, l'ami fidèle est blanc. A la fin du film, l'ami fidèle devra subir une importante blessure pour laisser l'ex-flic agir seul et tuer le grand méchant.


Exemple et contre-exemple de meilleur ami de héros

  • Le lexique : l'ex-flic doit être quelqu'un d'assez franc et direct. Il commence souvent ses phrases par "putain", les termine tout aussi fréquemment par "quoi". Exemple : "Putain, il a rayé ma caisse quoi !". L'ami fidèle quant à lui aura un langage basé sur un subtil mélange de verlan et de termes imagés. Exemple : l'ami fidèle entre dans une boîte de nuit pleine de jeunes filles somptueuses et voluptueuses, et s'écrie : « Yo ! Y a d'la substance ici ! ».

  • Les flingues : les armes sont des éléments essentiels. Le premier impératif est de tenir son pistolet de côté, le poignet penché à 90°, le bras tendu à environ 25° à l'horizontale du corps (ndla : n'essayez pas en vrai, sous peine de vous ruiner le poignet). Pour les autres armes, il incombe de les jeter lorsqu'elles sont déchargées, de les considérer comme un instrument totalement anodin, quand bien même il s'agirait d'une arme de guerre comme un fusil d'assaut ou un lance-roquette.


Notez l'accumulation de détails qui rajoutent encore plus à la crédibilité
du personnage tenant l'arme !

  • La musique : vous devez abreuver l'auditoire d'un rap rythmé et anglophone, à base de "yo", de "fuck", et divers ahanements indescriptibles, dont l'onomatopée la plus proche pourrait être quelque chose comme "han han" (d'où le bien venu substantif "ahanements"). Il paraît que ça s'appelle du "Gangsta rap". Le rap des gangsters donc.

  • Les femmes : elles doivent être proches de la perfection corporelle occidentale. Pulpeuses mais point girondes, la poitrine opulente, le galbe élancé, les jambes longues et la cambrure des reins prononcée. Vous prendrez bien soin de les habiller de façon courte et suggestive, d'aucuns diraient "légère". Les seins et les fesses en particulier devront être particulièrement mis en valeur. Car en effet, hormis la femme du grand méchant (qui pourra éventuellement être habillée de manière ou tout petit peu moins suggestive et légère), elles ne servent à rien dans l'intrigue.


Exemple & contre-exemple de Femellus bagnolum

Quelques exemples

Voici donc désormais un petit florilège non exhaustif de merd... de nav... de nanar... de chefs d'oeuvres répondant aux spécifications sus-décrites :

  • Fast and furious I, II & III : une triologie somptueuse à voir et revoir sans modération.

  • 60 secondes chrono : un grand moment de cinéma !

  • Bad Boys : pionnier du genre, ce classique est à connaître.

Conclusion

Vous voici prêts à réaliser un franc succès ! Putain, vous allez cartonner le box-office, quoi !

finipe, 01h29 :: :: :: [0 sarcasme grinçant]

28 Juillet 2006 ::

« Zarafa, la première girafe de France »

:: Histoire contemporaine, 1827

En 1826, le pacha d'Egypte Mehemet Ali reçoit en cadeau deux jeunes girafes de la part du gouverneur du Soudan. Mehemet Ali, alors en froid diplomatique avec la France, est désireux de resserrer les liens avec ce pays qui est depuis toujours le traditionnel allié de l'empire ottoman. Ainsi, inspiré par le consul français à Alexandrie, il décide d'envoyer au roi Charles X une girafe en guise de présent.

L'animal, baptisé Zarafa (ce qui semble-t-il en arabe signifie "douceur de vivre", ou encore "gracieuse créature"), est chargé à bord d'un navire sarde, dans lequel l'on doit aménager une trappe pour lui permettre de passer son long cou. Avec elle embarquent également trois palefreniers nubiens, et trois vaches destinées à lui fournir ses 20 litres de lait quotidiens !

Le navire fait le trajet d'Alexandrie jusqu'à Marseille : on débarque Zarafa et on la met en quarantaine par mesure sanitaire. Puis, la belle est placée en résidence d'hiver dans la demeure du préfet en personne. Afin de préparer le voyage, un tailleur confectionne un vêtement de toile sur mesure, imperméable, muni d'un capuchon et d'un col lui protégeant la poitrine. Enfin, en mai 1827, le long voyage vers Paris débute.

Cette épopée est un tel événement que le cortège conduisant le royal cadeau est précédé d'un peloton entier de gendarmes à cheval, sabres au clair. Zarafa est en outre accompagnée de deux vaches pour sa subsistance, de deux gardiens, d'employés de la préfecture, et de quelques gendarmes à pied chargés de faire de la place. Le chef de cette expédition, un nommé Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, éminent membre du Jardin du Roi de Paris (actuel Jardin des Plantes), a tout organisé depuis plus d'un an.


Le cortège de Zarafa, avec notamment Atir, son gardien nubien

Durant tout ce périple, c'est un véritable plébiscite : Zarafa est admirée, ovationnée, reçoit des accueils triomphaux. Le roi lui-même, tellement impatient d'admirer la belle, manque dit-on de peu de céder à la tentation et d'aller au devant de l'animal avant que celui-ci ne soit arrivé. D'autres, moins entravés par la rigueur de l'étiquette et tenaillés par la curiosité, vont au devant de la girafe, comme par exemple Stendhal.

Enfin, le 9 juillet 1827, Zarafa arrive au château de Saint-Cloud, vêtue tout spécialement d'une tenue de cérémonie et coiffée d'une couronne de fleurs. Charles X l'accueille en lui offrant quelques pétales de rose, qu'elle mange paisiblement dans l'auguste main. Elle est ensuite conduite au Jardin du Roi, où elle continue de recevoir d'innombrables visites : près de 600.000 personnes se pressent ainsi pour l'admirer en l'espace d'un an seulement !

Sa renommée est telle que pendant quelques années, on voit fleurir son image un peu partout : faïences, poteries, sculptures, peintures, bronzes, éventails, ombrelles, ou encore étoffes attestent de l'histoire singulière de la première girafe ayant foulé le sol de France.


Faïence représentant la célèbre girafe

Zarafa coule des jours paisibles jusqu'en 1845 : elle a atteint l'âge — tout à fait respectable pour une girafe — de 21 ans. On peut aujourd'hui l'admirer au Muséum d'Histoire Naturelle de La Rochelle, où sa dépouille naturalisée fut transférée en 1931.


NB : Pour honorer l'immortalité de Zarafa, lire « L'énigme du miroir impie » d'Edgard Allan Poe, où la belle blonde est une illustre figurante !

finipe, 04h20 :: :: :: [7 insultes scandaleuses]

25 Juillet 2006 ::

« Le complot de Rekin : l'enquête - 4ème partie »

:: Nombril

De nombreux indices ont déjà révélé l'étendue et la machiavélique préméditation du complot qui se joue contre moi : gravures indélébiles dans les portes vitrées, tags divers, traces de peinture phalliques, inondations récurrentes de terrasse, humidité et fuites provocatrices d'odeurs putrides, autant de faits établis qui forment un faisceau de preuves de plus en plus accablant. Toutefois, la dernière attaque en date fut des plus lâches, des plus veules, mais également des plus intrigantes de toutes les manifestations de haine irrationnelle que me voue mon voisinage. En voici donc le récit, des plus fidèlement retranscrit.

Tandis que la coupe du monde de football battait son plein, et que pour ma part je battais un plein nettement moins hystérique, je pus constater que mon voisin de gauche était un garçon des plus exubérants : à l'instar de nombre de ses (et de mes) compatriotes, il hurlait fréquemment sa joie et son amour de la France à l'occasion de buts, d'actions manquées in extremis, ou de fautes impardonnables commises par l'équipe adverse. Ces beuglements joyeux accompagnaient la douce et paisible bonhomie de mon immeuble, et, somme toute, cela mettait un peu d'ambiance et rendait les soirées plus sympathiques.

Mais, un soir que j'étais absent et que la France avait remporté une victoire sublime (dommage que Pirès ne jouait pas dans l'équipe, j'aurais pu faire un bon jeu de mot intello avec une "victoire à la Pirès"... tant pis !), un soir donc, disais-je avant de m'interrompre moi-même grossièrement (comme disait le regretté Pierre Desproges)... Un soir donc, j'étais absent, et la France avait remporté un match. Je ne peux que supposer le déchaînement de joie que cette victoire provoqua sur mon voisinage, mais étant données les constatations que j'avais pu faire dans de semblables circonstances les autres soirs, cela dut être relativement orgiaque.

Toujours est-il que deux jours plus tard, je constatai la présence d'une étrange tache d'enduit sur le mur extérieur de mon balcon, tache dont j'ignorais jusqu'à ce jour l'existence. Je m'étonnai tout d'abord de la découvrir si tardivement, après six ans de vie dans cet appartement, et surtout après avoir nettoyé cet endroit au karscher (™©®) quelques semaines auparavant, tel le Nicolas Sarkozy moyen. Puis, je remarquai d'autres taches du même type, mais au sol : et, de fil en aiguille, j'observai avec stupéfaction que les taches formaient une piste bien visible, à intervalles réguliers, se dirigeant vers la terrasse du voisin précédemment décrit !


Preuve à charge n°4a : Tache d'enduit étranger sur le mur de ma terrasse


Preuve à charge n°4b : Taches d'enduit au sol, en direction de la terrasse voisine


Preuve à charge n°4c : Autres taches d'enduit au sol, en direction de la terrasse voisine

Je suivis ainsi cet étonnant fil d'Ariane pour aboutir à la terrasse de l'indélicat voisin, pour y découvrir enfin l'ultime preuve : une tache d'enduit similaire à celles observées sur ma propre terrasse. Le crime était donc avéré, l'infamie consommée, et le coupable désigné.

Quelle déraison avait donc bien pu provoquer pareil acte ? Quelle pouvait bien être la cause du dégât, pour que ce voisin, pris d'un remords soudain ou d'une peur terrible d'être puni pour son méfait, prenne la décision de venir, nuitamment, réparer lui-même son vandalisme ? Quelle cicatrice avait donc été infligée au mur de ma terrasse ? En vérité, nul ne saurait le dire hormis le fautif, et celui-ci s'est semble-t-il muré derrière un rempart de naïveté et d'innocence, évitant toute confrontation. De mon côté, par souci de diplomatie, ou par lâcheté peut-être, je n'ai cherché aucune explication, estimant la chose tout à fait infructueuse et improbable.

Mais, si l'on ajoute à cet ultime méfait l'abandon sauvage de plantes mortes appartenant au même voisin dans mes propres bacs à fleurs, et ce quelques jours plus tard seulement, je puis affirmer avec conviction que tout ceci n'est que le résultat d'une conjuration odieuse de mon voisinage : vieille du dessus, lycéen tagueur, voisins de gauche et de droite, graffitis obscènes, grandes eaux hebdomadaires, traces d'enduit, abandon de cadavres végétaux, humidité et odeurs fétides, voilà bien l'étendue diabolique du complot.

Mais qu'ils ne s'y trompent pas : JE NE CÈDERAI JAMAIS, ILS NE M'AURONT PAS VIVANT, VENTRE-SAINT-GRIS !

finipe, 04h08 :: :: :: [2 soupirs de satisfaction]

21 Juillet 2006 ::

« L'étonnant destin d'Emilie Cheval »

:: En vrac

-- Juillet 1624, un petit village paysan quelque part en France

L'hiver avait été terrible : les vignes avaient à peine tenu le coup, certains avaient même vu des ceps gelés jusqu'au mois d'avril. De nombreuses bêtes n'avaient survécu que grâce à des feux allumés tout au long des nuits interminables, avec des relais mis en place entre voisins et amis. Quelques uns avaient eu de la chance et étaient sortis de cette rigueur sans trop de perte, les autres avaient été les malheureuses victimes du destin railleur, et avaient presque tout perdu.

Mais, bon gré mal gré, on s'organisait, on s'entraidait, comme on l'avait toujours fait ici. Ainsi, le vieux Joseph Cheval, qu'on nommait de la sorte à cause de sa passion pour ces animaux nobles, s'en était bien sorti. Il avait réussi à tenir sans trop de difficulté, son demi-acre de terrain semé d'orge au printemps avait été un bon calcul, et ses quelques chèvres avaient survécu au prix d'une promiscuité avec sa propre famille parfois embarrassante. Il pensait désormais à l'avenir, qui pour lui était inévitablement limité, puisque le vieux Joseph atteignait cette année ses 44 ans. Non, l'avenir était plutôt sa fille puînée Jeanne, qui allait se marier le lendemain même avec le jeune Yvain, un garçon sérieux et travailleur du village voisin, et qui, comble de la fortune, possédait près de trois acres d'un terrain que tous savaient très fertile.

Toute la famille avait travaillé dur pour confectionner le trousseau de la future mariée, et la dot était très raisonnable étant données les circonstances. Ce à quoi Joseph tenait par-dessus tout, c'était cette vieille bague qu'il avait héritée de sa première femme, la mère de Jeanne, et qu'il voulait absolument lui offrir en guise d'alliance. Ce petit anneau fait d'argent ne valait pas grand chose sans doute, mais pour la famille Cheval, il n'avait pas de prix. Ainsi fut donc fait, la bague fut glissée dans la paume de la jeune fille, qui ne put retenir ses larmes devant ce modeste symbole d'amour paternel.

La mariage fut un moment heureux, sans doute. Puis, les années passant, les gens s'éteignaient tandis que d'autres naissaient : Joseph Cheval mourut à l'âge respectable de 53 ans, suite à la chute d'un arbre. Les premières années de vie commune avec son mari laissèrent Jeanne satisfaite, et mère de trois enfants. Mais le cours limpide de son existence se troubla comme une malédiction, le jour où elle perdit sa bague alors qu'elle travaillait la terre : tous la cherchèrent pendant des heures, des jours entiers même. Jeanne pleura à chaudes larmes, effondrée qu'elle était de la perte de cet inestimable héritage, qui lui avait plutôt porté chance jusque là. Mais il fallait faire contre mauvaise fortune bon coeur, et continuer à travailler, les bêtes et les céréales n'attendaient pas.

C'est ainsi qu'à partir de ce jour, tout alla de mal en pis. Le jeune et vigoureux Yvain fut emporté par une subite et violente fluxion de poitrine, en plein mois de mai. Les récoltes demeurèrent mauvaises, les animaux mouraient de maladie, les fruits pourrissaient précocément. Tout se délita si terriblement dans la vie de Jeanne Cheval que l'histoire ne retint pas ce qu'il advint d'elle et de sa descendance : quant à sa bague, elle était bel et bien perdue à jamais.


-- Janvier 2005, Paris

Emilie Cheval s'était levée assez tard aujourd'hui. De toute façon, rien ne la motivait tellement pour se lever : outre son patronyme qui lui attirait les railleries les plus pénibles, sa vie était une interminable suite de catastrophes, d'actes manqués, de gaffes et de bourdes en tout genre, et de malchance chronique. A croire qu'une malédiction antique la frappait, elle et toute sa descendance !


-- Juillet 2005, un petit village paysan quelque part en France

La moissonneuse s'affairait depuis des heures maintenant, la nuit était presque tombée, et l'on s'activait pour terminer ce champ-ci. L'énorme machine avait englouti plusieurs tonnes de grain déjà, sans faillir à sa mission, sans broncher, sans gémir ni se plaindre des cailloux qui parfois claquaient violemment sur les mâchoires du monstre. C'est dire si le conducteur, fatigué par sa rude journée, ne se préoccupa nullement de ce petit cliquetis métallique sec, qu'il attribua à une minuscule particule rocheuse prise par l'engin, certainement...


-- Août 2005, Paris

Eh voilà ! Ce salaud était parti sans une explication avec sa soi-disant meilleure amie. Emilie Cheval rentra chez elle en larmes, dépitée, exaspérée et prise de violents accès de misanthropie, tellement déçue qu'elle était par ses pairs. Elle manqua de chuter en glissant sur une enveloppe que le facteur avait laissée sous la porte, se reprit en buvant un verre d'eau, et décacheta d'un geste machinal le rectangle de papier : « Mademoiselle, suite à un mouvement de délocalisation, nous sommes au regret de vous signifier la réduction de notre personnel, au nombre duquel vous faites malheureusement partie. Ce licenciement prend effet à partir... »


-- Septembre 2005, une meunerie industrielle en île-de-France

La broyeuse avait eu un incident mécanique avait-on dit à la pause de dix heures. Sans doute un des cyclindres qui flanchait encore : on l'avait pourtant signalé trois fois aux équipes techniques de l'entretien, mais ces feignants ne tenaient compte de rien ! En tout cas, il ne faudrait pas qu'ils se plaignent ensuite si la farine était grossière ou contenait encore quelques impuretés : Dédé, le surveillant du poste 4, avait vu étinceler un petit anneau brillant, sûrement un écrou détaché d'on ne sait où...


-- Janvier 2006, Paris

Emilie Cheval entamait sans joie aucune cette nouvelle année et son second mois de chômage. Elle avait passé son réveillon seule, en suivant un affligeant programme télévisuel. Elle décida de se moquer du sort, prit son manteau, et sortit en direction de la boulangerie acheter une galette des rois : au moins, elle serait sûre d'avoir la fève, puisqu'elle était seule à manger ! Elle prit la première des couronnes briochées de la vitrine, paya sans aménité, et rentra chez elle. Elle sortit un couteau de son tiroir, coupa la galette en 6 parts égales, et prit la première qui lui tomba sous la main.

C'est alors qu'au bout de deux bouchées, ses dents rencontrèrent un objet dur : elle esquissa un faible sourire, pensant que pour une fois, elle avait de la chance, elle était tombée sur la bonne part du premier coup. Elle sortit de sa bouche une boule informe de pâte cachant un petit objet sphérique argenté, se dirigea vers son évier pour le rincer.

En effet, elle avait bien trouvé la fève. C'était un petit ballon de football, de la série des fèves sur le sport.

Etonnant, non ?

finipe, 00h44 :: :: :: [4 jubilations]

19 Juillet 2006 ::

« Sociologie d'un pot de yahourt »

:: Misanthropie

Il paraît tout à fait impossible que vous soyiez passé à côté de cette chose : publicité télévisée, affichages de rue, spots radio, le matraquage continuel fait que celui ou celle qui ne le connaît pas vient au minimum de Proxima du Centaure. De quoi s'agit-il ? Mais de ACTIVIA (®) bien sûr !

Mais si, vous savez : "Activia (©), actif à l'intérieur, et ça se voit à l'extérieur". Il n'y a guère encore, ce yahourt s'appelait "Bio". Bio de Danone. C'était déjà très connu, mais il semblerait que les dignes publicistes binoclards super branchés de chez Danone aient estimé que ce nom ne correspondait pas à l'image que le produit devait avoir, ils l'ont donc changé (avec force campagne publicitaire, pour que tout le monde assimile bien le changement).

Mais alors pourquoi ? "Bio" c'était pas si mal pour un produit laitier : c'est bio(logique), c'est bon pour la santé, tout ça. Mais il en fallait plus, camarades. Il fallait ajouter à cela le côté dynamique du yahourt, et surtout, le fait qu'Activia (™), ça fait maigrir, ça apaise, bref ça devrait être remboursé par la sécurité sociale. Observons donc une publicité pour ledit yahourt :

(Une jeune femme, cheveux hirsutes, cernes profondes et air ahuri marche en long et en large, paniquée, en se frottant douloureusement le ventre)
-- Ciel, j'ai mal au ventre, c'est le désordre là-dedans. Mais que puis-je faire ?

(Sa colocataire, calme, pieds nus, l'air serein, tenant un Activia (©) à la main)
-- Tu es trop stressée palsembleu ! Tu as vu comment tu manges ? Tiens, prends plutôt un Activia (®™) de Danone

Puis, après quelques courtes assertions péremptoires sur les vertus du produit, prouvées scientifiquement bien sûr, LE symbole apparaît aux yeux du futur consommateur ébahi :


Pourquoi cette flèche vers le bas ? Pourquoi, pendant que l'on découvre stupéfait cette icone moderne du laitage, entend-on un discours lénifiant sur les vertus d'Activia (©), je cite : "Activia (™®), et tout rentre dans l'ordre" ? Pourquoi découvre-t-on cette jeune femme stressée, soudain apaisée, se frottant le ventre d'un air satisfait ?

La publicité nous fournit une explication : eh oui chers amis, Activia (™©®) contient du bifidus actif essensis (sic). Et grâce à cela vous vous sentez bien, en harmonie avec vous même. Mieux qu'au sortir d'un stage de trois mois de méditation transcendantale avec le Boddhisattva en personne. On vous respectera au travail, vous saurez mieux vous concentrer, vous aurez des rentrées d'argent, des coïts fabuleux et fréquents, et la paix règnera dans le monde.

Mais soyons francs et parlons clair : que signifient réellement cette flèche jaune et cette logorrhée inepte qui l'accompagne ? En vérité, c'est très simple. Observons donc la même publicité, sans langue de bois ni verbiage pseudo-scientifique :

(Une jeune femme, cheveux hirsutes, cernes profondes et air ahuri marche en long et en large, paniquée)
-- Rhaaa, chuis constipée, j'ai mal au bide !

(Sa colocataire, calme, pieds nus, l'air serein, tenant un Activia (©) à la main)
-- Ben mange un Activia (®™©), et tu passeras ta vie aux chiottes comme moi.

C'est sûr que passer sa vie aux chiottes, ça fait maigrir. Mais du coup, c'est nettement moins classe que ce que nous propose la pub...

finipe, 03h44 :: :: :: [4 pensées profondes]

17 Juillet 2006 ::

« Le complot de Rekin : l'enquête - 3ème partie »

:: Nombril

Après une année d'accrochages erratiques et plutôt anecdotiques avec mon voisinage, je ne réalisai pas encore le caractère diabolique du complot. Mais les infamies s'accumulant, je dus me rendre à l'évidence. Voici donc livrées, pêle-mêle, les diverses ignominies dont je fus et suis encore la bien innocente victime.

Evoquons ainsi le cas de la voisine du dessus : cette dame âgée, sous des dehors bien charmants, a pris l'exaspérante habitude de véritablement inonder sa terrasse, et ce pour diverses raisons, au rang desquelles l'on trouve principalement l'arrosage estival quotidien de ses plantes, et le nettoyage maniaque et hebdomadaire de ses dalles.

Ce faisant, la charmante mamie inonde ma propre terrasse sans vergogne, ainsi que tout ce qui s'y trouve, en particulier du linge censé y sécher. Aussi est-il devenu périlleux de l'y laisser : la peur aux tripes, il ne faut pas quitter des yeux ces innocents caleçons, ces virginaux tee-shirts, et ces naïfs pantalons, qui ne demandent qu'une seule chose, sécher en paix. La moindre seconde d'inattention, et c'est la punition divine qui s'abat ! Le déluge détergent de la mamie du dessus !


Preuve à charge n°3a : bas d'un balcon "normal", n'ayant subi aucun excès (gâchis ?) d'eau


Preuve à charge n°3b : bas du balcon de la mamie, couvert de traces de moisissures, dues aux inondations récurrentes

Un jour que je m'étais levé du pied gauche, je m'en fus trouver la vieille peau... non : la vieille bique... non plus : la croulante... hem : l'innocente et charmante grand-mère, afin de lui faire part de mes bien amicales doléances. Avec force propos mielleux et pincettes sucrées, j'amadouai donc la vieille dame, lui demandant poliment et avec toute la mansuétude et tout le respect dus à son aînesse si elle pouvait faire attention à ses arrosages massifs (aussi massifs que des bombardements défoliants américains au dessus du Vietnam, pensai-je alors).

La gentille et douce mamie fit un mea culpa des plus convainquants, et promit, tout en affirmant cependant qu'elle ne s'était point rendue compte des désagréments qu'elle provoquait, qu'on ne l'y prendrait plus. Et c'est ainsi que je m'en retournai dans mon logis, le front haut, le torse bombé, et la fierté gonflée de ne m'être point laissé marcher sur les pieds, tout en ayant arrangé la situation de façon fort courtoise.

Grand mal m'en prit, la vieille peau... eeuh : la diabolique mamie reprit les arrosages à grandes eaux deux jours plus tard.

- Suite au prochain épisode -

finipe, 20h25 :: :: :: [3 contestations]

13 Juillet 2006 ::

« Bourganeuf, le Prince & la Tour Zizim »

:: Histoire médiévale, 1485

Bourganeuf

La ville de Bourganeuf (aujourd'hui dans le département de la Creuse) fut fondée semble-t-il au XIIème siècle par l'ordre de chevalerie des Templiers. Cet ordre, très riche et très puissant, était solidement implanté dans cette région. Selon de nombreuses archives — notamment celles de Lyon —, Bourganeuf était une commanderie des Templiers.

C'est donc aux Templiers que Bourganeuf doit sa première bâtisse, flanquée d'une chapelle (aujourd'hui château et église paroissiale), autour de laquelle s'établirent plusieurs notables, commerçants ou paysans. Ils étaient à l'abri derrière une muraille, et à la croisée des chemins de deux voies très importantes de l'époque : la première reliait Lyon à l'Atlantique, et la seconde reliait le nord du royaume à Rocamadour et, plus loin, St-Jacques-de-Compostelle.

En Terre Sainte, à la fin du XIIIème siècle, rien ne va plus pour les croisés chrétiens : le 28 mai 1291, la chute de St-Jean d'Acre va inéluctablement entraîner celle du royaume de Jérusalem, malgré les défenses conjuguées de tous les ordres chevaleresques. Les richesses du Temple, supérieures à celles de Philippe IV Le Bel, le roi de France, et leur savoir (dont la majorité des aspects sont aujourd'hui encore particulièrement nébuleux), suscitent toutes les convoitises, et ouvrent la porte à toutes les calomnies et accusations, qui sont reprises par Philippe IV, afin qu'il récupère l'héritage des Templiers. En 1312, le pape Clément V proclame lui-même la suppression de l'Ordre, et les tortures et autres bûchers auront raison des chevaliers du Temple. Jacques de Molay, le Grand Maître Templier, est brûlé vif sur le parvis de Notre-Dame de Paris, le 13 juillet 1314.

C'est de cette manière que disparut la suprématie templière sur Bourganeuf. Tous les biens du Temple furent redistribués aux chevaliers de l'Ordre de St-Lazare-de-Jérusalem, et aux Hospitaliers. De toute manière, Bourganeuf est choisie en 1313 pour devenir un lieu accueillant une commanderie des Hospitaliers, et devient également chef-lieu du grand prieuré d'Auvergne, ce qui en fait un site politique et économique majeur, en plus de son importance géographique.

A partir de ce jour, Bourganeuf ne cessa de s'étendre vers les quatre points cardinaux : il est difficile aujourd'hui d'imaginer le pouvoir et l'importance du grand prieuré, dont l'autorité s'étendait sur l'Auvergne, le Limousin, le Velay, le Berry, le Bourbonnais, le Forez, le Lyonnais, le Beaujolais, et jusqu'à la Savoie. De plus, le grand prieur était également et traditionnellement le seigneur de Bourganeuf.

Enfin, évoquons l'une des plus illustres figures de Bourganeuf, également un des plus illustres Grands Maîtres de l'Ordre, Pierre d'Aubusson, né en 1424 au château de Monteil Au Vicomte. C'est lui qui transforma l'île de Rhodes (possession de l'Ordre) en forteresse, la protégeant ainsi du très puissant Empire Ottoman, alors qu'il était grand prieur d'Auvergne.

Bourganeuf était alors « ville consulaire » : chaque année, à la St Jean-Baptiste, les habitants s'assemblaient et élisaient leurs "consuls". Le peuple en désignait deux, et les deux autres étaient laissés au choix du Commandeur.

Le prince Zizim

Zizim, était un Prince Ottoman : son vrai nom était Djem. Il était le fils de Mahomet II, le grand vainqueur de Constantinople. C'est la mort de son père qui va décider du sort de Zizim : en 1481, Djem et son frère Bajazet tentent d'accéder par la force de leurs armées respectives à la succession du grand Sultan, et Zizim sort vaincu de cet affrontement. Sa vie est alors en danger, et il demande asile aux chevaliers de l'île de Rhodes. Le 20 juillet 1482, il obtient satisfaction et fait l'objet d'une réception solennelle dans l'île.

La requête de Zizim n'a pas été pour les chevaliers une demande banale dont dépendant uniquement la survie du Prince : celui-ci est un otage très précieux. Sa présence dans le monde Chrétien oblige l'un et l'autre camps à la prudence. Bajazet s'engage donc à ne pas attaquer Rhodes et à verser une somme annuelle de 40000 ducats pour l'entretien de son frère. Quant aux chevaliers, ils s'engagent à veiller à ce qu'aucun complot ne soit ourdi contre Bajazet le 2ème.

Mais, bien qu'étant un royal otage des chevaliers, Zizim ne se sent pas en sécurité à Rhodes : parce qu'il craint le poignard ou le poison des émissaires de son frère, il obtient de quitter l'île. Le 15 octobre 1482, un bateau avec à son bord le Prince, sa suite et quatre chevaliers, aborde à Villefranche (rade proche de Nice), possession du duché de Savoie.

A partir de ce moment s'ensuit une longue errance ponctuée de somptueuses réceptions, jusqu'à l'arrivée au chef-lieu du grand Prieuré d'Auvergne, Bourganeuf. Durant tout ce temps, c'est le chevalier Guy de Blanchefort (neveu de Pierre d'Aubusson — demeuré à Rhodes) qui veille au grain.

Après plusieurs séjours successifs dans différents châteaux et mas luxueux des environs, on construit à Bourganeuf la "tour Zizim", qui sera désormais la résidence permanente du royal otage. Il y amène quelques uns de ses trésors, des femmes esclaves, quelques compagnons d'infortune, un Imam et une vingtaine de serviteurs. En terre ottomane sont restés son épouse, sa mère et ses enfants.


La Tour Zizim

Malgré les murs de 2m80 d'épaisseur, le séjour de Zizim reste sous haute surveillance : on redoute toujours une tentative d'assassinat des émissaires de Bajazet. Le Prince est décrit comme "d'aspect physique imposant et royal, très savant dans les lettres anciennes, et prompt aux réparties spirituelles et mordantes." Enfin, suite à un traité passé entre le pape Innocent VII, le grand maître de l'Ordre et le roi Charles VIII, en novembre 1488, le Prince exilé aurait quitté la France, nul ne sait pour quelle destination.

Zizim mourut à Naples, le 24 février 1495, d'un mal subit et demeuré secret.

finipe, 20h16 :: :: :: [4 observations emphatiques]

10 Juillet 2006 ::

« Le complot de Rekin : l'enquête - 2ème partie »

:: Nombril

Après le premier incident précédemment relaté, je présumai donc que tout ceci n'était que purement fortuit, sans véritable intention manifeste de nuire, sinon au travers d'une subite et passagère perte de raison de la part de mon voisin de droite. Une année s'écoula donc paisiblement, sans qu'aucun incident notable ne vînt perturber le cours paisible de ma quelconque existence.

Mais peut-être, peut-être bien que, en cherchant bien, ces étranges effluves nauséabonds en provenance des égoûts, qui épisodiquement empestaient ma salle de bain, et que j'attribuais placidement à la pluie ou l'appel d'air dû au manque d'eau dans les coudes des conduites de plomberie, peut-être bien que cette pestilence n'était alors pas fortuite ? Je décidai de mener l'enquête par un quelconque jour de pluie, et ne tardai pas à découvrir un fait troublant : une auréole d'humidité donnant sur le couloir commun, de l'autre côté de ma salle de bain, prouvait manifestement qu'une fuite se trouvait sous ma baignoire.


Preuve à charge n°2 : auréole d'humidité de l'autre côté du mur, au niveau de la baignoire

J'alertai immédiatement le syndic, qui m'envoya avec fort mauvaise grâce un "homme à tout faire", et qui en lieu et place de tout faire, me fit simplement remarquer que la trappe permettant d'accéder au lieu du sinistre était totalement inaccessible, et qu'il allait donc par conséquent falloir démonter un meuble entier, lui-même parfaitement complexe à mettre en pièces.

Depuis ce jour, plus aucune nouvelle : l'homme à tout faire n'a plus donné signe de vie, tout comme le syndic. C'est alors qu'advint le drame du tag gravé dans la porte de l'immeuble, drame que je vous contai il y a quelques jours. L'accumulation de forfait commençait à peser lourdement, mais je n'avais alors toujours pas réalisé à quel point les fils du complot étaient solidement tramés.

- Suite au prochain épisode -

finipe, 02h29 :: :: :: [0 poignant panégyrique]

8 Juillet 2006 ::

« Le complot de Rekin : l'enquête - 1ère partie »

:: Nombril

Certains événements récents m'ont fait réaliser un fait gravissime : un drame se joue dans mon entourage, un drame terrible et dont les différents protagonistes ne connaissent semble-t-il pas la pitié. Un complot s'ourdit, les fils invisibles de sa trame se tissent dans l'ombre, dissimulés sous d'amicaux et polis "bonjours" :

Mes voisins se sont ligués contre moi !

Tout commença il y a un peu plus d'une année, par une quelconque journée de printemps, alors que chacun vaquait à ses occupations quotidiennes. Tandis que je faisais le projet fou de sortir les poubelles pour les porter au local prévu à cet effet, je dus stopper net mon élan au pas de mon appartement, estomaqué par ce que j'y découvris : une ENORME trace de peinture, dont la forme oblongue, d'aucuns diraient phallique, était visiblement un croche-pied rigolard de l'adversité.

Je poussai un râle de consternation devant ce méfait, puis m'enquis d'en trouver l'origine : je me penchai alors sur ladite trace, reniflai, et fus alors incommodé par une forte odeur de white spirit. Diantre, l'auteur du forfait avait donc tenté de dissimuler sa préméditation en voulant me faire croire qu'il avait essayé de nettoyer, c'était évident.


Preuve à charge n°1 : trace de peinture phallique au pas de mon appartement.

Quelques heures après cette sinistre découverte, je constatai un fait troublant : mon voisin de droite était tranquillement affairé sur sa terrasse à peindre un meuble en blanc. Nulle excuse n'ayant été formulée ni tentative de conciliation entamée, j'en déduisis donc que l'individu n'avait aucunement l'intention de reconnaître sa faute, ce qui appuyait l'hypothèse première de la préméditation.

Mais, soucieux de conserver une saine relation de cordialité avec mon voisinage, je décidai de faire semblant de n'y rien voir, et attribuai l'incident à une subite et malencontreuse fièvre érotomaniaque de mon voisin. Malheureusement, la suite des événements me prouva que je me méprenais : tout était déjà orchestré de longue date probablement, et les mâchoires haineuses de la forfaiture se refermaient inexorablement sur moi !

- Suite au prochain épisode -

finipe, 18h48 :: :: :: [3 gentillesses]

4 Juillet 2006 ::

« Tu tagues ? Alors ta gueule ! »

:: Nombril

Depuis quelques mois se jouait à la porte de mon logis une guerre des plus sournoises : un tagueur répondant au délicat sobriquet de "Rekin" venait régulièrement apposer sa marque sur la porte menant vers les caves de mon immeuble. Quelques jours s'écoulaient alors après ce cyclique méfait, et la réplique était à la mesure de l'attaque : le syndic engageait une entreprise de nettoyage pour ôter l'indélicat barbouillage !

Mais ledit Rekin était pugnace : à chaque fois que sa tentative était contrecarrée par un balai brosse et de l'eau de javel, il récidivait nuitamment dans les plus brefs délais. Et ainsi procéda la bataille, durant plusieurs mois : le tagueur taguait, et le nettoyeur nettoyait.

Advint alors l'irréparable : le sieur Rekin en eut assez. Nul ne sut jamais ses raisons, les uns supposent qu'il n'était plus en fonds pour réinvestir en munitions de bombes de peinture ou de marqueurs, les autres arguent plutôt d'une certaine lassitude. Quoiqu'il en soit, l'individu décida de laisser une marque hautement indélébile, en gravant son nom dans la vitre de la porte d'entrée de l'immeuble.

Il la tenait sa victoire ! Plus moyen de se débarrasser de son épître de porte : eh, que diable, que pouvait faire le nettoyeur ? Il était impuissant. Un vitrier eût certes pu changer le support à grands frais pour les résidents, mais le tagueur se fût chargé d'y laisser sa marque derechef !

Oui, en vérité, le tagueur a vaincu le nettoyeur. D'ailleurs, depuis ce jour fatal, il n'a plus ressenti le besoin de peinturlurer la porte des caves : c'est donc qu'il a savouré pleinement le goût du succès, il a foulé de sa botte crasseuse l'ordre établi et la société en signant à tout jamais un immeuble innocent.

Et nous, les habitants, silencieux témoins de cette incursion des milieux interlopes dans nos piteuses vies de petits contribuables étriqués, nous devons maintenant supporter la vue odieuse de cet affreux pseudonyme à chaque fois que nous entrons ou sortons de chez nous, tel un constant rappel du pied de nez que nous fit ce skouale.

Mon cher Rekin, si tu me lis, j'espère qu'en vieillissant tu deviendras un peu moins stupide. En attendant, je forme le voeu que l'on t'ait pêché illégalement pour te mettre en miettes dans une boîte de thon bon marché.

finipe, 18h07 :: :: :: [3 observations emphatiques]