Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Faut pas se
mettre la rate
au court-bouillon
C'est pas faux
Ces temps-ci, l'Humanité écrase amoureusement le respect. Par là même, la piété filiale s'oublie en atteignant les cieux du post-modernisme
La Rochefaucud ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

18 Octobre 2007 ::

« Le bal des ardents »

:: Histoire médiévale, 1393

Un roi fragile

En cette année 1393, Charles VI de Valois règne réellement sur la France depuis 5 ans : il a dû, au cours des premières années de son règne, faire face à la gloutonnerie et la vénalité de ses oncles, alors régents du royaume, ce qui avait notamment provoqué de graves insurrections, dans lesquelles Rouen et Paris s'étaient distinguées. Depuis 1392, chacun sait pourtant la santé mentale du roi plutôt précaire : en pleine forêt, près du Mans, il avait été pris d'une subite crise de folie furieuse, une démence qui l'avait secoué pendant des heures. Charles VI avait alors tué quatre personnes avant d'être maîtrisé, hurlant d'incompréhensibles imprécations de trahison...


Portrait de Charles VI, peint par
Auguste de Creuse (XIXème siècle)

Le 28 janvier 1393, un bal a lieu à l'Hôtel Saint-Pol, sur les bords de la Seine, à Paris : on y célèbre le mariage d'une des demoiselles d'honneur d'Isabeau de Bavière, épouse de Charles VI et reine de France. A cette occasion, l'on organise un charivari, sorte de carnaval consistant en un défilé désordonné, pendant lequel on utilise des gamelles et des ustensiles en tout genre pour faire du bruit. Ainsi en est-il donc, comme le veut la coutume : la fête bat son plein, la musique rythme la soirée, quand le roi, accompagné de cinq de ses amis, décide de pimenter le tout en se déguisant en sauvage pour amuser la galerie. Les six comparses s'enduisent de poix et de plumes et se lient avec des chaînes, puis se mêlent à l'assemblée ainsi fardés.


Miniature du XVème siècle

La foule se prête au jeu, et la liesse est complète. C'est alors qu'arrive Louis Ier, duc d'Orléans et frère cadet du roi : intrigué par ce manège, il approche une torche des sauvages pour les reconnaître. Mais la fête tourne au drame, car la torche embrase la poix, très inflammable, dont sont faits les déguisements ! Le roi et ses cinq acolytes, enchaînés, ne parviennent pas à se libérer immédiatement de leurs liens, et la panique gagne l'assemblée : la duchesse de Berry fait cependant preuve de sang-froid en parvenant près du roi, et en éteignant le brasier avec ses jupons. Un des autres comparses réussit in extremis à se jeter dans une cuve d'eau, mais les quatre autres s'enflamment corps et bien, et brûlent comme du bois mort pendant une demi-heure, devant la foule impuissante et horrifiée !

Le royaume à la dérive

Trois jours plus tard, les quatre brûlés vifs meurent après une interminable agonie, et la santé mentale de Charles VI est définitivement brisée. Il laisse le royaume à la régence de ses oncles, qui profiteront de l'occasion pour recommencer à se remplir les poches, tandis que le roi sombrera irrémédiablement dans la démence. Ce règne piteux durera jusqu'en 1422, et verra notamment la terrible défaite d'Azincourt (25 octobre 1415) face aux anglais : en 1420, Charles VI signera le traité de Troyes avec les anglais, déshéritant son propre fils (futur Charles VII) au profit du roi d'Angleterre Henri V. Il faudra une certaine Jeanne d'Arc pour remettre Charles VII sur le trône...

L'Histoire retiendra quant à elle le nom de Charles VI le Fol.

finipe, 01h09 :: :: :: [5 lettres de suicide]