Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Comme disait Joffre, je les grignote !
Pauvre
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Somme toute, l'Humanité embrasse silencieusement l'intelligence. C'est ainsi que la perfidie s'enrichit, se précipitant vers l'au-delà de l'individualisme
Confunius ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

28 Février 2007 ::

« L'affaire Dreyfus - 1ère partie »

:: Histoire contemporaine, 1896

Ce billet fait partie d'un sujet composé de deux parties :

1. L'affaire Dreyfus - 1ère partie
2. L'affaire Dreyfus - 2ème partie



Qui n'a jamais entendu parler de « l'affaire Dreyfus » ? Comme pour la plupart des épisodes historiques célèbres, on connaît généralement de façon vague la trame de cette affaire houleuse : capitaine juif dégradé, espionnage, Emile Zola et son « J'accuse »... On connaît parfois quelques détails, mais l'on ignore souvent les tenants et aboutissants exacts de cette histoire. Voici donc une bonne occasion de combler mon (notre ?) ignorance !



Le contexte politique & les prémisses de l'affaire

En cette fin du XIXème siècle, l'ennemi en vue de la France n'est plus vraiment l'Angleterre (malgré l'épisode de Fachoda, en 1898) : il s'agit de l'Allemagne, dont la montée en puissance n'a de cesse d'inquiéter, et qui a déjà infligé une très sévère correction à la France en 1870-71 lors de la guerre franco-prussienne[1]. C'est ainsi qu'en 1894, un agent espion de la France travaillant à l'ambassade allemande découvre dans une corbeille un papier révélant des secrets militaires de l'armée française, signé par une personne se présentant comme un officier français. Le contre-espionnage se met au travail pour découvrir l'identité de ce traître, et, sur la foi d'une analyse graphologique plus que douteuse et probablement truquée, on accuse très rapidement le capitaine Alfred Dreyfus, un artilleur brillant, polytechnicien de formation.


Capitaine Alfred Dreyfus

Dreyfus est le coupable idéal : il est d'origine alsacienne, a des liens familiaux avec l'Allemagne, connaît parfaitement la langue et la culture allemande, et est de plus d'origine juive. On le décrit comme hautain, prétentieux, désagréable avec ses supérieurs et subordonnés... Le 15 octobre 1894, il est arrêté sous l'inculpation de haute trahison. Son procès a lieu en décembre, et Dreyfus n'a de cesse de clamer son innocence. Tandis que les choses allaient tourner en sa faveur, une "pièce secrète" est glissée dans le dossier d'accusation sans que l'avocat de la défense en soit informé : cette supercherie convainc les juges, et Dreyfus est condamné à la dégradation militaire et au bagne à vie, une peine extrêmement sévère même pour un affaire d'espionnage. Le 5 janvier 1895, Dreyfus est dégradé et part en Guyane, sur l'île du Diable, un endroit où les conditions de vie sont si dures que cela équivaut presque à la condamnation à mort.

La France coupée en deux

Depuis cette condamnation, tout le monde est persuadé de la culpabilité d'Alfred Dreyfus : seuls sa femme Lucie et son frère Mathieu se démènent pour prouver son innocence. Ils prennent contact avec divers intellectuels et hommes politiques de gauche, souvent antimilitaristes, et la France se retrouve très rapidement scindée en deux camps : les dreyfusards, qui croient en l'innocence du condamné, et les antidreyfusards, qui au contraire sont persuadés de sa culpabilité. Parmi ces derniers, une forte poussée d'antisémitisme se fait sentir, et les passions se déchaînent. Le journaliste Bernard Lazare, fortement engagé auprès de la famille de Dreyfus, cherche toutes les raisons possibles de réviser le procès, ce que le gouvernement en place ne veut pour rien au monde.


A gauche : lieutenant-colonel Georges Picquart
A droite : commandant Charles Ferdinand Walsin-Esterhazy

Au mois de mars 1896, les choses se gâtent lorsque le lieutenant-colonel Georges Picquart, chef du service de contre-espionnage, découvre que le véritable auteur de la fameuse lettre trouvée à l'ambassade allemande n'est pas Alfred Dreyfus, mais un commandant d'infanterie du nom de Charles Ferdinand Walsin-Esterhazy. L'Etat-Major français, plutôt que de réhabiliter Dreyfus, envoie le lieutenant-colonel Picquart en Tunisie pour le faire taire. En octobre de la même année, afin de s'assurer qu'aucune révision du procès ne pourra être faite, le colonel Henry, ancien adjoint de Picquart, réalise un faux document achevant de compromettre Alfred Dreyfus.

Les journaux dreyfusards publient plusieurs pièces attestant de l'illégalité de la procédure judiciaire, tandis que le gouvernement et l'Etat-Major de l'armée font une campagne patriotique pour la défense des intérêts français. Finalement, le 15 novembre 1897, après de nombreuses publications et révélations, la culpabilité d'Esterhazy ne fait plus aucun doute, et Mathieu Dreyfus porte plainte contre lui. Pendant ce temps, Alfred Dreyfus subit le pire des régimes sur l'île du diable : mise au secret, vexations incessantes, interdiction de parler à qui que ce soit...


Parmi les innombrables caricatures antisémites de l'époque,
d'une rare cruauté, celle-ci nous montre un juif aux traits difformes
nettoyant avec de l'argent l'inscription "TRAÎTRE" sur le front de Dreyfus.
En sous-titre : « Savonnage infructueux - Juifs, chez nous en France,
le sang aussi lave une tache comme celle-là ! »


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1. Voir « L'incroyable périple en ballon de Gambetta » et « La dépêche d'Ems »

finipe, 16h39 :: :: :: [12 gentillesses]