Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

On a souvent besoin d'un plus petit que soi
Pauvre
tocard...
Tant bien que mal, la Femme décroche silencieusement la démocratie, tant et si bien que l'amour s'évade en atteignant l'au-delà de l'indifférence
Ploton ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

28 Mars 2007 ::

« L'attentat du Petit-Clamart »

:: Histoire contemporaine, 1962

La fin de la guerre d'Algérie

Le 18 mars 1962 sont signés les accords d'Evian, qui mettent fin par un cessez-le-feu immédiat à 8 ans de guerre en Algérie, ayant fait plusieurs centaines de milliers de morts ; mais cet accord signé entre le gouvernement français et le gouvernement provisoire de la république algérienne n'est pas du goût de tous, bien qu'approuvé ensuite par le peuple, par le biais d'un référendum. Du côté algérien, certains militants du FLN (Front de Libération Nationale) continuent pendant quelques temps à assassiner des militaires français, tandis que du côté français, l'OAS (Organisation Armée Secrète) s'oppose catégoriquement à ce traité, et, souhaitant conserver l'Algérie sous l'égide de la France, commet de très nombreux attentats[1].

L'OAS, outre son organisation très structurée et ses nombreux membres hauts placés dans l'administration militaire et civile française, a également ramassé au passage un certain nombre d'égarés, de "simples truands" sans conviction politique, qui profitent de l'instabilité pour commettre leurs méfaits. Le gouvernement français resserre l'étau et applique une sévère répression du banditisme.

De Gaulle, cible de l'OAS

Le général De Gaulle, considéré comme traître par l'OAS depuis les accords d'Evian, accusé d'avoir « bradé » l'Algérie, devient la cible de plusieurs attentats. L'un d'eux en particulier a lieu le 8 septembre 1961 à Pont-sur-Seine (département de l'Aube) : dirigé notamment par deux hommes du nom de Henri Manoury et Martial de Villemandy, cet attentat se solde par une explosion manquée de peu. Le général De Gaulle, descendant de la DS pour constater les dégâts, se contente de déclarer avec flegme : « Ce n'est pas un attentat. C'est tout juste une mauvaise plaisanterie ». Et pourtant, la déflagration n'est pas passée loin !

Le mercredi 22 août 1962 à 19h45, après un conseil des ministres à l'Elysée où il fut question entre autres choses de sécurité du territoire ou de coopération avec l'Algérie, deux voitures accompagnées de motards quittent le palais présidentiel en direction de Villacoublay, où le général De Gaulle doit prendre un avion qui le ramènera à sa résidence de Colombey-les-Deux-Eglises. Dans la première voiture se trouvent le général et sa femme Yvonne, assis à l'arrière, ainsi que le colonel Alain de Boissieu, gendre du couple présidentiel, et le gendarme Francis Marroux, le fidèle chauffeur. Dans la seconde voiture se trouvent un médecin militaire et des policiers chargés de la sécurité du chef de l'état : tous tremblent lors des déplacements du général de Gaulle, celui-ci refusant catégoriquement les dispositifs trop lourds, les hélicoptères, les gardes trop rapprochées...

Dès la sortie de l'Elysée, le colonel Boissieu choisit d'emprunter l'itinéraire passant par le rond-point du Petit-Clamart, plusieurs itinéraires étant prévus par sécurité lors des déplacements : nul n'a remarqué l'homme qui se rue dans une cabine téléphonique au passage du convoi. Le trajet se passe sans accroc, Francis Marroux respecte les feux, les limitations de vitesse : le général De Gaulle s'en agace.

Au rond-point du Petit-Clamart, six véhicules ont pris positions et attendent... Enfin, à 20h20, les voitures et les motards arrivent : c'est un véritable déluge de feu qui s'abat sur eux, de tous les côtés ! Des armes automatiques crépitent à droite et à gauche, des vitres explosent, et l'instinct premier de Marroux est d'écraser l'accélérateur, suivi par la seconde voiture. Le colonel de Boissieu hurle vers ses beaux-parents « Baissez vous ! ». Yvonne de Gaulle se baisse légèrement, mais le général rétorque, sans bouger : « Mais pourquoi les policiers ne tirent-ils pas ? ». De Boissieu répond à son beau-père : « Ils prennent des balles pour nous ! ». Deux pneus de la DS ont éclaté, mais Francis Marroux parvient à conserver le contrôle du véhicule[2]. Le cortège passe finalement, et quelques minutes plus tard, il est à Villacoublay, sain et sauf...

Le général De Gaulle descend de la voiture, ôte machinalement quelques morceaux de verre qui jonchent ses vêtements, et déclare : « Cette fois, c'était tangent. Ces gens-là tirent comme des cochons ». Tous les passagers du convoi sont indemnes : l'un des motards retrouve deux balles dans son casque, mais il est sauf. Déjà, des gendarmes mobiles ont multiplié les mesures de sécurité autour du général et de son entourage : l'attentat est un échec.

Les suites de l'attentat

Près du lieu de l'embuscade, la police ramasse plus de cent douilles de divers calibres. Sur la DS présidentielle, un impact de balle est resté à quelques centimètres des visages de Charles et Yvonne De Gaulle : « Cela aurait fait une belle fin », déclare-t-il en observant le trou. Un incroyable concours de circonstances fait que personne n'est touché aux abords même du lieu de l'attentat, malgré les nombreuses balles ayant pénétré dans les magasins, les bistrots, les véhicules...


A gauche : l'arrière de la DS, où l'on distingue quelques impacts et un pneu crevé
A droite : le lieutenant-colonel Bastien-Thiry, cerveau de l'opération

C'est le lieutenant-colonel Jean-Marie Bastien-Thiry qui a tout organisé : cet officier de l'armée de l'air issu de l'école polytechnique, était pourtant promis à un brillant avenir. Mais, fervent défenseur de l'Algérie française, il est également membre de l'OAS, et a préparé son plan de façon extrêmement minutieuse : il a été aidé par une douzaine d'hommes, tous ayant une raison qu'ils jugeaient valable pour tuer le président de la république. Un mois après l'attentat manqué, il est arrêté. Son procès se déroule du 28 janvier au 4 mars de l'année suivante, devant une cour martiale : il est condamné à mort, de même que ses complices. De Gaulle accorde la grâce présidentielle aux sous-fifres, mais pas à Bastien-Thiry, estimant que ce dernier n'avait non seulement pris aucun risque, mais avait en plus ordonné de tirer sur une voiture dans laquelle se trouvait une femme.

Le 11 mars 1963, à 6h39, le lieutenant-colonel Bastien-Thiry est fusillé au Fort d'Ivry par un peloton d'exécution : il fut le dernier fusillé de l'Histoire de France jusqu'à ce jour. Le général De Gaulle, profitant de l'émotion suscitée par la tentative manquée, fera peu de temps après passer l'élection du président de la République au suffrage universel.

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1. Dans ses « Mémoires », Charles De Gaulle estime à environ 12000 le nombre de victimes civiles de l'OAS, bien que ce chiffre soit probablement à moduler.

2. Outre le grand sang-froid dont a pu faire preuve Francis Maroux, on estime généralement que les qualités de la DS ne furent pas étrangères à la survie du convoi présidentiel lors de l'attentat : avec deux pneus crevés, en pleine accélération, et sur une mauvaise route humide et glissante, Marroux a en effet pu conserver le contrôle du véhicule.

finipe, 00h28 :: :: :: [32 injures]

24 Mars 2007 ::

« Troisième guerre punique - Delenda est Carthago »

:: Histoire antique, -149

Ce billet fait partie d'un sujet composé de trois parties :

1. Première guerre punique - La ruine de la Sicile
2. Deuxième guerre punique - L'épopée d'Hannibal
3. Troisième guerre punique - Delenda est Carthago




Pour les détails de la troisième guerre punique, cf. notamment « Histoire générale » de Polybe, ainsi que « Histoire romaine » livre VIII, de Appien d'Alexandrie.



Encore une fois, Carthage se relève

Après la deuxième guerre punique et la défaite finale lors de la bataille de Zama, Carthage a de nouveau dû acquitter de terribles tributs de guerre : paiement d'une amende écrasante sur 50 ans, abandon de l'Espagne, interdiction d'une action militaire sans l'accord de Rome, interdiction de posséder une flotte, autant de contraintes dont les carthaginois ont dû se satisfaire. Mais après quelques dizaines d'années, la cité nord-africaine est parvenue à se redresser malgré tout : son tribut est entièrement payé, une armée fonctionnelle a été mise sur pied, et la ville commence à retrouver un peu de sa gloire et de sa puissance passées.

Le redressement économique de Carthage est certes une réussite, mais la fière cité demeure vulnérable : Massinissa, roi de Numidie, allié de Rome et grand vainqueur de la bataille de Zama, ne cesse de harceler les territoires carthaginois et de s'en arroger des portions toujours plus conséquentes. Ce puissant et très respecté personnage est alors âgé de près de 90 ans : il a connu plus de 40 de ses descendants, a vivement encouragé les arts et la littérature, a mis en place un état riche et organisé, a fondé une armée solide et obéissante, et fait rayonner son royaume en conservant son autonomie vis-à-vis des appétits expansionnistes de Rome.

Carthage supplie à plusieurs reprises Rome de la laisser se défendre contre Massinissa, elle offre de somptueux cadeaux pour se faire entendre, elle propose même de devenir un loyal sujet romain, mais à chaque fois le Sénat fait la sourde oreille : tout au plus, Rome retient un peu les ardeurs des Numides. En -187, Carthage propose de payer d'un seul coup tout ce qui lui reste de tribut, mais Rome refuse, souhaitant conserver à Carthage son statut de débiteur.

En -153, le vieux sénateur romain Marcus Porcius Caton (il est alors âgé de 81 ans), censeur[1] depuis plus de 30 ans, dirige une mission d'arbitrage diplomatique entre Carthage et la Numidie. Il constate alors l'important développement de la culture de l'olivier et de la vigne à Carthage, qui souhaite se défaire de sa dépendance vis-à-vis des importations de vin et d'huile. En outre, Caton est très impressionné par l'étonnant renouveau et le dynamisme économique de la cité, à tel point que la peur d'une nouvelle menace sur Rome s'insinue en lui : Caton a en effet servi comme soldat lors de la précédente guerre, il a combattu Hannibal, il sait à quel point Rome a failli être perdue à tout jamais face au génie militaire du célèbre général carthaginois.

Ainsi, dès son retour à Rome, Caton n'a de cesse de convaincre le Sénat qu'il faut en finir une bonne fois pour toute avec cette Carthage qui renaît de ses cendres à chaque fois qu'on la vainc : dès lors, il termine tous ses discours au Sénat par la célèbre phrase « Delenda est Carthago », qui signifie « Il faut détruire Carthage ». Il est appuyé, sinon poussé par les grands propriétaires terriens, qui voient dans l'indépendance économique de Carthage une perte financière trop importante pour eux... Au Sénat, deux partis s'opposent fermement : l'un souhaite la guerre, l'autre pas.

En -149[2], ulcérée par les incessantes incursions des troupes de Massinissa, Carthage décide de réagir et de s'y opposer par les armes : elle lève une armée de 50.000 hommes contre les Numides, mais subit une défaite à la bataille d'Oroscope. Rome y voit le prétexte qu'elle attendait, les carthaginois étant censés ne pas intervenir militairement sans son accord : plusieurs légions ainsi qu'une flotte de guerre conséquente, menées par les consuls Censorinus et Manilius, débarquent ainsi à Utique.

Afin d'apaiser la colère des romains, Carthage envoie plusieurs négociateurs pour tenter une conciliation : ils se voient alors imposer un désarmement total, la livraison de toutes ces armes et armures, ainsi que la prise de 300 otages issus des grandes familles carthaginoises. Carthage accepte ces conditions, mais le Sénat impose une dernière volonté : il exige que Carthage soit détruite, puis rebâtie à 80 stades[3] de la mer. Les carthaginois accueillent cette exigence avec indignation, et décident cette fois-ci que c'en est trop : ils refusent, se réarment avec un empressement et une efficacité incroyables, tout en consolidant les fortifications de la cité.

Le Sénat bascule dans le camp des plus belliqueux, et la guerre est déclarée.

Héroïque résistance

Rome lance donc l'assaut sur Carthage, sûre de remporter une victoire rapide : mais, à la surprise générale, les légions sont repoussées une première fois. L'armée romaine établit donc un camp, commence à construire des machines de siège, mais les carthaginois se défendent avec une audace et une astuce folles : plusieurs fois, ils repoussent les assauts adverses, et font même des sorties victorieuses parmi les rangs ennemis, provoquant de lourdes pertes chez les romains. Manilius échappe de peu à la mort, sauvé par le tribun Scipion Emilien[4], qui plusieurs fois rattrape des situations devenues périlleuses, se faisant ainsi une belle réputation.

En -148, le Sénat donne le commandement du siège à deux nouveaux généraux, les consuls Mancinus et Pison, mais sans grand succès : les légions tentent de couper les approvisionnements de Carthage en s'attaquant aux cités alliées, mais encore une fois c'est un échec cuisant, et des milliers de soldats romains meurent dans les combats. Au milieu de l'année -147, Scipion Emilien, devenu entre temps consul malgré son jeune âge, intervient une nouvelle fois in extremis et sauve Mancinus du désastre. Il devient ensuite commandant des légions romaines en Afrique, et n'a d'autre choix que de se résoudre à un long et pénible siège...

Le siège de Carthage

Dans la cité assiégée, les prisonniers romains sont suppliciés et jetés par dessus les murailles par les carthaginois : plus aucune concession ne semble vouloir être faite ! Scipion Emilien, quant à lui, commence par réorganiser et rediscipliner l'armée romain, puis il constate tout le caractère inexpugnable de Carthage, protégée par une succession de murailles épaisses, de fossés et de pieux. Il concentre donc tous ses efforts sur l'isolement des voies de ravitaillement en faisant construire une digue interdisant le passage aux navires qui parvenaient à forcer le blocus.

Aussitôt, toute la population de Carthage est mise à contribution, et, en travaillant jour et nuit, sans relâche, les carthaginois construisent 50 trirèmes et parviennent à creuser un canal leur donnant un nouvel accès à la mer ! Cette inattendue et invraisemblable flotte attaque les navires romains, mais c'est finalement un échec, et Carthage perd son accès à la mer à la fin de l'été -147. Scipion installe des machines de siège sur ces nouvelles positions face au port de Carthage, mais les assiégés réagissent à nouveau : de nuit, plusieurs hommes se faufilent entre les lignes romaines, et parviennent à incendier les catapultes et les tours de siège.

La situation se dégrade finalement pour les assiégés, avec la perte de ses principaux alliés : les légions romaines remportent une victoire décisive sur plusieurs des cités qui aidaient Carthage. Dans la foulée, Scipion Emilien parvient à prendre position à l'endroit où quelques temps auparavant il avait échoué avec ses machines de siège. Carthage réhausse encore ses fortifications et se terre à l'intérieur de ses murs.

Une fin tragique

L'année suivante, en avril -146, Carthage est au bord du gouffre : sans ressources, épuisée, affamée, sans allié, la fin apparaît comme inéluctable. Scipion Emilien décide de lancer l'assaut final sur la cité. La brèche est établie par cet avant port qu'il a eu tant de mal à conquérir, et les légions romaines se répandent dans la ville, tuant et pillant. Les rues deviennent des lieux de guérilla : chaque combattant se retranche dans les immeubles, reculant et combattant jusque sur les toits. Chaque pouce de terrain est défendu avec l'énergie du désespoir par les carthaginois, qui font de la prise de leur ville un véritable calvaire pour l'armée romaine. Au bout de six jours d'une résistance démente, Scipion Emilien décide d'en finir en incendiant la ville : alors seulement les carthaginois se rendent, et sont réduits à l'esclavage en échange de la clémence de Rome.

Seule une poignée de combattants refuse de se rendre : barricadés dans un temple, ils résistent coûte que coûte aux légions romaines. Se voyant finalement perdus, ces ultimes irréductibles incendient eux-même le temple, et se jettent dans les flammes...

Carthage est enfin rasée, et la légende prétend que les romains auraient répandu du sel sur tout le site de la cité nord africaine, afin de maudire ses terres[5]. Ce territoire devient une province romaine, et un long fossé, le fossa regia, est creusé afin de délimiter les territoires romains du royaume de Numidie. Rome, par cette victoire finale, s'est imposée comme la nouvelle puissance de méditerranée : c'est le début de sa grandeur et de sa suprématie.

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1. Le censeur est un magistrat romain dont le rôle est, entre autres, de veiller aux bonnes moeurs des sénateurs. A ce titre, Caton fut le plus célèbre d'entre eux, tant sa rigueur et sa sévérité étaient proverbiales, et son titre est resté attaché à son patronyme : on le désigne ainsi généralement comme « Caton le censeur ».

2. Caton le censeur meurt cette même année à l'âge de 85 ans, sans avoir pu voir la destruction effective de cette cité de Carthage qu'il craignait tant.

3. 1 stade équivaut à environ 180 mètres, soit 80 stades qui équivalent à environ 14,5 kilomètres.

4. Scipion Emilien était le petit-fils adoptif de Scipion l'Africain, le grand vainqueur de la précédente guerre. Bien que plutôt reconnu pour son goût en matière artistique, il reçut le titre de « Second Africain » pour ses actes militaires au siège de Carthage. Il était aux côtés de Massinassa en tant qu'émissaire lorsque ce dernier livra bataille à Carthage l'année précédente, en -150.

5. Ceci apparaît toutefois comme comme très improbable, et demeure donc du domaine de la légende.

finipe, 00h09 :: :: :: [4 critiques dithyrambiques]

20 Mars 2007 ::

« Deux claques et au lit »

:: Misanthropie

C'en est trop. Je ne peux plus contenir la hargne qui bouillonne en moi, et ce n'est pourtant pas faute d'avoir essayé ! J'ai effectivement pratiqué avec ferveur le Yoga, le Zen, le Taï Shi, et le Qi Gong tout en écoutant en boucle l'intégrale de Joan Baez, mais en vain. Aussi, afin de ne point hurler ma colère en proférant quelque axiome péremptoire sur les cégétistes, ces catatoniques grévistes tribaux, je n'ai d'autre choix que de répandre mon atrabile ici même. Désolé. Mais enfin, jugez-en vous-même chers amis, il y a de quoi : depuis plusieurs semaines déjà, une certaine publicité passe et repasse sur nos petits écrans ; en tant que consommateur très modéré de ladite télévision, j'ai donc probablement été relativement épargné par le spot indigne, mais pas suffisamment semble-t-il. Aussi ne résisté-je point au déplaisir de vous en narrer le synopsis.

Dans un intérieur coquet et douillet de contribuable moyen, une femme tente vainement de nettoyer son carrelage, dont l'épouvantable saleté laisse accroire qu'une horde de porcs diarrhéiques y a joué une partie de rugby : le sol est crasseux, infect, gras, et l'on devine quelque remugle abject... Cette femme tente donc avec des moyens conventionnels (serpillère, balai, détergent) de redonner aspect civilisé à son cher carrelage, mais se désespère de l'inefficacité chronique et irrémédiable de ses armes.

C'est alors que, surgissant des profondeurs d'une cuisine rustique, le mari entre en scène. Il constate avec une pointe d'humour et de dérision l'échec de sa femme, et, sans plus la faire attendre, la sauve de sa misérable corvée. « Mais enfin, ma chérie ! », s'écrie-t-il compatissant, « tu devrais utiliser le Vaporetto Polti v35 turbo space© ! Grâce à sa fantastique vapeur sous pression, la saleté se décolle toute seule, et le carrelage brille de mille feux sans effort ! ». Gloria, Viva, Alleluia, l'on sonne un Te Deum, et dans un tourbillon de lumières multicolores, le sol retrouve son éclat.

Jusque là me direz-vous, rien n'est vraiment surprenant, ni plus agaçant que la moyenne de ce genre de publicité débile. Et c'est vrai, jusque là tout va bien. C'est après que l'infamie se fait jour... Car en effet, en guise de conclusion, l'ont voit un jeune garçon d'environ 8 ou 9 ans débarquer dans la pièce au carrelage flambant neuf, et shooter de toutes ses forces dans un ballon de football. Le ballon va malencontreusement s'écraser contre un verre rempli de jus d'orange qui était posé là bien sagement. Selon certaines incontournables lois physiques, le malheureux verre ne peut qu'aller à son tour s'écraser sur le sol, celui-là même que l'on venait tout juste de nettoyer avec grand soin, puis se briser en mille fragments et répandre son liquide, en souillant derechef le carrelage.

Enfin, le jeune garçon, plutôt que d'aller se cacher, honteux et craintif d'une juste sanction, se jette à genou en soulevant son maillot et en hurlant de joie, tel un Zidane en culotte courte... L'on voit alors une ultime image du Vaporetto Polti v35 turbo space©, et une voix off qui déclare d'un ton rigolard, à la suite de la bourde du "jeune coquin", une phrase comme : « Vaporetto Polti v35 turbo space, pour toutes les occasions de la vie quotidienne ! ».

Eh voilà. N'est-ce pas un crève-coeur ? N'est-ce pas proprement scandaleux ? Est-ce qu'on joue au football à l'intérieur d'une maison ? Mmmh ? Est-ce que, après avoir cassé un verre et sali un parterre propre, on se vante de son forfait en hurlant comme un damné ? Mmmh ?

MAIS QU'ON LE CLAQUE, CE PETIT POURRI DE MÔME !

finipe, 17h09 :: :: :: [3 divagations]

19 Mars 2007 ::

« Deuxième guerre punique - L'épopée d'Hannibal »

:: Histoire antique, -219

Ce billet fait partie d'un sujet composé de trois parties :

1. Première guerre punique - La ruine de la Sicile
2. Deuxième guerre punique - L'épopée d'Hannibal
3. Troisième guerre punique - Delenda est Carthago




Pour les détails de la deuxième guerre punique, cf. « Histoire de Rome depuis sa fondation » livres XXXI à XL, de Tite-Live, et « Histoire » livres III à V, de Polybe. Ça rappellera bien des versions aux latinistes :)



Le renouveau de Carthage

Après la première guerre entre Rome et Carthage, la situation est difficile pour la cité nord africaine : la « guerre des mercenaires » a, durant près de trois années, ravagé les côtes et plongé le pays dans le chaos. Profitant de leur avantage et des problèmes que connaissent les carthaginois, les romains, non contents d'avoir conquis la Sicile, ont envahi la Corse et la Sardaigne. Mais Carthage a de la ressource : après avoir maté la rébellion, elle commence à s'étendre rapidement vers le sud de la péninsule ibérique, et profite des excellentes ressources du pays. Carthage fonde ainsi notamment Carthagène (la « nouvelle Carthage »), parmi d'autres colonies prospères.

Ainsi, sous l'égide de la famille Barca, Carthage se reforge une puissance économique, puis une puissance militaire, sans toutefois parvenir à reprendre aux romains la suprématie sur les mers. Ce renouveau inquiète fortement les autorités romaines : en -219, Carthage prend le contrôle de Sagonte, une cité espagnole alliée de Rome, qui profite de ce prétexte pour déclarer la guerre à sa rivale.

Hannibal fait vaciller Rome

Hannibal Barca, le fils d'Hamilcar, sait que Carthage ne peut vaincre sur les mers. Aussi, dès -218, prépare-t-il soigneusement une campagne terrestre d'envergure : il réunit en Espagne une gigantesque armée de près de 50.000 fantassins, 9.000 cavaliers, et 37 éléphants de guerre, puis se met en route avec la ferme intention de conquérir Rome. Il passe tout d'abord les Pyrénées sans problème, continue le long du littoral sans rencontrer d'animosité de la part des peuplades locales, puis doit s'écarter de Marseille, une cité fidèle à Rome.

Hannibal franchit donc le Rhône, remonte vers les Alpes, et s'engage dans la chaîne montagneuse au mois d'octobre, dans des conditions terribles : harcelé par les tribus locales, devant lutter contre le froid, il réussit malgré tout à passer en Italie au bout de 18 jours de traversée éprouvante. Les éléphants n'ont pas survécu, beaucoup d'hommes sont morts, et toute l'armée est épuisée. Toutefois, l'armée carthaginoise a atteint la plaine du Pô, et ses effectifs sont regonflés de plusieurs milliers de gaulois, ralliés à la cause d'Hannibal.

Pendant ce temps, Rome n'est pas restée sans rien faire : elle a tout d'abord eu l'intention de stopper Hannibal dans son périple, mais aucun réel engagement n'a eu lieu. Dans le même temps, une flotte menée par le général Publius Cornelius Scipion[1] s'est préparée en Sicile pour aller attaquer directement Carthage par voie maritime : mais l'inquiétante avancée des carthaginois à travers les Alpes a contraint les romains à oublier cette idée, et Scipion revient en Italie avec son armée pour affronter Hannibal.


Trajet d'Hannibal et de son armée

Dès lors, c'est une suite d'écrasantes victoires que remporte Hannibal sur les troupes romaines. En novembre -218, la bataille du Tessin. En décembre -218, la bataille de la Trébie, où 20.000 soldats romains perdent la vie. En juin -217, la bataille du lac Trasimène, pendant laquelle l'armée romain tombe dans une embuscade fatale. Les romains perdent 15.000 hommes sans même pouvoir se défendre, et 15.000 autres sont faits prisonniers ; quant au consul Caius Flaminius, général de cette armée, il finit décapité.

Enfin, en août -216, échaudé par les précédentes défaites, le consul Fabius Maximus (élu entre temps dictateur[2]) prône plutôt la tempérance... Mais d'autres ne rêvent que de vengeance, notamment les consuls Varron et Paul Emile, qui, faisant fi des conseils de Fabius Maximus, vont au devant d'Hannibal, avec une armée démesurée de plus de 86.000 hommes ! Les deux armées se rencontrent à Cannes, à l'est de Rome sur les rives de l'Adriatique, et c'est là que tout le génie stratégique d'Hannibal se révèle[3]. L'une des plus gigantesques batailles de l'Antiquité de solde par un massacre effroyable : 60.000 romains meurent, 10.000 sont faits prisonniers, tandis que les carthaginois ne déplorent que quelques milliers de victimes. C'est la pire défaite que subiront les romains au cours de leur histoire.

Les délices de Capoue

Après l'humiliation des romains à la bataille de Cannes, plusieurs régions d'Italie se défont de la tutelle de Rome, et le pouvoir de la République vacille. Mais Hannibal et son armée sont à bout de forces et de ravitaillement, malgré cet incroyable périple et ces victoires glorieuses : en septembre -216, ils s'installent pour l'hiver dans la ville de Capoue, qui leur a ouvert ses portes, sans pour autant leur prêter assistance militaire.

Restant à Capoue, les carthaginois attendent des renforts et du ravitaillement : mais la mer est toujours contrôlée par les romains, et il est difficile d'obtenir de l'aide par voie terrestre, si loin de sa patrie, et malgré les précédentes victoires. Hannibal ne peut rien faire d'autre que d'attendre, et de goûter aux « délices de Capoue »... Mais après des mois d'attente, rien ne se passe. Les maigres renforts qui parviennent sont insuffisants, et Hannibal tente une manoeuvre diplomatique : en avril -215, il noue une alliance avec le roi Philippe V de Macédoine, qui s'engage dans une guerre contre Rome, guerre qui durera jusqu'en -205, mais qui n'aura aucune incidence sur la situation d'Hannibal, faute de moyens.

La colonie grecque de Syracuse, de son côté, a été gagnée à la cause de Carthage, rompant son alliance avec Rome. En -213, le consul Marcus Claudius Marcellus profite alors de l'inaction forcée d'Hannibal pour assiéger Syracuse : le siège dure deux années, mais Syracuse finit par tomber[4].


A gauche : buste d'Hannibal Barca
A droite : buste de Scipion l'Africain

En Espagne, malgré quelques petites défaites, le frère d'Hannibal, Hasdrubal, a mené la vie dure aux romains jusqu'en -211. Mais Publius Cornelius Scipion fils, le futur Scipion l'Africain, intervient alors et gagne plusieurs batailles décisives : il s'empare notamment de Carthagène et pousse Hasdrubal à se replier vers la Gaule. Celui-ci continue ensuite son chemin vers le sud de l'Italie à dessein d'établir une jonction avec son frère Hannibal, mais son armée est anéantie par les romains à la bataille de Métaure, en -207. Hasdrubal meurt durant les combats.

Enfin, en -206 et -205, Scipion le jeune achève de conquérir l'Espagne, et abat les derniers points de résistance des carthaginois en Italie. Une paix est également signée avec Philippe V de Macédoine : Hannibal est désormais définitivement privé de tout soutien... Il tente un coup de force en assiégeant Rome : la ville est prise de panique, chacun s'attèle à consolider les murailles, mais faute de moyens Hannibal ne peut mener son siège à bien.

La fin de l'épopée carthaginoise

Le jeune Scipion, auréolé de gloire après ses nombreuses victoires en Espagne, devient consul de Rome, et obtient l'assentiment du Sénat pour aller porter la guerre en Afrique. A la tête d'une armée de 30.000 hommes, il débarque ainsi non loin de Carthage en -204. Mais les débuts de cette campagne sont difficiles, et Scipion subit plusieurs revers, sans plier toutefois. En -203, plusieurs batailles opposent d'une part une coalition faite entre Carthage et Syphax, roi de Numidie promis à épouser la princesse carthaginoise Sophonisbe, et d'autre part les romains et leur allié Massinissa, un autre roi de Numidie ennemi de Syphax.

Scipion, avec l'aide de la terrible cavalerie de Massinissa, est victorieux à la bataille des grandes plaines, et Hannibal quitte l'Italie avec son armée pour venir en aide aux siens. Malgré des tentatives de part et d'autre de trouver un compromis de fin de guerre, les armées de Scipion et d'Hannibal se rencontrent enfin à Zama, au sud-ouest de Carthage, le 19 octobre 202 av. JC. Lors de cette bataille, Scipion utilise la stratégie qu'utilisa Hannibal lors de la bataille de Cannes, et c'est un succès sans précédent : l'armée d'Hannibal, malgré sa supériorité numérique, subit une cuisante défaite, en voyant plus de la moitié de son armée tuée ou capturée.

Carthage doit capituler, et se voit une fois encore imposer des conditions de paix écrasantes.

Destins des stratèges

Après 15 années passées sur le sol italien à faire trembler Rome, Hannibal subit donc une défaite. Après la bataille de Zama, il regagne Carthage, et tente de reprendre en main le gouvernement de la cité, avec une seule idée en tête : vaincre à nouveau les romains ! Mais les élites de la ville ne veulent plus de la guerre, et Hannibal est contraint à l'exil. Il parcourt alors la méditerranée orientale en se mettant au service de divers roi et princes qui luttent contre Rome.

Mais en -183, alors qu'Hannibal craint d'être livré aux romains, il préfère se donner la mort par le poison. Ainsi meurt la plus terrible menace qu'ait jamais connu Rome.

Quant à Scipion l'Africain, il est bien mal remercié par ceux qu'il a sauvés : en -190, alors qu'il revient encore une fois de campagne militaire, il rencontre une vive hostilité de certains sénateurs, qui le contraignent à l'exil.

Comme Hannibal, il meurt en -183, non loin de Capoue, en dehors des limites du territoire romain. Sur son tombeau est inscrite l'épitaphe suivante : « Ingrate patrie, tu n'auras pas mes os ».

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1. Publius Cornelius Scipion est le père du célèbre Scipion l'Africain

2. La fonction de dictateur de la République romaine n'avait rien de tyrannique : le dictateur était un magistrat extraordinaire, désigné par le Sénat parmi les consuls les plus expérimentés, et pour une durée maximale de six mois. Il possédait durant ce laps de temps des pouvoirs complets, afin de régler des situations d'exception, souvent en temps de troubles.

3. Sans entrer dans de longs et fastidieux détails stratégiques, la bataille de Cannes restera dans les annales militaires comme un maître coup, dont les plus grands généraux de l'Histoire s'inspireront plus tard, notamment Napoléon.

4. Parmi les défenseurs de Syracuse se trouvait l'illustre savant grec Archimède, auteur du célèbre « Eurêka ! », qui avait mis tout son génie dans la confection de machines de guerre pour défendre la cité. Selon la légende, il aurait entre autres conçu un dispositif de miroirs concentrant les rayons solaires pour enflammer les navires : il s'avère toutefois que ce dispositif est irréaliste au regard des conditions techniques et des matériaux de l'époque. Archimède mourut pendant le siège, tué par un soldat romain, alors qu'il était en train de dessiner des figures géométriques au sol. Marcellus, admiratif du grand génie, lui offrit des funérailles somptueuses.

finipe, 00h14 :: :: :: [8 lettres de suicide]

16 Mars 2007 ::

« Première guerre punique - La ruine de la Sicile »

:: Histoire antique, -264

Ce billet fait partie d'un sujet composé de trois parties :

1. Première guerre punique - La ruine de la Sicile
2. Deuxième guerre punique - L'épopée d'Hannibal
3. Troisième guerre punique - Delenda est Carthago




Les « guerres puniques », au nombre de trois, désignent les conflits ayant opposé, durant l'Antiquité, Rome et Carthage : de grands noms de l'Histoire s'y sont distingués, comme notamment Hamilcar, Hannibal, Scipion l'africain, ou encore Xanthippe. J'espère que mes propos sont clairs, j'ai eu beaucoup de mal à ne pas me perdre en d'interminables digressions !

Pour les détails de la première guerre punique, cf. « Histoire universelle » de Diodore de Sicile.




De l'alliance à la rivalité

Pendant longtemps régna une saine cordialité entre les deux puissantes cités Rome et Carthage : accords commerciaux, aide militaire contre les vélléités expansionnistes des grecs, tout allait dans le sens d'une amitié renouvelée. Cependant, cette entente va progressivement s'effriter autour d'un point de discorde très précis : le détroit de Messine[1], situé entre la Sicile et l'Italie.

En effet, depuis le début du IIIème siècle av. JC, deux colonies grecques se font face de part à d'autre du détroit : du côté italien, la cité de Rhegium (soutenue par Tarente), et du côté sicilien, la cité de Messine (soutenue par Syracuse). Mais des mercenaires italiens, les Mamertins, laissés sans solde par Syracuse, se paient en prenant de force Messine. Dans le même temps, Rome s'empare de Rhegium, puis se heurte à Tarente, qui fait appel à Pyrrhus[2] pour lui venir en aide. En -279, Rome et Carthage font alliance pour combattre Pyrrhus, et après de nombreuses luttes, Rome finit par prendre Tarente (-270), et Pyrrhus quitte l'Italie. Seule Syracuse est parvenue à conserver son autonomie de colonie grecque.


Chacun reprend ses positions : Rome occupe désormais le sud de l'Italie, et Carthage l'ouest de la Sicile. Faisant alliance avec Syracuse, Carthage décide d'évincer les Mamertins : le général carthaginois Hannon le grand met le siège sur Messine. Rome voit cela d'un très mauvais oeil : si Carthage s'emparait de Messine, c'est toute la Sicile qui lui appartiendrait, et Carthage serait alors aux portes de l'Italie. En dernier recours, un consul romain est envoyé à Messine pour sommer les carthaginois de renoncer et lever le siège, mais ceux-ci refusent : nous sommes en 264 av. JC, et la guerre entre Rome et Carthage est inévitable.

Vingt années de statu quo

Dans un premier temps, les romains s'assurent de la neutralité de la colonie grecque de Syracuse, alliée de Carthage : ils remportent plusieurs victoires militaires terrestres, puis concluent un accord de paix garantissant à Syracuse le maintien de son autonomie, en échange de sa neutralité. Une fois ceci fait, l'armée romaine continue d'avancer en Sicile, en conquérant plusieurs villes après des sièges souvent terribles[3]. Mais le contrôle total de la Sicile ne peut se faire sans le contrôle des mers, que pour le moment seule Carthage possède réellement. Rome, une puissance d'infanterie incontestable, n'est en revanche pas du tout accoutumée aux batailles navales.

Aussi, dès -261, Rome fait construire une flotte de combat constituée de quinquérèmes, calqués sur les navires carthaginois, mais munis de corbeaux, sortes de ponts d'abordage dotés de crochets, qui permettent de transformer les combats maritimes en combats d'infanterie : un an plus tard, forts de cette trouvaille, les romains commencent à conquérir la mer. C'est ainsi qu'ils remportent la première victoire navale de leur histoire, à la bataille de Mylae, où ils écrasent littéralement la flotte carthaginoise.

Après cette première grande victoire, les romains prennent nettement l'avantage sur mer comme sur terre, malgré quelques contre-offensives terrestres victorieuses des troupes de Carthage. Encouragée par ces succès, Rome décide de porter le coup fatal en débarquant en Afrique. Le général romain Regulus s'avance ainsi à la tête d'une puissante armée : mais c'est sous estimer la force de Carthage, qui, menée par le général mercenaire grec Xanthippe[4], écrase l'armée romaine à la bataille d'Utique, en -255. Regulus est capturé, et la flotte romaine, déjà mise à mal par cette défaite, est ensuite entièrement ravagée par une tempête.

Carthage propose une conciliation à Rome en envoyant le prisonnier Regulus comme émissaire de cette proposition de paix : mais, contre toute attente, Regulus plaide devant le sénat romain la poursuite de la guerre. Il retourne ensuite se livrer à Carthage, où il est atrocement mis au supplice... En Sicile, la situation reste confuse : après une relative domination romaine, Carthage reprend possession d'une bonne partie de l'île à partir de -248, grâce notamment à son général Hamilcar Barca (le père du célèbre Hannibal).

Le basculement des forces & la victoire de Rome

Après bien des déboires maritimes, Rome reconstitue sa flotte en -243 : forte de ses premiers succès dans les vingt précédentes années, l'armée romaine remporte quelques batailles l'année suivante. Puis, en -241, Carthage décide d'envoyer un renfort de 200 navires en Sicile, menés par Hannon le grand : les romains, grâce à leurs espions, apprennent cette information et tendent une embuscade à la flotte carthaginoise, près des îles Aégates, à l'ouest de la Sicile. La bataille est un succès retentissant pour la flotte romaine : Carthage perd plus de la moitié de ses navires. Hamilcar quant à lui, est resté en Sicile : encerclé par les romains et coupé de son soutien, il n'a d'autre choix que de capituler.

Le bilan

Les pertes sont effroyables : 200.000 soldats sont morts... La Sicile, bien que ravagée, devient une province de Rome, qui est désormais la principale puissance méditerranéenne.

L'écrasant tribut que doit verser Carthage provoque une crise grave dans la cité nord africaine : plus de 20.000 mercenaires sans solde décident de se payer en mettant à sac Carthage et toute la côte. Hamilcar est appelé en catastrophe à la rescousse, et même Rome apporte son soutien en libérant les prisonniers de guerre, afin qu'ils puissent aider Carthage à mater cette révolte[5]. Après d'insondables massacres, Carthage mate finalement les insurgés... Rome est satisfaite de son soutien : Carthage, bien qu'ancien adversaire, n'en demeure pas moins la deuxième puissance commerciale, un partenaire incontournable !

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1. Ce détroit est célèbre dans l'Antiquité. Deux dangers mortels s'y trouvent, nommés Charybde et Scylla, l'un étant un tourbillon et l'autre un rocher : lorsque l'on réussit à franchir l'un, on se brise sur l'autre, et réciproquement. On trouve encore aujourd'hui ces deux noms dans l'expression « aller de Charybde en Scylla », qui signifie franchir un obstacle pour se briser sur un autre plus dangereux encore.

2. Pyrrhus Ier, roi d'Epire, est resté célèbre par le dicton « une victoire à la Pyrrhus », qui désigne une victoire extrêmement coûteuse : en effet, après la bataille d'Ausculum, qui l'opposait aux troupes romaines, Pyrrhus perdit 3000 hommes là où les romains en perdirent 6000.

3. Agrigente, notamment, subit un siège de 6 mois, et toute la population est finalement réduite en esclavage par Rome.

4. Xanthippe, originaire de Sparte, se mit au service de Carthage pour réorganiser l'armée des mercenaires. Ne pas confondre avec un autre Xanthippe, qui participa deux siècles auparavant aux guerres médiques, notamment à la bataille du cap Mycale. Ne pas confondre non plus avec Xanthippe, une femme cette fois, épouse de Socrate.

5. L'Histoire a retenu ce soulèvement sous le nom de « Guerre des mercenaires », dont Gustave Flaubert fit le cadre de son roman Salammbô.

finipe, 19h51 :: :: :: [1 vilénie]

14 Mars 2007 ::

« Marignan, un carnage célèbre »

:: Histoire moderne, 1515

Qui n'a jamais entendu parler de la bataille de Marignan en 1515 ? C'est sans doute la plus célèbre date de l'Histoire de France après 1789, largement utilisée, de Boule & Bill au Petit Nicolas... Voici donc encore une bonne occasion d'essayer d'en savoir un tout petit peu plus, morbleu !


Les rêves de conquête de François Ier

Le 1er janvier 1515, le roi Louis XII, le père du peuple comme on le surnommait, meurt. François Ier, son cousin, lui succède. Il est marié à la propre fille de feu Louis XII et d'Anne de Bretagne : Claude de France, duchesse de Bretagne[1]. A peine est-il monté sur le trône qu'il fait connaître ses prétentions sur le duché de Milan : son arrière grand mère, Valentine Visconti, était en effet duchesse de Milan, et c'est à ce titre que le jeune roi de France revendique ce territoire. Mais au-delà d'un simple duché, c'est toute l'Italie que souhaite conquérir François Ier, désireux de concrétiser le vieux rêve de ses prédécesseurs Charles VIII et Louis XII.


A gauche : François Ier en 1515
A droite : Claude de France et ses quatre filles (portrait posthume)

Ainsi, dès le printemps, François Ier rassemble une armée de près de 30.000 hommes, environ 2000 cavaliers, et une artillerie composée de 60 canons de bronze qui font la jalousie des armées adverses. Face à eux, une coalition est formée entre les milanais (menés par le duc Maximilien Sforza) et leurs alliés, parmi lesquels des troupes suisses redoutables, à la réputation d'invincibilité. Sachant les points de passage de la frontière franco-italienne fermement gardés, l'armée française emprunte le difficile col de l'Argentière et parvient près de Milan, dans la plaine du Pô. Une délégation suisse vient alors au devant de François Ier, et l'on parlemente. Un accord est signé le 8 septembre avec une partie des troupes suisses, qui s'engage à servir les français contre une somme faramineuse de 600.000 écus.

Cependant, les troupes milanaises et une autre partie des suisses s'avancent pour attaquer : la bataille est inéluctable.


La bataille

Le 13 septembre, le combat débute et s'avère immédiatement âpre et mortel : les français tiennent bon, mais la situation est délicate. Dans le tumulte des combats se distingue notamment le célèbre chevalier Bayard, qui, après que son cheval se soit emballé, parvient miraculeusement à échapper aux suisses. Après une journée entière de combats, l'issue demeure incertaine, et chacun tombe de fatigue : une courte trêve intervient pour la nuit. Au matin du 14 septembre, les combats reprennent, et les deux armées semblent encore de forces égales. C'est alors que, à la fin de la matinée, les troupes vénitiennes, alliées de François Ier, arrivent à la rescousse de l'armée française : le coeur de la bataille change et les suisses se replient finalement vers Milan, vaincus.

Lorsque les fumées se dissipent, c'est un véritable carnage que l'on découvre : entre 14.000 et 18.000 cadavres gisent sur le sol, dont une large majorité de milanais et de suisses.

Une victoire symbolique

Grâce à cette victoire, François Ier assied son règne avec autorité, et tire une grande gloire personnelle dans le royaume ; admiratif des hauts faits d'armes et des us chevaleresques de ses aïeux, François Ier est adoubé par le chevalier Bayard en personne, sur le champ de bataille.

Toutefois, jamais on n'avait vu pareille hécatombe depuis des centaines d'années. Outre les innombrables morts, François Ier a payé cher sa victoire en devant acheter la coopération d'une partie des suisses.

Le 29 novembre 1515, le traité de Fribourg est signé entre la France et la Suisse, assurant une « paix perpétuelle » entre les deux pays, paix qui — à ce jour — est toujours respectée.

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1. On connaît généralement Claude de France pour deux particularités. Tout d'abord, malgré un physique peu avantageux, elle était extrêmement pieuse et charitable, ce qui lui valait une très grande sympathie parmi le peuple français : on la surnommait la bonne reine. Puis, en son honneur, on a donné son nom à une race de prune verte venant d'un arbre importé d'Asie : la Reine Claude.

finipe, 23h36 :: :: :: [1 plainte déchirante]

11 Mars 2007 ::

« La guerre des deux Jeannes »

:: Histoire médiévale, 1341

Conflit de succession en France

Depuis 1337, les royaumes de France et d'Angleterre sont engagés dans ce que nous appelons aujourd'hui la guerre de cent ans. Edouard III, roi d'Angleterre, est le fils d'Isabelle (surnommée la Louve de France), la dernière des quatre enfants de Philippe IV le Bel[1]. En 1328, à la mort de son oncle Charles IV le Bel, le roi d'Angleterre Edouard III réclame donc le trône de France, en tant que neveu du roi décédé. Mais Philippe VI de Valois, cousin germain d'Isabelle, fait valoir la loi salique, selon laquelle le royaume ne peut se transmettre que par les héritiers mâles, ce qui n'est pas le cas d'Edouard III, puisqu'il est lié au trône de France par sa mère et non par son père[2].


Conflit de succession en Bretagne

L'année 1341 : la succession du duché de Bretagne est elle aussi contestée. Le duc Jean III de Bretagne est mort sans enfant, et deux successeurs pourraient faire valoir leurs droits. D'une part, il y a Jean de Montfort[3], le demi-frère de Jean III, et d'autre part Jeanne de Penthièvre, la nièce de Jean III, mariée à Charles de Blois, le neveu du roi de France Philippe VI de Valois. Afin que le litige de succession soit tranché par le roi de France, les deux prétendants se rendent à Paris. L'accueil réservé à Charles de Blois est chaleureux, tandis que Jean de Montfort est reçu avec froideur : il apparaît donc très rapidement à ce dernier que c'est Charles de Blois qui aura la préférence du roi Philippe VI.


A gauche : Charles de Blois, époux de Jeanne de Penthièvre
A droite : Jean de Montfort, devant le roi de France Philippe VI de Valois

Et pourtant, cette situation est paradoxale. Charles de Blois fonde en effet cette succession sur une femme (sa propre femme Jeanne de Penthièvre), tandis que Jean de Montfort respecte la loi salique, celle-là même qu'a utilisé Philippe VI pour évincer Edouard III du trône français... Certain qu'il sera débouté, Jean de Montfort décide de prendre les devants et quitte Paris pour se rendre à Nantes, puis dans toutes les places fortes bretonnes, afin d'y assurer son contrôle. Il se rend ensuite en Angleterre, où le roi Edouard III, trop heureux de pouvoir semer le trouble en France, lui accorde son soutien.

Vers la guerre

Enfin, Jean de Montfort est convoqué par Philippe VI, qui lui reproche ses agissements séditieux et sa collusion avec le roi d'Angleterre. Montfort fait valoir ses droits et la loi salique, mais finalement un tribunal tranche définitivement en faveur de Charles de Blois : celui-ci devient officiellement Duc de Bretagne, et Jean de Montfort prend la fuite.

C'est ainsi que débute une guerre de succession en Bretagne qui durera 23 ans, entre d'un côté Jean de Montfort, allié avec les anglais, et de l'autre Charles de Blois et sa femme Jeanne de Penthièvre, légitimés par le roi de France. Lors de ce conflit, Montfort sera fait prisonnier, et c'est sa femme Jeanne de Flandre qui reprendra le flambeau de cette lutte, d'où le nom que l'on donne à cette guerre : la « Guerre des deux Jeannes »[4].

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1. Mariée à Edouard II, roi d'Angleterre reconnu pour ses penchants homosexuels, Isabelle intrigua pour exclure son mari du trône d'Angleterre au profit de son fils : Edouard II fut emprisonné et assassiné. On lui attribue également une relation avec le héros écossais William Wallace (cf. le film « Braveheart » et Sophie Marceau dans le rôle d'Isabelle de France), mais cette relation n'a en vérité jamais eu lieu.

2. Pour ce qui concerne l'imbroglio de succession du royaume de France en 1328, lire la célèbre saga de Maurice Druon « Les rois maudits ».

3. Jean de Montfort est un lointain descendant de Simon de Montfort, qui a été évoqué ici-même à l'occasion de la croisade contre les Cathares

4. Pour la fin de cette guerre de succession de Bretagne, lire notamment l'excellente saga de Pierre Naudin : le « Cycle Tristan de Castelreng » (7 tomes)

finipe, 17h40 :: :: :: [3 haineuses invectives]

8 Mars 2007 ::

« Sonnet à l'Administration »

:: Métroboulododo

Puisse mon humble soeur me pardonner le peu d'orthodoxie, le peu d'académisme de ce sonnet : rimes différentes dans les deux premiers quatrains, pas d'hémistiche, bref, la honte. Mais on s'en fout, c'est pour l'Administration !




    Créature informe, telle l'Hydre de Lerne,
    Dix mille de tes appendices nous gouvernent,
    Et tous exhalent le méphitique venin
    De contrats inéluctablement léonins

    Suis-je donc si difforme ou si extravagant ?
    Devrais-je dans ta figure laisser mon gant
    Que tu daignes enfin poser sur moi un regard,
    Que tu me considères enfin avec égards ?

    Toi que je hèle de mille et mille suppliques,
    Tu me réponds comme l'on traite une colique.
    De tes frasques ineptes je suis le dindon,

    Adonc ! Que ma détermination ne faiblisse :
    Si jamais tu ne m'offres le moindre pardon,
    Sache dès lors, ribaude, qu'au cul je te pisse !

finipe, 19h32 :: :: :: [7 remarques spirituelles]

6 Mars 2007 ::

« Le scandale du canal de Panamá »

:: Histoire contemporaine, 1889

Après l'incident de Fachoda et l'affaire Dreyfus, je continue sur ma lancée des scandales français de la fin du XIXème siècle...



L'échec du projet français

Le projet d'un canal reliant océan Atlantique et océan Pacifique est une idée très ancienne : au XVIème siècle déjà, alors que l'Amérique n'était "découverte" que depuis 50 ans, l'idée avait germé dans certains esprits. Mais c'est à la fin du XIXème siècle que ce projet commence à se concrétiser : en 1879, fort de son succès dans l'entreprise du percement du canal de Suez, le français Ferdinand de Lesseps propose son savoir-faire pour réaliser le canal de Panamá. Après des mois de discussion sur les dispositions techniques à employer, l'on retient finalement une solution identique à celle du canal de Suez, c'est-à-dire un canal sans écluse, situé au niveau de la mer.

Les travaux doivent prendre 12 ans et coûter la bagatelle de 600 millions de francs : Ferdinand de Lesseps crée donc la Compagnie Universelle du Canal Interocéanique de Panamá afin de récolter les fonds nécessaires à ce projet titanesque. Le 1er janvier 1880, les travaux démarrent. Mais Lesseps a sous estimé les difficultés que soulèverait un pareil chantier : la région est très montagneuse, tropicale, les conditions sont épouvantables, et l'on en vient rapidement à recruter des ouvriers miséreux prêts à toutes les tâches pour faire face à l'inhumanité du travail à effectuer.

Puis, ce sont les épidémies qui déciment les rangs : paludisme, malaria et fièvre jaune fauchent un à un les ouvriers. Après trois ans de travaux insensés, on compte près de 22000 victimes, tuées soit par les fièvres, soit par les accidents de travail. Le projet est interrompu et les investisseurs reculent, les travaux ayant déjà dépassé la somme totale prévue initialement par Ferdinand de Lesseps. Celui-ci remue donc ciel et terre en France pour réunir de nouveaux fonds, en lançant des souscriptions publiques et en démarchant auprès des banques.


Le canal durant les travaux, à travers des régions montagneuses,
et dans des conditions terribles

Le scandale financier

En 1888, huit ans après le début des travaux, et alors que ceux-ci sont totalement bloqués, le canal a coûté près du triple de ce qu'il devait coûter à l'origine. Ferdinand de Lesseps, vieillissant et à cours de solution (il a alors 83 ans), se résout à faire appel à l'ingénieur Gustave Eiffel, qui mène à ce moment même la construction de la célébrissime tour portant son nom, et qui doit être présentée à l'exposition universelle l'année suivante. Eiffel reprend les choses en main et modifie le canal en y ajoutant notamment un complexe système d'écluses. Toutefois, il manque encore l'argent pour finir les travaux...

A peine Ferdinand de Lesseps a-t-il récolté un peu d'argent qu'il l'utilise pour verser des pots-de-vin aux journalistes, afin qu'ils ne dévoilent pas l'ampleur du désastre financier qu'est le canal de Panamá. Dans le même temps, il corrompt des dizaines de ministres et de hauts fonctionnaires, de façon à faire taire les protestations, et surtout pour que des lois soient votées en sa faveur : un texte officiel lui permet ainsi d'émettre des emprunts à lots, type particulier d'emprunt dont une partie est remboursable chaque année par tirage au sort d'un certain nombre de numéros de titres.

Mais malgré toutes ces combines et ces tricheries, la faillite de la Compagnie Universelle du Canal Interocéanique de Panamá est inévitable, et dès le début de l'année 1889, elle se trouve en liquidation judiciaire. Des dizaines de milliers de souscripteurs sont purement et simplement ruinés !


A gauche : Ferdinand de Lesseps
A droite : Gustave Eiffel

Les conséquences du scandale & l'achèvement du canal

Parmi les politiciens corrompus ou soupçonnés de l'être se trouve Georges Clémenceau, qui doit se mettre à l'écart de la vie politique pendant plusieurs années, bien que sa culpabilité n'ait pu être établie. Ferdinand de Lesseps quant à lui, qu'on avait autrefois surnommé « Le Grand Français », est brisé par le scandale : il sombre dans la sénilité et meurt misérablement le 7 décembre 1894. L'antisémitisme, déjà fort palpable dans cette France de la fin du XIXème siècle, subit un regain d'activité dû à la présence de deux juifs dans le proche entourage de Ferdinand de Lesseps : l'affaire Dreyfus qui éclatera quelques années plus tard en sera le triste exemple.

Enfin, la Société du canal et tout son matériel est finalement rachetée par les Etats-Unis de Théodore Roosevelt en 1904, après que le Panamá ait fait sécession avec la Colombie, sous l'impulsion des américains. Grâce en grande partie à des découvertes médicales majeures permettant de lutter efficacement contre la fièvre jaune et le paludisme, "seulement" 5000 ouvriers meurent en dix ans de travaux, et les Etats-Unis parviennent à achever ce projet colossal.

Le canal est inauguré le 15 août 1914, 34 ans après le premier coup de pioche français !

finipe, 23h58 :: :: :: [1 intervention abstruse]

4 Mars 2007 ::

« Le vertige des heures »

:: Les aventures du lion

finipe, 21h11 :: :: :: [7 plaintes déchirantes]

2 Mars 2007 ::

« L'affaire Dreyfus - 2ème partie »

:: Histoire contemporaine, 1899

Ce billet fait partie d'un sujet composé de deux parties :

1. L'affaire Dreyfus - 1ère partie
2. L'affaire Dreyfus - 2ème partie



Un long chemin vers la révision du procès

Après la publication de multiples preuves dans les colonnes des journaux, l'innocence d'Alfred Dreyfus, ainsi que la culpabilité d'Esterhazy et la complicité de l'Etat-Major de l'armée et du gouvernement ne font plus aucun doute, et Mathieu Dreyfus porte plainte contre Esterhazy en novembre 1897. Ce dernier demande lui-même à être jugé devant un conseil de guerre, et le 10 janvier 1898 a lieu son procès : dès le lendemain, il est tout simplement acquitté. Le lieutenant-colonel Picquart en revanche, fait les frais du scandale : il est accusé de falsification de documents et violation de secret professionnel, puis est chassé de l'armée et mis en prison ! L'Etat-Major et le gouvernement semblent être prêts à tout pour ne pas reconnaître leurs fautes et étouffer l'affaire.

Le 13 janvier 1898, Emile Zola, dreyfusard convaincu, publie le désormais célébrissime « J'accuse...! » dans le journal L'Aurore. Il s'agit d'une lettre ouverte au président Félix Faure, dans laquelle il détaille les faits et démontre point par point l'iniquité de la justice envers Alfred Dreyfus : des centaines de milliers d'exemplaires du journal s'arrachent en quelques heures, et le véritable scandale national débute. Première historique, une pétition est signée par de très nombreux intellectuels le lendemain même de la parution de l'article de Zola. Parmi eux, on trouve Claude Monet, Marcel Proust, Georges Clémenceau (mis sur la touche politique après le scandale de Panamá), Jean Jaurès ou encore Anatole France. Mais en guise de révision du procès de Dreyfus, Zola est jugé devant une cour d'Assises pour diffamation publique et est condamné à un an de prison et plusieurs dizaines de milliers de francs d'amende : il doit s'exiler en Angleterre pour échapper à la prison.


Emile Zola, et la célèbre une du journal L'Aurore


Le basculement des mentalités

Dans les rues des grandes villes de France, de nombreuses manifestations antisémites sont organisées : les cris de « Mort aux juifs ! » et « À bas Zola ! » se font entendre durant toute l'année 1898. En juillet de cette même année, le ministre de la guerre fait état devant le Conseil d'un "document accablant", afin de s'assurer encore une fois de la culpabilité définitive de Dreyfus. Mis en doute par la presse et tout le camp dreyfusard, le ministre se voit dans l'obligation de faire expertiser ce document soi-disant accablant : ce dernier se révèle encore être un faux du colonel Henry, l'ancien adjoint de Picquart. Henry est arrêté et emprisonné le 30 août, et se suicide le lendemain (un garde aurait "malencontreusement" oublié une lame de rasoir dans la cellule du prisonnier...).

Dès lors, le pays bascule définitivement du côté des dreyfusards. Le 16 février 1899, Félix Faure meurt et c'est Emile Loubet qui lui succède : il ordonne une révision du procès d'Alfred Dreyfus, alors même que la situation politique de son gouvernement est des plus instables, les nationalistes faisant tout leur possible pour prendre le pouvoir (un coup d'état mené par Paul Déroulède, écrivain nationaliste et antidreyfusard forcené, échoue le 23 février 1899).

Le 1er juillet, Alfred Dreyfus revient de l'île du Diable et débarque à Quiberon. Le 8 août débute son second jugement à Rennes, et un mois plus tard la cour de justice prononce sa sentence : Dreyfus est de nouveau reconnu coupable de trahison, mais avec "circonstances atténuantes", et est condamné à dix années de prison. Le mois suivant, le président Emile Loubet, soucieux d'éviter un troisième procès, accorde la grâce présidentielle à Dreyfus, sans pour autant l'innocenter.

Destins de différents protagonistes

Il fallut attendre le 12 juillet 1906 pour que la cour de cassation annule tout simplement la condamnation d'Alfred Dreyfus : il fut réhabilité, réintégré dans l'armée, et fut fait chevalier de la Légion d'Honneur. Il participa à la première guerre mondiale, et mourut finalement le 12 juillet 1935 à Paris, d'une crise cardiaque.

Esterhazy s'exila en Angleterre après avoir été déclaré innocent par le conseil de guerre le 11 janvier 1898. Il vécut paisiblement là-bas et y mourut dans son lit en 1923.

Picquart fut réhabilité en même temps que Dreyfus. Il fut également ministre de la guerre sous le gouvernement Clémenceau, de 1906 à 1909.

Emile Zola put revenir en France un an après sa fuite en Angleterre, lorsque le procès de Dreyfus fut révisé. Il mourut le 29 septembre 1902, asphyxié par sa cheminée : la thèse du meurtre ne fut d'ailleurs jamais réellement écartée, étant donné les très nombreuses inimitiés que Zola avait contractées, notamment parmi les antidreyfusards. Ses cendres furent transférées au Panthéon en 1908.

finipe, 17h41 :: :: :: [6 pleurnicheries]

1er Mars 2007 ::

« Véhémence, quand tu nous tiens »

:: Nombril

Il y a peu de temps, je reçus dans ma boîte email le petit sésame m'informant que de nouveaux commentaires avaient été laissés sur ce blog. Je ressentis donc, comme à mon habitude, la petite pointe de contentement que — j'en suis sûr — chaque personne tenant un blog à jour ressent lorsqu'elle reçoit cet avertissement. J'allai donc joyeusement lire lesdits commentaires, et tombai sitôt des nues ! Afin que, chers lecteurs (encore merci à vous deux), vous vous fassiez une idée précise de la chose, je cite donc :

Lien : « Ces foutus chocolats de Noël... »

J'adore le chocolat, et c'est plutot les cadeaux de noel qui m'insupportent, en plus le gouda ne fait pas partie des "400 fromages francais" puisqu'en fait, comme chaqun sais il vient de hollande... critique inutile, misenthropie gratuite, bref du m'as-tu vu nombriliste sous couvert d'anticonformisme... (pour rester dans l'esprit "regarde comme j'ai du vocabulaireu)

-~-~-

Lien : « Saloperie de chat quantique »

Pourquoi je ne l'est pas lu ???

Bein en fait c'est le deuxieme article que je tente de lire et des les premieres phrases me vient une reflexion... decidement, non je n'aime pas trop les gens qui exposent leur savoir comme on lache une quiche en ayant au prealable prevenu tout le monde..., le vocabulaire peu courant n'est pas forcement tout le temp le plus aproprié, certe vous me direz la langue francaise est une noble langue qui comporte de nombreuses variante vocabulariques, ne faisons pas du novlang etc et gnagnagna, mais quelque fois il faut juste le bon mot plutot que le beau mot... dailleur dans le cas present, sans avoir lu l'article, je peu deja dire qu'on ne peu pas parler de misenthropie quand on ressent quelque anomisté envers les chats...
ensuite la misenthropie exclu par definition la recherche d'estime et l'exibitionisme intelectuel (qui sont a mon avis les deux motivations principale quand on crée un blog)
je suis desolé mais etant moi meme misenthrope, je ne t'aime pas et ne lirai jamais ta reponse... va chier.

Ma première réaction fut bien entendu viscérale, et il me vint l'envie de tout bonnement supprimer ces tombereaux d'insanités sans autre forme de procès. Après quelques secondes, la raison me revint et je recommençai à penser : j'envisageai donc tout naturellement de répondre à l'indélicat commentateur par un autre commentaire, sur un ton moqueur, cynique, ironique et roublard. Et puis enfin je passai le troisième stade, en me convainquant que pareille réponse ne me grandirait certainement pas, ni moi ni lui.

Qu'est-ce qui peut donc bien motiver un être humain sain de corps et d'esprit à libérer une telle hargne vers quelqu'un qu'il ne connaît pas du tout ? Si l'on tente d'analyser le message véhiculé par ce personnage répondant au pseudonyme de "Redizdead" (un fan de « la cité de la peur » sans doute, cela nous fait au moins un point commun), il semble donc (après déchiffrage laborieux) que son principal grief à mon endroit soit le suivant : je suis un ignoble frimeur nombriliste qui étale gratuitement mes mots compliqués et ma misérable culture personnelle afin d'épater la galerie, tout en me faisant passer pour un mec décalé et au-dessus de la masse grouillante de l'internaute lambda.

Eh bien cela est assez proche de la vérité : si je passe plusieurs heures par semaine à rédiger des billets de toute sorte, c'est en partie pour récolter une certaine gloire, qu'elle soit ou non méritée, et toute modeste soit-elle. Mais le nombrilisme n'est pas la clef de toute production publique, car ce serait bien vite oublier l'élément affectif qui caractérise une création :

  • L'auteur peut prendre du plaisir à créer (j'aime écrire pour moi-même, pour le simple fait d'aligner des mots et construire des phrases)

  • L'auteur peut prendre du plaisir à partager sa création avec d'autres (j'aime confronter mes textes à des lecteurs autres que moi)

  • Le lecteur peut prendre du plaisir à lire (j'aime que mes lecteurs aiment mes textes et partagent mon goût des mots rares)

  • Ensuite, seulement, l'auteur peut frimer, si sa création a suscité un certain intérêt, auprès d'un auditoire que l'auteur lui-même juge valable (je tire une fierté légitime à constater qu'un texte que j'ai écrit a suscité de l'intérêt chez des personnes que j'estime. Je suis en revanche déçu qu'un texte que j'ai écrit puisse susciter de l'hostilité, voire de la bêtise, en particulier si ce n'était pas du tout le propos de ce texte)

Le deuxième point reproché par le hargneux "Redizdead", c'est la profusion de mots "compliqués" que j'utilise volontiers dans mes textes : langage soutenu, lexique pédant, rare, inusité, ancien, hermétique, ésotérique, abstrus voire abscons. Là encore, ce procédé d'écriture ne serait donc pour moi qu'un exutoire de coq de basse cour en mal de reconnaissance, un moyen de poitriner devant la misérable poignée de mes lecteurs réguliers.

Est-il donc impossible de concevoir que quelqu'un puisse avoir l'amour des mots rares et des tournures alambiquées ? Peut-on imaginer un roman de Proust sans phrases d'un kilomètre de long, ou un roman de Huysmans sans mots étranges, précieux et inconnus ? Doit-on taxer Alexandre Dumas d'ignoble frimeur pour avoir trop utilisé le subjonctif plus-que-parfait dans ses oeuvres ?

Le pire dans tout ça, c'est que je sais pertinemment que quelque patience dont je fasse preuve, quelque tolérance dont je puisse m'armer, aucun dialogue ne peut aboutir face à une telle véhémence. Cette véhémence, je n'arrive pas à comprendre vraiment ce qui peut la motiver : selon Schopenhauer, ce sont la jalousie et la médiocrité naturelles de l'espèce humaine. Mais je présume que citer Schopenhauer est d'une prétention sans borne : il semblerait que savoir des choses et aimer en apprendre de nouvelles soient des tares en ce bas monde.

Je ne peux donc que constater encore une fois que la vanité innée de chacun, particulièrement irritable et irritante en ce qui concerne le domaine intellectuel, fait que nous ne cherchons pas à connaître la vérité des choses, mais juste à prouver notre supériorité aux autres.

N'est-ce pas d'ailleurs ce que je suis en train d'essayer de faire en écrivant ces quelques lignes ?

finipe, 01h01 :: :: :: [11 observations emphatiques]