Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Ne pas juger
les gens sur la mine...
Non mais
quel con !
Aujourd'hui, l'Homme ignore joyeusement le respect. C'est pourquoi la justice s'enfuit en rampant depuis la fin de l'imagination
Ploton ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

2 Mars 2007 ::

« L'affaire Dreyfus - 2ème partie »

:: Histoire contemporaine, 1899

Ce billet fait partie d'un sujet composé de deux parties :

1. L'affaire Dreyfus - 1ère partie
2. L'affaire Dreyfus - 2ème partie



Un long chemin vers la révision du procès

Après la publication de multiples preuves dans les colonnes des journaux, l'innocence d'Alfred Dreyfus, ainsi que la culpabilité d'Esterhazy et la complicité de l'Etat-Major de l'armée et du gouvernement ne font plus aucun doute, et Mathieu Dreyfus porte plainte contre Esterhazy en novembre 1897. Ce dernier demande lui-même à être jugé devant un conseil de guerre, et le 10 janvier 1898 a lieu son procès : dès le lendemain, il est tout simplement acquitté. Le lieutenant-colonel Picquart en revanche, fait les frais du scandale : il est accusé de falsification de documents et violation de secret professionnel, puis est chassé de l'armée et mis en prison ! L'Etat-Major et le gouvernement semblent être prêts à tout pour ne pas reconnaître leurs fautes et étouffer l'affaire.

Le 13 janvier 1898, Emile Zola, dreyfusard convaincu, publie le désormais célébrissime « J'accuse...! » dans le journal L'Aurore. Il s'agit d'une lettre ouverte au président Félix Faure, dans laquelle il détaille les faits et démontre point par point l'iniquité de la justice envers Alfred Dreyfus : des centaines de milliers d'exemplaires du journal s'arrachent en quelques heures, et le véritable scandale national débute. Première historique, une pétition est signée par de très nombreux intellectuels le lendemain même de la parution de l'article de Zola. Parmi eux, on trouve Claude Monet, Marcel Proust, Georges Clémenceau (mis sur la touche politique après le scandale de Panamá), Jean Jaurès ou encore Anatole France. Mais en guise de révision du procès de Dreyfus, Zola est jugé devant une cour d'Assises pour diffamation publique et est condamné à un an de prison et plusieurs dizaines de milliers de francs d'amende : il doit s'exiler en Angleterre pour échapper à la prison.


Emile Zola, et la célèbre une du journal L'Aurore


Le basculement des mentalités

Dans les rues des grandes villes de France, de nombreuses manifestations antisémites sont organisées : les cris de « Mort aux juifs ! » et « À bas Zola ! » se font entendre durant toute l'année 1898. En juillet de cette même année, le ministre de la guerre fait état devant le Conseil d'un "document accablant", afin de s'assurer encore une fois de la culpabilité définitive de Dreyfus. Mis en doute par la presse et tout le camp dreyfusard, le ministre se voit dans l'obligation de faire expertiser ce document soi-disant accablant : ce dernier se révèle encore être un faux du colonel Henry, l'ancien adjoint de Picquart. Henry est arrêté et emprisonné le 30 août, et se suicide le lendemain (un garde aurait "malencontreusement" oublié une lame de rasoir dans la cellule du prisonnier...).

Dès lors, le pays bascule définitivement du côté des dreyfusards. Le 16 février 1899, Félix Faure meurt et c'est Emile Loubet qui lui succède : il ordonne une révision du procès d'Alfred Dreyfus, alors même que la situation politique de son gouvernement est des plus instables, les nationalistes faisant tout leur possible pour prendre le pouvoir (un coup d'état mené par Paul Déroulède, écrivain nationaliste et antidreyfusard forcené, échoue le 23 février 1899).

Le 1er juillet, Alfred Dreyfus revient de l'île du Diable et débarque à Quiberon. Le 8 août débute son second jugement à Rennes, et un mois plus tard la cour de justice prononce sa sentence : Dreyfus est de nouveau reconnu coupable de trahison, mais avec "circonstances atténuantes", et est condamné à dix années de prison. Le mois suivant, le président Emile Loubet, soucieux d'éviter un troisième procès, accorde la grâce présidentielle à Dreyfus, sans pour autant l'innocenter.

Destins de différents protagonistes

Il fallut attendre le 12 juillet 1906 pour que la cour de cassation annule tout simplement la condamnation d'Alfred Dreyfus : il fut réhabilité, réintégré dans l'armée, et fut fait chevalier de la Légion d'Honneur. Il participa à la première guerre mondiale, et mourut finalement le 12 juillet 1935 à Paris, d'une crise cardiaque.

Esterhazy s'exila en Angleterre après avoir été déclaré innocent par le conseil de guerre le 11 janvier 1898. Il vécut paisiblement là-bas et y mourut dans son lit en 1923.

Picquart fut réhabilité en même temps que Dreyfus. Il fut également ministre de la guerre sous le gouvernement Clémenceau, de 1906 à 1909.

Emile Zola put revenir en France un an après sa fuite en Angleterre, lorsque le procès de Dreyfus fut révisé. Il mourut le 29 septembre 1902, asphyxié par sa cheminée : la thèse du meurtre ne fut d'ailleurs jamais réellement écartée, étant donné les très nombreuses inimitiés que Zola avait contractées, notamment parmi les antidreyfusards. Ses cendres furent transférées au Panthéon en 1908.

finipe, 17h41 :: :: :: [6 constatations éclairées]