Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Le boulot,
ça me
réussit pas
Dans ton cul
Parfois, l'Humanité assassine silencieusement la morale. C'est ainsi que l'Histoire s'amenuise en courant vers le néant du rationalisme
Phosocle ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

21 Février 2007 ::

« T'as pas symbole ? »

:: En vrac

Je me souviens d'un type de ma connaissance qui était si farouchement anti clérical, anti chrétien et anti religion sous toutes ses formes, qu'il avait entamé des démarches pour se faire débaptiser. Je n'ai jamais réellement su à quel point ce genre de démarche était difficile, mais si l'administration religieuse est aussi bordélique que l'administration laïque française, alors on peut raisonnablement supposer que se faire débaptiser est un véritable chemin de croix. Ironie du sort.

Toujours est-il que je me souviens d'une longue controverse avec ce garçon, au demeurant fort sympathique, à qui je soutenais mordicus ne pas comprendre sa démarche, puisque s'il était farouchement athée, alors le baptême ne devait avoir absolument aucune valeur symbolique pour lui. Ce ne devait être qu'une vulgaire brassée d'eau du robinet qu'on lui avait jeté négligemment sur le front lorsqu'il était enfant, rien de plus. Alors pourquoi vouloir rayer un acte symbolique auquel on ne prête aucun crédit ? N'est-ce pas déjà accorder un certain crédit à un symbole que de vouloir s'en défaire ?

L'évocation de ce souvenir m'amène à la suite de mon propos : le samedi 17 février 2007 à 16 heures, Maurice Papon est mort, à l'âge de 96 ans. Celui qui, sous l'Occupation nazie, était secrétaire général de la préfecture de Gironde, avait été condamné en 1998 à 10 ans de réclusion criminelle pour complicité de crime contre l'Humanité, pour son rôle dans la déportation de nombreux juifs. Il clamait son innocence, et avait passé trois ans en prison, avant d'être remis en liberté en 2002 pour raisons de santé. Voilà quelques faits qui ont été rapportés ces derniers jours.

Un autre élément crée la polémique suite à cela : la légion d'honneur de Maurice Papon. Cette légion d'honneur, il refusait ardemment de s'en séparer, et continuait à la porter au revers de sa veste, avec force bravades. Or, sa condamnation lui avait retiré cette distinction de l'Etat, et officiellement il ne la possédait plus, et n'avait donc plus droit de l'arborer : l'on eût donc presque été en droit de lui ôter de force sans doute, bien que je ne crois pas que la France se fût grandie à retirer de force la légion d'honneur à un vieillard cardiaque. Bref, il n'en a pas été ainsi, et Papon a continué de poitriner avec son bout de tissu rouge. Mais maintenant qu'il est mort, ses proches veulent l'enterrer avec sa décoration, et les parties civiles s'offusquent qu'on laisse faire pareille infamie.

Mais si Papon n'a plus la légion d'honneur, s'il a été officiellement déchu de cette distinction, pourquoi faire un tel pataquès ? Ce que son cadavre aura d'accroché au revers ne sera pas la légion d'honneur : ce ne sera qu'un bout de tissu sans valeur, rien d'autre.

Et c'est finalement en s'opposant à ce que Papon emporte sa décoration dans la tombe que les parties civiles donnent un sens symbolique à son vulgaire bout de tissu.


NB : merci à Viou pour m'avoir obligemment prêté le jeu de mot pourri qui sert de titre à ce billet.

finipe, 01h33 :: :: :: [10 constatations éclairées]